Ce premier mai de pêche commence vers midi… Le pêcheur aime l'aube, écrivait René Fallet, qui m'a toujours beaucoup surestimé. Je m'ancre du premier coup, à ma surprise et je pressens donc un départ difficile. Je me mets en peine de capturer des vifs. Par chance un banc de perchettes du printemps passé, de 5 cm, est actif, et je parviens à en convaincre une douzaine en une bonne heure. Je teste l'attrait d'un de ces bébés-perches et je prends son arrière-arrière-grand-mère, ou sa tante, d'environ 25 centimètres. Elles ont l'esprit de famille, elles adorent par dessus tout se dévorer.
Doté d'une douzaine de poissonnets, je prépare deux cannes pour une pêche inspirée par un exploit méditerranéen qui brûle encore en moi. Je vais dériver avec des plombs lourds jusqu'à 50 grammes, qui seront chargés de garder à hauteur voulue une perchette au bout d'un mètre de bas de ligne. Il faudrait plus que de la chance pour tenter un denti ou une sériole... mais brochets, perches et silures, c'est jouable.
Contrairement à la Méditerranée, je n'ai droit ni au moteur, ni à la rame car ce serait de la traîne, qui est interdite. Mais en ne faisant rien, je suis en règle : je dérive de 0,4 km/heure à 1,4 km/heure selon les moments. Ce qui n'est pas si lent que l'on croit. Mais on va là où va le vent. Et on doit régler la hauteur de sa ou se slignes en permanence.
![]() |
| La source d'inspiration, denti en traîne lente |
La ligne légère qui est à mi-hauteur est soudain sollicitée au bout d’une trentaine de minutes, je ferre légèrement, et je crois à mes sensations tenir un très beau silure qui file au fond et veut s’enrouler. J’ai la banane ; avec cinq kg de résistance du bas de ligne il faudra jouer fin, et ce sera perdu à partir d’une certaine taille, mais c’est le bonheur. Je vois au bout de quelques minutes un éclat trop blanc pour un silure, et ma ligne gicle hors de l’eau, coupée. C’était un sacré beau brochet. Je suis content malgré la casse.
Je remonte la ligne avec un acier de 6 kg, mais en système traîne lente ultra léger : plomb de 30 grammes, bas de ligne de 50-70 centimètres. Et c’est la repartitude. Mais le vent fripon fait des siennes et m’emmène à la perpendiculaire, tout en restant, heureusement, à l’horizontale. Je m’approche lentement d’un esquif surmonté d’un pêcheur aux leurres sympa et électriquement ancré ou promené. Et c’est encore la même ligne nouvellement rééquipée qui s’excite. Je tire fermement, sans ferrage, avec ce merveilleux hameçon « circle » qui prend toujours et sans jamais blesser profondément. Et une jolie perche vient à moi. Mon désormais voisin me félicite, et je le comprends.
Bon, l’hameçon, sans être au trou du cul, est si profondément dans la gorge de ce poisson qu’il n’aurait pu être sauvé par aucun chirurgien s’il avait dû être relâché. Ce n’est heureusement pas mon objectif. Une troisième perche, et ça permettrait de constituer un menu sympa pour deux amoureux.
![]() |
| Ma pêche, il faudra un peu plus de riz |
C’est reparti. La touche a lieu vers 12-13 mètres de fond, mais assez loin au-dessus de celui-ci. Le combat indique un poisson de taille limitée, qui se décroche vite. Merdre ! Le bas de ligne couvert de mucus indique un silure que j’avais à nouveau pressenti, et cette fois à raison. Le "circle", pourtant, ne décroche pas souvent, qu'y disent😒. C’est peut-être une première pour moi d’ailleurs, mais à vrai dire, je ne l’utilise pas très souvent.
Trois touches en dérive par vent soutenu ! J'ai eu le sentiment d'avoir inventé la poudre, d'avoir trouvé un truc, LA recette. Bien sûr cette sensation bien agréable risque de disparaître lors de la prochaine pêche ventée.
![]() |
| Le ponton commence à se garnir |
.jpg)

