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dimanche 30 octobre 2022

Vaincre sans boire

"A vaincre sans péril, on triomphe sans boire".  Le cidre, de Corneille ... Moi, c'est plutôt une bonne cigarette qui m'aura manqué ... Brèfle, je vous raconte.

Premier constat avant-hier, et c'est pas pour me vanter, la baisse du niveau du lac se poursuit dangereusement. Le mien montait en contrepèterie, vous l'allez découvrir, et moi-même, je ne le savais pas encore ... Mon bateau ne touchant pas encore le fond, j'ai d'abord capturé quelques gardons au ponton pour les transformer en gardons pélagiques dans le cadre d'une formation qualifiante de "pêcheurs de carnassiers".

gros coefficient ?


Un autre bateau pêche à l'ancre virtuelle, avec plusieurs lignes à bouchons que je présume garnies de vifs ; ils ont arrêté de matraquer au leurre, probablement fatigués ; un autre encore a disparu derrière une courbe du rivage tandis que je dérive en m'échinant au leurre souple de taille moyenne, au drop-shot, à la lame vibrante, avec une tête plombée "Rubber jig"  habillée d'un ver canadien pour concilier le meilleur de deux mondes, avec un tandem de petits leurres souples, etc. ... J'établis ainsi une grosse liste de leurres et d'appâts que les poissons ne veulent pas.


deux collègues au premier plan, le ponton au fond



J'ai bientôt dérivé sur cinq cents mètres, en deux heures environ, frein à main desserré, et je me calme un peu en matière de pêche active, me cantonnant au rubber jig avec ver canadien canadien avec crinelle, et un ver 60 cm plus haut, en drop shot, que j'active mollement, de plus en plus mollement ... Sur presque toute la dérive, il y a du poisson au fond visible sur le sondeur, que je ne suis pas en mesure de qualifier en raison d'une incompétence crasse, et pourtant pas une touche au ver.


Depuis que je suis vers dix mètres de fond, un gardon est installé en fireball, entre un et deux mètres du fond. Un système de fainéant, quasi inventé pour moi.


La pêche de fainéant 




Un bruit ou un mouvement me tire soudain le regard, je vois la boucle du fil du Penn, coincé sous l'élastique, avancer, je le libère, mais rien ne bouge plus ... Ah si, et même le mouvement s'accélère et le moulinet ouvert commence à se dévider de manière dynamique. Sans sortir la canne de son appui, je ferme le pick-up, je veux ferrer en sortant la canne de son support ... mais je suis aussitôt en prise et le gardon amoché à franchi 10 mètres déjà (!) pour arriver en surface ...


Je pressens un silure moyen, sauf que le poisson vient éclabousser rapidement en surface, sans que je puisse l'identifier. Ce n'est probablement pas un silure qui monterait ainsi sans façons. Un brochet, vois-je au second tour de manège, tandis que je commence à me demander comment je vais décrocher le pompon. Il fait de nombreux départs successifs, sortant en sondant quatre ou cinq mètres de tresse du moulinet dont le frein réglé vers 1.5 à 2 kg, à vue de nez. Je crains qu'il se décroche, la faute à mon presque non-ferrage ...


Mais sinon, les carottes sont cuites, terriblement cuites, trop cuites ... Ma canne est surpuissante, sans doute de  l'ordre de 50-60 livres (c'est pas marqué), mon moulinet est dimensionné silure, tout neuf et c'est un Penn 6500 au frein merveilleux, équipé d'une tresse de 40 livres juste déballée, d'un bas de ligne de 12 kg Kilestenfer, et je ne suis pas à l'ancre, donc aucun cordage ne peut me piéger, mon épuisette est à la fois immense et quasi parée.


En dix minutes ou moins, le brochet se rend. 


... et il mesure un mètre 


Prendre un brochet d'un mètre, (je l'ai mesuré vite fait dans l'épuisette vers 1.03 mètre, c'est difficile) ce n'était pas un truc pour moi à priori, et surtout pas dans mes objectifs. Mais c'est fait. Comme c'est arrivé sur du matériel un peu surdimensionné car je cherche les silures, je n'ai touché qu'une petite partie des dividendes en matière d'émotions et de sensations. Je n'avais même pas un cigarillo pour fêter la prise... La misère !


samedi 15 octobre 2022

Vin de glace 1980, et autres adorables vieilleries

 

C'est pas pour me vanter, mais le temps passe. Moi-même, d'ailleurs … A une époque où pas mal d'avenir encore était devant nous, un ancien étudiant a eu l'idée de réunir les garçons les filles de sa promotion de techniciens agricoles dont je suis, qui pendant un an ou deux s'étaient échinés ensemble pour la conquête d'un diplôme censé ouvrir des lendemains qui chantent plus juste ou plus fort.


Étaient venus se former qui un paysan qui voulait respirer, qui un malade qui voulaient guérir, qui un professeur qui voulaient apprendre, qui un bûcheron dont le dos criait grâce. Il y a avait là-dedans du catholique qui prie quand il a bu, du vigneron, du communiste sûr de lui, du vegan qui jeûne pour se détoxifier, du droitier profond, du néo-rural, pour citer les principales tendances qui emplissaient les salles de cours. Des gens apparemment comme vous et moi. Enfin, comme vous, pas comme moi, étant à la fois communiste et malade, ce qui fait beaucoup pour un bien petit bonhomme.


Et que devinrent ces personnes dans les décennies qui ont suivi ? Cette question vous brûle certainement le pourpoint, voire la forêt girondine. Dans la banque agricole, dans la police, à la ferme elle-même, dans le conseil aux agriculteurs, dans la formation et l'installation de futurs agriculteurs, dans l'agro-industrie, etc.

Certains ou certaines ont trouvé rapidement le débouché professionnel souhaité, et d'autres on ramé des lustres avant de s'établir pour de bon. L'inégalité poursuivait donc ses ravages sans être aplanie par ce modeste diplôme.


Vin de glace ...



C'est ainsi qu'arriva il y a quelques semaines cette bouteille de vin de glace miraculeuse, née en 1980, année du diplôme, qui est dans ma cave aujourd'hui, C'est un coteaux du Layon, un affluent de la Loire sur sa rive gauche. L'automne 1980 fut sauvage, neige et glace arrivèrent tôt. La fin des vendanges s'effectua dans des conditions affreuses, et on débloqua même le pressoir à la barre à mine ... Pendant que moi-même je me les gelais aussi, mais sur les hauteur du Cantal que j'avais atteintes grâce à cette formation.  

C'était le vignoble des parents de Gérard, un étudiant membre du groupe qui se trouve regroupé chez moi, et qui offrit une bouteille de 42 années à chacun de nous. Se retrouver 42 ans après, comment est-ce possible ? Juste grâce à l'un d'entre nous, André-Jean, qui s'y était attelé il y a une quinzaine d'années. Et cela a marché ; on ne résiste pas à un normand.

Plusieurs rencontres ont déjà eu lieu, d'un jour et tous les trois quatre ans d'abord, puis nous avons décidé, devant l'urgence du temps qui passe, de les rendre annuelles … et sur deux ou trois jours.  La Croix Rouge n'aura pas à ouvrir une antenne, il y a deux infirmières parmi nous ...




Et autres amicales vieilleries ...


lundi 3 octobre 2022

Première chasse 2022

On risque plus à perdre sa passion qu'à se perdre dans sa passion, a dit, grosso-modo, Saint-Augustin, un mec bien, à ce qui se raconte. Pourtant il est une chose qu'on ne saisit pas quand on vit une passion dévorante comme la chasse ou toute passion : c'est  fragile. Il aura suffi que je ne puisse plus aller en montagne courir le chamois, le cerf et le mouflon avec les jumelles, l'appareil photo ou la carabine, et que mes nuits soient assez souvent peu réparatrices pour que l'envie de chasse fonde comme une noix de beurre dans la poêle.


Trois semaines après l'ouverture je me suis quasi fait violence pour m'arracher du lit à 6:00 et attaquer deux heures de route vers le département du Lot, vers le causse de Grammat, là où il est tranché par la jolie vallée du Célé. Conduire de nuit me devient pénible, il faudra deux cafés et un croissant pas loin du but pour rallumer un sourire au moins intérieur, à la pensée de retrouver Erwan, René et les autres.


L'avant veille j'avais sorti une belle carabine de fort calibre, et sa lunette dont le point rouge refusa de s'allumer, malgré une batterie neuve ... Diane m'oubliait-elle, ou savait-elle déjà que je n'étais pas si loin de la trahir ? Je me rabattis sur une seconde carabine, qui se déclara parfaitement prête, et je pris 9 cartouches. 


Nous étions onze chasseurs au rond à 9 heures 30, avec déjà un 17 degrés un peu couvert et sans vent, une météo idéale pour les chasseurs postés, qui promettait d'être un peu chaude pour les piqueurs et les chiens. Le pied, cette partie essentielle de la chasse aux sangliers ou les équipages piqueur-chien de pied  prennent connaissance des possibles sangliers remisés n'avait pas été vraiment fructueuse, et nous attaquerons une zone vaguement favorable vers 10:30.


Mon poste aux Quatre Combelles est au quasi sommet d'un cône calcaire et je dois gravir 20 ou 30 mètres de dénivelé, appuyé par ma canne. De là, je suis face au relief  bien plus élevé et tout proche de l'autre côté de la minuscule vallée, où je pourrais tirer un sanglier jusqu'à 100 mètres et plus. S'il en passait un. Et je peux aussi surveiller mes arrières assez facilement. C'est un poste à 360 degrés où j'ai déjà tué, mais aussi manqué, et souvent poireauté aussi, car la chasse peut se dérouler à un ou deux kilomètres plutôt que s'approcher.


Mon poste … d'où je vois ma voiture



Il fait doux, je suis assis sur de la roche tendre à défaut d'être moelleuse et rien je n'entends. La radio est inaudible et un texto d'Erwan m'apprend qu'il a tué un sanglier, que des chiens mènent encore d'autres animaux.


Les chiens arrivent au premier sanglier tué par Erwan



L'espoir est là. Deux autres tirs ne parviendront pas mes oreilles non plus mais stoppent un second sanglier. Puis une menée enthousiaste passe sur le plateau, assez proche, mais aucun sanglier ne descend la pente ; c'est un trajet peu usité par les suidés. Un autre chien donne de la voix dans une tout autre direction ; est-ce un de nos chiens, ou est-ce la chasse voisine ? Je suis cette fois debout, cherchant un impossible appui parfait sur mon pied gauche. Eh oui, on tire aussi avec les pieds, mais je dois me contenter d'approximation.  Le chien s'est tu, a perdu le pied un moment. Il me semble entendre une respiration. Soudain il est là, arrêté à 20 mètres de moi sur le chemin dans une courte ouverture de la haie, je reste immobile pour ne pas être repéré, et je pousse la sécurité de mon arme. J'épaule quand il repart et tire sur l'animal distinct en pointillé au travers du feuillage. Je vois des pattes gigoter, c'est dedans. Le chien arrive, s'arrête à l'emplacement supposé de l'animal, s'il est bien tombé là. 


Le piqueur que j'ai joint arrive et me confirme que l'animal est mort. Félicitations, photos. Une première chasse réussie. Un quatrième sanglier est tué sur le plateau et nous décidons que nous avons assez chassé aujourd'hui. Les deux week-ends précédents avaient été infructueux, c'était le jour où il fallait en être …


Il est petit, mais c'est le mien ...



jeudi 25 août 2022

Le silure aime t'il ses semblables ?

Je peux répondre d'emblée  : OUI. Et surtout, je tiens enfin une anecdote qui a du poil aux pattes ! L'anecdote, moi je m'épile. Pasque les perchettes de quinze centimètres, certes délicieuses, ça ne ressemble pas du tout au "Viel homme et la mer". Ça tient les gourmets à table, ça ne tient pas un auditoire ...

En cette fin de partie de pêche, à l'heure tranquille où les lions vont boire et où les jets-skis se sont endormis, je baladais depuis mon bateau deux vers de farine sur leurs hameçons avec des montures de deux grammes, tenus en laisse par ma canne à pêche, afin qu'ils se rafraîchissent un peu et fassent de l'exercice, tout en séduisant par exemple une belle perche, ou plus, si affinités.




Survient l'affinité ! Je le sens au ferrage, ce n'est pas une perchette, peut-être enfin une vraie grosse perche, peut-être plutôt un sandre. Un très beau sandre même… Car il tient les quatre mètres de fond avec constance, le bougre, avec quelques coups de tête un peu mous, mais sans faire chanter le moulinet, ou à peine un clic deci delà. En quelques minutes, il est à trois mètres du bateau et approche la surface, l'éclat jaunâtre me renseigne alors, c'est un silure. Environ deux kilogrammes je dirai, soit 600 g de filets, que je salerai et que je fumerai pour les servir avec une salade de pommes de terres et un vin rouge léger. Ou alors à l'apéro, avec un jaune, ou un vin blanc sec. Je le sécherai un peu plus pour l'apéro, alors, car c'est mieux pour manger avec les doigts. Mais on cause, on cause ...


un projet ...



"Je fais quoi ?" , demande la déesse de mes nuits qui observe le combat depuis la proue du navire d'où elle mettait à mal quelques perches. "Viens à l'épuisette" suggéré-je, pour lui offrir quelques particules d'adrénaline supplémentaire … Nous entr'apercevons alors tout deux comme un gros trait noir qui vient barrer le reflet jaunâtre, et le pot au lait de Perrette. Un changement absolu et radical se produit dans ma canne à pêche, dans sa courbure, dans le chant du moulinet, sur un mode encore assez tranquille. Non, le petit silure n'a pas pris de vitamines, juste un silure majuscule est venu s'en saisir et s'en va avec sur une dizaine de mètres, décrivant une ou deux courbes. "- Que fait-on ?" "- Ben on attend qu'il lâche, pardi "…




Puis le gros poisson revient un peu vers le bateau et là, Il semble comprendre qu'il n'y a pas que le petit silure qui le contrarie. Il accélère alors et le fil fend férocement  la surface, puis sans clignoter, il vire à gauche et fonce en ligne droite vers le large. Je sais le frein du moulinet bien réglé. Il ne ralentit nullement le poisson, et cela va très vite. Je démarre le moteur et je l'enclenche, chaque mètre gagné pourrait être utile. En jetant un coup d’œil au moulinet, je vois s'opérer le changement de couleur de tresse … J'arrive dans les fonds de bobine déjà, environ cent mètres sont donc partis ...

Et je refais la bêtise qui m'avait déjà coûté un silure. En cherchant un plus de freinage, et au lieu de tourner la molette d'un quart ou d'un demi-tour, je mets les doigts sur la bobine, avec tact et douceur, je crois. Avec l'adrénaline, va savoir ... "Clac !" dit la ligne. "Mortecouille", m'insulté-je. Bon, de toutes façons j'avais une chance sur mille, mais quand même, perseverare diabolicum .
    

Quand on dit que le silure glane, on l'imagine courbé vers le fond, récoltant les restes de graines de nénuphar ou de myosotis des marais. Eh bien il ne glane pas du tout, il aime le consistant, la grosse récolte, c'est plutôt moiss-batt !.

Deux théories s'affrontent cependant sur le comportement de ce silure, égales à mon cœur …

Celle d'abord du vilain gros silure qui mange son semblable s'il est plus petit, et qui aurait à mon idée la faveur de France Info. On aurait un témoignage d'un pisciculteur, un autre d'un docteur en écologie.

Mais la théorie du grand frère est sympa aussi, le gros moustachu voit son petit voisin en difficulté et il le prend à bras le corps de toute sa force pour le soustraire aux griffes du pêcheur blanc. Selon la radio russe RT, ce mec est un nazi, et les silures démontrent un fois de plus la force de l'âme russe, et l'OTAN n'y changera rien.

Quoi qu'il en soit, le silure aime son prochain. Et en tout cas, il ne faut pas vendre la peau du silure avant de l'avoir fumé ...

glane aussi ...

jeudi 31 mars 2022

Du temps qui passe

 

ou  Comment devenir un vieux con misanthrope ?


Devenir un vieux con, c'est du boulot, et il vaut mieux s'y prendre jeune.

Je n'avais fait que des études supérieures éclair, et c'est un accident de santé en 1979 qui m'y reconduisit pour deux ans. Je tenais juste debout et je souffrais beaucoup, et j'allais forcément perdre mon emploi au bout de six mois au tapis, dans cette coopérative agricole. Personne ailleurs ne m'aurait embauché pour quoi que ce soit dans l'état où je me trouvais. Alors autant essayer de faire quelque chose d'utile.


Je lançai une inscription et je fus retenu pour septembre dans un institut de formation privé. Mais impossible de faire les 100 km en voiture ; je repoussais donc de semaine en semaine en craignant d'être jeté. Par chance il n'y eut pas d'autre candidat, ou bien on n'en chercha pas. C'est probablement fin octobre que je trouvai assez de force et que je repartis pour un BTS techniques agricoles, convaincu ou plutôt vaincu par le conseiller du pôle emploi de l'époque ; je voulais plutôt « commerce », mais je n'avais guère la gnaque pour discuter.

Dès que les dés avaient été lancés, j'avais cherché quelques bouquins d'agronomie si bien que sur certains domaines, j'étais en avance à mon arrivée.

Tout cela marcha, c'est l'adorable Nicole quelques mois plus tard qui remarqua que j'avais ri pour la première fois.  Un peu de mieux donc dans cette douleur et ce combat affreux que je menais. Chaque semaine, je devais arriver le dimanche soir car deux heures de route le lundi matin m'auraient mis HS pour la journée. Il me fallait vingt ou trente minutes pour parvenir à quitter seul mon pull-over, dans ce château lugubre où j'étais seul le dimanche soir. J'en pleurais pour de vrai. Tout le groupe était à mes petits soins et mon humour revint dès que je fus moins mal.


C'est comme ça que j'obtins mon diplôme en 80, et que j'atterris dans le Cantal, juste pour deux ou trois ans dans mon esprit. Mais jusqu'à aujourd'hui en réalité, 40 ans plus tard.


Premier job merveilleux dans le Cantal, je suis à gauche, bras levé


Chacun des 18 ou 20 copains et copines de la promo mena sa vie ensuite, de la banque aux phytosanitaires, de la police à la ferme, de la prison au conseil agricole ...

Au bout de dix ou quinze ans, les liens se distendaient et le meilleur d'entre nous s'échina à créer une rencontre festive des anciens de cette promotion tous les deux ou trois ans, ce qui marcha d'abord moyennement avant de devenir un moment attendu pour une petite moitié du groupe.

Il y a 4 ou 5 ans je n'y fus pas pour épaule en bouillie, et l'an dernier non plus pour état de délabrement avancé, en attente de réparations délicates.

Et « ils » ont décidé que si je ne voulais pas aller vers le sud-est - où presque tous se trouvent - le sud-est viendra à moi en 2022. Hein ?

Tout cela a tourné à nouveau dans ma tête à la lecture d'un message sur un forum me proposant une nouvelle rencontre de chasse... Comme à l'annonce de cette rencontre d'anciens de promo, j'ai éprouvé d'abord une certaine gêne, un peu de sidération ... Quoi ? Moi ? Dans cet état ? Z'êtes sûrs ?

Il se passe dans les têtes des déglingués des choses étranges. Des tas. Par exemple j'ai cessé d'aller à la bibliothèque pour ne pas croiser des collègues d'autrefois que j'aime pourtant beaucoup, et je ne veux pas m'exposer à des personnes qui penseront quoi ? Et comment je leur dirais exactement ce qu'il en est ??  Le pourrai-je, d'ailleurs ? Il faut bien l'admettre, je me cache. L'Université inter âges, les réunions diverses, c'est terminé.

Je deviens à grande vitesse un anachorète qui se livre à l'art épistolaire, encore un peu. Mais comme je trouve que je me livre trop, et en général, je ne publie pas ... C'est ballot ; romancier c'est sûrement mieux.


lundi 8 novembre 2021

Le clan des déglingués

Seconde chasse pour moi, mais j'ai maldormi*, et je ne pars donc que pour les traques de l'après-midi car deux heures de route me séparent du but.


Sur la fin du trajet, je parviens à suivre en pointillés la traque du matin, grâce à la radio, et à mon téléphone à 2 SIM. Car s'il y a déjà des oliviers dans le Lot, l'Orange n'y pousse pas, ni n'y passe sur ce territoire, sauf sur quelques hectares. J'ai rajouté la SIM que chacun a là-bas … Mon équipe ne parvient pas à lancer des suidés fantasques, et renonce.

Nous débriefons lors d'un rapide casse-croûte où abondent les crudités auvergnates et lotoises : jambon cru, saucisse sèche, fromages au lait cru du Cantal, du Lot et même de l'Aveyron.

Le rond* me prive de mon poste fétiche au Quatre Combelles qui échoit à notre international, André, qui est belgicain. Une promesse de sourires tant le Wallon serait une sorte de Français, mais avec de l'humour.

Je serai à un autre poste, on s'y gare à deux pas, il y a juste trois quatre mètres de descente scabreuse pour s'installer, que je franchis en quelques minutes. Pas vraiment de replat, et comme on tire aussi avec ses pieds, je dois bien passer un petit quart d'heure à positionner mon siège, me lever et épauler en plaçant au mieux mon pied gauche. Il l'est vraiment, gauche, c'est évident. Jamais ce n'est parfait, mais ce n'est pas si mal au final et je m'en contenterai. Le poste  fait face à une pente rocailleuse idéale pour des tirs longs.

C'est au premier plan que le sanglier passe 



Les chiens donnent rapidement de la voix, et environ trente minutes plus tard, Erwan annonce qu'un sanglier est « lancé ». Cela veut dire que les chiens ont approché l'endroit où il s'est caché ... et qu'il a dû le quitter. Le son de la menée s'accroît notablement, comme sa vitesse, en général car la voie est alors chaude et bien captée. Mais c'est hors de portée de mes oreilles que cela se passe, entre les distances et le relief. Mais la radio m'en informe.

D'autres chiens donnent de la voix, je ne sais si c'est en rapprochant ou derrière un sanglier.  Ca se passe dans mon dos, ça s'en va et ça revient .... Cela semble durer deux heures peut-être, avec des moments plus intenses où je suis debout, prêt à épauler et à ôter la sécurité de la carabine, d'autres où je retourne à mes rêveries. J'ai droit, sur le flan pentu montré en photo, à la vision simultanée de six à huit chiens fouillant méthodiquement les odeurs du sol, pimpants et gais. Mais aucun sanglier ne giclera d'un buisson ici ...

S'ensuit un long calme, j'échange quelques mot avec un promeneur, avec Erwan sur les ondes. Et le temps s'écoule doucement dans une douce tension qui s'amenuise. Un chien solitaire pousse un probable sanglier, le son croît doucement devient de plus en plus fort. Je me lève muscles tendus, et soudain le frottement du corps du sanglier dans les branchages devient un bruit intense, j'identifie un beau sanglier qui fuse à quelques mètres, à demi masqué par la végétation. Ma réaction est à mi-chemin entre un tir académique et un de Joss Randall. Au cri de l'animal je sais qu'il est touché, et la chienne anglo française, quinze secondes derrière, tient prudemment au ferme le sanglier grognant. Je comprends qu'il est immobilisé ou à peu près, une balle de reins probable … Damned, il n'est pas mort … il est à 10 mètres mais totalement invisible, et il reste un danger pour les chiens qui l'approcheraient.

Les Anglo-français de petite vénerie de Stéphane


Ma jambe mal réparée ne me permet pas de m'enfoncer sous ces branches dans cette pente arborée et caillouteuse. Comme dans un cauchemar, nul ne répond à la radio « sanglier blessé au ferme, vite un piqueur », je recours au téléphone qui passe grâce à la nouvelle SIM ... et je laisse un message. Avant de toucher à la radio une personne qui répercute à Stéphane, piqueur intrépide et patron de la chienne, qui fatiguée abandonne le ferme un moment... Je n'entends plus rien. Mort ? Et non, sa respiration me parvient, des craquements, un boum mat ensuite. Il a franchi un muret et est tomé lourdement, saurai-je plus tard.


Stéphane arrive et s'empare de la carabine de son chauffeur. Il faut préciser que stéphane s'est blessé sévèrement à une main lors d'un accident domestique et conduit ses chiens sans arme. Mais là, il vaut mieux éviter tout risque aux chiens. Il n'a qu'une main, mais il est leste, il rappelle son chien revenu au sanglier, et achève le sanglier à la Johne Wayne, d'un bras. Mais d'un bras, il ne peut remonter cinquante kilos dans une pente de broussailles et de cailloux

Pourquoi pas son chauffeur, direz-vous ? Parce qu'il n'est pas piqueur, d'une part, et qu'il est paraplégique à la suite d'un accident de voiture, pardi. Et il ne chasse que depuis son siège.

Enfin arrive Rémi, une personne tout à fait extraordinaire : il se tient parfaitement debout,, il marche et court, il peut tirer, prendre des chiens en laisse, et il possède deux mains aussi fonctionnelles que le reste. Et il remonte le sanglier. Nous  rions des collaborations qui furent nécessaires, du boiteux au manchot, en passant par le paraplégique et le valide pour cette œuvre résolument collective.

Le sanglier est une femelle de 50 kg environ. Une autre femelle, un peu plus lourde a été tuée par Erwan.

Une femelle de 50 Kg environ, tirée au calibre 308 Winchester


    * du verbe maldormir, intrans. 3ème groupe, utilisé surtout chez les vieux et les insomniaques

    ** l' endroit et le moment où les postes et les consignes sont donnés

lundi 1 novembre 2021

Petite chasse

Ca y est, je suis retourné à la chasse hier pour une courte battue de l'après-midi. Dans le Lot, sur la causse. J'espérais une bonne forme, mais comme j'avais encore très peu dormi, ce n'était pas complètement ça … Huit mois de nuits douloureuses au sommeil compté ! Ce qui est nouveau, c'est que parfois je ne souffre pas, sans pour autant que le sommeil vienne ...  Mais sonnez trompettes de l'espoir, je reviens !!!


Alors la veille j'ai préparé la chose, mais de manière prudente, légère et réversible. On sait que l'absence d'activité pousse à la prise de poids, mais la surprise est grande quand on s'aperçoit que ça concerne aussi les carabines ! Elle a pris au moins deux kilos depuis ma dernière chasse de la saison passée !!! Je peine presque à la garder à l'épaulé … Effroyable sensation, mais juste mesure de ma forme. Pourtant j'ai progressé fortement ces derniers jours. Ma pensée vole vers un copain oublié, qui me racontait qu'après avoir vaincu son cancer, il peinait à soulever sa belle carabine express quand il avait voulu renouer avec la vie. Quinze ans plus tard, je saisis complètement son propos.


Je prépare une veste, quelques balles, et je recharge la radio. Ce sera juste jeans, on verra plus tard, si ça semble durer. Pour la première fois depuis quarante jours environ, je n'ai pas infirmière et pansement ; c'est la fête jusqu'à demain ...


Mais peut-être ne fermerai-je pas l'œil, et alors je resterai à la casa, faute du jus nécessaire. C'est un entre-deux au lever, alors j'y vais … en partant vers 9 heures 30, tant je maîtrise la proportionnalité des choses.


Mon père me disait, à 78 ans, deux mois avant sa mort brutale d'une légionellose, sa quasi incompréhension de cette façon de certains de le traiter comme un vieux, alors qu'il ne se percevait pas ainsi, capable encore de courir et de sauter une clôture, ne connaissant des rhumatismes que les ragots, et faisant son bois pour l'hiver comme un jeune homme. Tandis que la maladie m'aura accompagné chaque année de ma vie hormis les dix premières. On ne choisit pas. Et c'est une petite victoire d'être là. J'ai abandonné la montagne, je peine encore dans les vallées, mais l'espoir flambe par instants.


On pleure un jour de détresse, on flambe d'espoir et d'envie le lendemain. Retrouver avec bonheur les têtes connues autour de la table, penser à André, mon voisin de table d'avant, qui ne le sera plus jamais, qui avait validé son permis mais qui s'en est allé juste avant l'ouverture et juste avant de fêter ses 89 printemps. Nul n'a occupé sa place du bout de table.  Découvrir des invités, apprendre qu'Eugène, 15 ans juste passés, vient de tirer et de tuer son premier sanglier ce matin même, tandis que je roulais en soignant le syndrome du décrocher de mâchoire à coups d'expresso. La nuit, je la retiens … J'espère que le retour ne sera pas trop difficile.


Laurent ne chasse plus avec nous cette année, je m'y attendais un peu. Je le regrette, lui, Christine et leurs magnifiques chiens. Une tristesse, les gens sont compliqués, et les taiseux encore bien plus.


Je serai posté dans la Baie d'Along. En fait la Combe d'Alon, mais j'adore la faire et la refaire... Le pied du sanglier se situe quelque part entre cette combe et la vallée du Célé, dans cette colline. Je m'installe à côté de la Cochonne Rose à défaut de monolithes ou d'îles karstiques luxuriants. Ici aussi on a du calcaire, et on se la pète pas autant. Je goûte au bonheur simple d'entendre les clochettes, puis les voix des chiens, et les piqueurs à la radio. Ca ne lance pas, ça ne danse pas malgré la musique parfois entrainante ; j'apprendrai un peu plus tard que les chiens sont partis à contre sur un autre sanglier. Ils ont remonté une trace d'un sanglier lancé par des voisins et passé sur notre territoire.




Les chiens sont remis et cette fois est la bonne ... Mais l'action se passe hors de portée de mes vielles oreilles et je ne bénéficie pas de la symphonie. Orange ne passe pas, la radio peine, et vers 16:45, Erwan s'arrête sur la route, me conte la chasse. Il a récupéré et abreuvé ses chiens contents et épuisés, il fait presque 20 degrés. Nous partons préparer le sanglier du matin. Le cochon est aussi une cochonne, mais noire, d'une cinquantaine de kilos, traversée par une balle de calibre trente qui a explosé l'estomac et saccagé les os du sternum. Estomac plein de gland finement moulu.





Je pars à la nuit tombante pour deux heures de route et dès que j'accède à la nationale à peu près correcte, je mets en marche le "lane assist" qui bizarrement sur une petite route nationale pleine de courbes garde merveilleusement éveillé en donnant l'impression que le volant à une vie propre.


Bien content et bien fatigué, j'arrive. Si cette fois je ne dors pas … Eh bien, je ne dors pas, peut-on y croire ??? Même si je n'ai pas mal, juste une petite sensation qui ne justifie même pas un demi-gramme de doliprane, je prends un coup d'opiacées en me disant que peut-être... Ca ne rate pas, je dors comme un juste.



Les emmerdes, disait Chirac, ça vole toujours en escadrille.