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mardi 5 mai 2026

Pêche d'inspiration méditerranéenne dans mon lac

Ce premier mai, je ne travaillais pas, comme les 3650 jours qui ont précédé. Il faut savoir prendre le temps de souffler un peu, parfois. Et je suis allé pêcher sur "mon" lac, avec mon bateau. Un vent excessif promettait une partie de pêche à oublier ... Et bien, ça n'a pas été le cas, je vais même la graver dans le cloud.

Je précise que je pêche à l'ancienne, encore que les anciens n'avaient pas de sondeur, pas cinq ou six cannes, pas un moteur de 50 CV... Mais ce que je n'ai pas, moi, c'est un ancrage virtuel qui me simplifierait grandement la vie, mais qui me rendrait probablement trop efficace (le système, c'est un petit moteur électrique avec un GPS et une hélice, en gros). Sans cela, dès que le vent souffle à peine, je dois mouiller l'ancre, sinon, je dérive. Dès que le vent atteint 15 km/heure, l'ancre dérape et je ne peux pas pêcher comme je veux, ou bien l'ancre se bloque dans un caillou, et j'ai toutes les peines du monde à la remonter. Donc, c'était plutôt mal parti.

Ce premier mai de pêche commence vers midi… Le pêcheur aime l'aube, écrivait René Fallet, qui m'a toujours beaucoup surestimé. Je m'ancre du premier coup, à ma surprise et je pressens donc un départ difficile. Je me mets en peine de capturer des vifs. Par chance un banc de perchettes du printemps passé, de 5 cm, est actif, et je parviens à en convaincre une douzaine en une bonne heure. Je teste l'attrait d'un de ces bébés-perches et je prends son arrière-arrière-grand-mère, ou sa tante, d'environ 25 centimètres. Elles ont l'esprit de famille, elles adorent par dessus tout se dévorer. 

Doté d'une douzaine de poissonnets, je prépare deux cannes pour une pêche inspirée par un exploit méditerranéen qui brûle encore en moi. Je vais dériver avec des plombs lourds jusqu'à 50 grammes, qui seront chargés de garder à hauteur voulue une perchette au bout d'un mètre de bas de ligne. Il faudrait plus que de la chance pour tenter un denti ou une sériole... mais brochets, perches et silures, c'est jouable.

Contrairement à la Méditerranée, je n'ai droit ni au moteur, ni à la rame car ce serait de la traîne, qui est interdite. Mais en ne faisant rien, je suis en règle : je dérive de 0,4 km/heure à 1,4 km/heure selon les moments. Ce qui n'est pas si lent que l'on croit.  Mais on va là où va le vent. Et on doit régler la hauteur de sa ou se slignes en permanence.


La source d'inspiration, denti en traîne lente


La ligne légère qui est à mi-hauteur est soudain sollicitée au bout d’une trentaine de minutes, je ferre légèrement, et je crois à mes sensations tenir un très beau silure qui file au fond et veut s’enrouler. J’ai la banane ; avec cinq kg de résistance du bas de ligne il faudra jouer fin, et ce sera perdu à partir d’une certaine taille, mais c’est le bonheur. Je vois au bout de quelques minutes un éclat trop blanc pour un silure, et ma ligne gicle hors de l’eau, coupée. C’était un sacré beau brochet. Je suis content malgré la casse.


Je remonte la ligne avec un acier de 6 kg, mais en système traîne lente ultra léger : plomb de 30 grammes, bas de ligne de 50-70 centimètres. Et c’est la repartitude. Mais le vent fripon fait des siennes et m’emmène à la perpendiculaire, tout en restant, heureusement, à l’horizontale. Je m’approche lentement d’un esquif surmonté d’un pêcheur aux leurres sympa et électriquement ancré ou promené. Et c’est encore la même ligne nouvellement rééquipée qui s’excite. Je tire fermement, sans ferrage, avec ce merveilleux hameçon « circle » qui prend toujours et sans jamais blesser profondément. Et une jolie perche vient à moi. Mon désormais voisin me félicite, et je le comprends.


Bon, l’hameçon, sans être au trou du cul, est si profondément dans la gorge de ce poisson qu’il n’aurait pu être sauvé par aucun chirurgien s’il avait dû être relâché. Ce n’est heureusement pas mon objectif. Une troisième perche, et ça permettrait de constituer un menu sympa pour deux amoureux.


Ma pêche, il faudra un peu plus de riz


C’est reparti. La touche a lieu vers 12-13 mètres de fond, mais assez loin au-dessus de celui-ci. Le combat indique un poisson de taille limitée, qui se décroche vite. Merdre ! Le bas de ligne couvert de mucus indique un silure que j’avais à nouveau pressenti, et cette fois à raison. Le "circle", pourtant, ne décroche pas souvent, qu'y disent😒. C’est peut-être une première pour moi d’ailleurs, mais à vrai dire, je ne l’utilise pas très souvent.



Trois touches en dérive par vent soutenu ! J'ai eu le sentiment d'avoir inventé la poudre, d'avoir trouvé un truc, LA recette. Bien sûr cette sensation bien agréable risque de disparaître lors de la prochaine pêche ventée.


Le ponton commence à se garnir










samedi 22 juin 2024

Pêches salées

C'est fou, ce sentiment d'urgence qui m'assaille parfois, comme disaient les  célèbres pasteurs nomades. Jugez-en ! Dès janvier je commandais tout ce qui pouvait servir à pêcher en Corse ou à Oléron en mai et en septembre. En Chine je commandais, pour aider les travailleurs Ouïghours dans leur juste combat, et soutenir ma trésorerie en même temps. Et puis, en Corse je suis arrivé, fin mai.


Hélas, la pêche du bord fut nulle. Aucune oblade sur la plage ne voulait de mes leurres, d'aucun leurre, quelle que soit l'heure. Elles se moquaient. Et le coup de vent de sud-ouest ensuite m'empêcha de bien pêcher à l'embouchure du Liamone, petit fleuve côtier.

Porto (Corse)


J'étais déçu. Une pauvre girelle ou deux furent capturées aux appâts. La foi seule pouvait me sauver de ce naufrage halieutique. Par chance, le grand Erasmus, qu'on appelle Saint-Erasme dans le coin,  voire Ducon si on est fâché donnait justement à Ajaccio pour les pêcheurs une fête religieuse suffisamment œcuménique pour que j'aille m'y faire bénir. Je vins en pointu, un bateau traditionnel de 1957, à voile latine et à moteur. Bateau qui fut à la Méditerranée ce que la veste polaire est encore au Cantal. Merci à Bibi, son propriétaire !


Le pointu de Bibi 
Saint Erasme et ses représentants


Et tout fut changé. La mer soudain était poissons. Me voilà chargé de gallinettes (grondin perlon) ici, de dentis (dentex dentex) là, et de sévereaux (chinchards) entre les deux, destinés à séduire les derniers.

Je n'ai pas vraiment capturé les gallinettes, hein, mais je participais, et c'est l'important : j'ai un peu tiré sur les palangres, j'ai un peu remercié la mer en y déversant une offrande constituée de mon dernier repas. Putain de houle …





Une fabuleuse bouillabaisse plus tard, avec gallinettes, vives, poissons de roche et belles rencontres, et j'étais totalement reconstitué.


Et prêt pour le dernier acte : sur une fière monture poussée par deux moteurs de 150CV chacun, je me jetai à la vitesse de l'éclair sur les dentis, ce poisson roi de la Med, comme l'impôt sur les classes moyennes ou un député sur une circonscription. D'abord, pêcher des vifs. C'était génial, mais déjà terminé quand on commençait à vraiment s'amuser. Il fallait passer aux choses sérieuses.

On attaque donc la traîne lente au vif à 3,5 km/heure. Les 300 CV s'ennuient tandis que je piaffe. Trente minutes plus tard je rate la première touche comincon . J'ai bien sorti la canne de son support, j'ai bien poussé le frein, mais j'ai ferré trop tard. "Mmqdzlldlhbd" soupire dans mes bras le chinchard horriblement blessé par les dents du prédateur. "Putain-merde", que je lui réponds sous le coup de l'émotion, en le balançant dans un coin du cockpit. Homme libre, la mer tu chériras.

Un second chinchard, plus petit mais tout aussi courageux, se dévoue à son tour. Je suis aux aguets, comme un amoureux transi, ou comme mille morpions affamés, et moins d'une heure plus tard, la canne plie, que j'extrais vivement de son support en poussant en même temps le frein et en ferrant aussitôt ... En me vautrant sur le pont glissant, car cinq kilos de frein, cela surprend si on est en déséquilibre sur un plancher mouillé ... Sans toutefois lâcher la canne. Marin-pêcheur, quelle vie de m. 

Mon denti ...


Mais il est bien au bout et le guide pronostique "beau denti". Je pompe et je mouline, et bientôt il est à l'épuisette C'est une grande joie et une belle émotion que de capturer si magnifique poisson de plus de six kilogrammes.