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le pacha et sa perche (juste correcte, je trouve) et la scène de crime
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| Une coppa mise au salage 171 jours plus tôt, après 162 jours en cave électrique aménagée, 41% de poids perdu |
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| Une cave électrique aménagée |
Impossible cette saison de capturer le moindre sandre. J'y suis pourtant allé un jour parfait, et j'ai été encore refait. On ne m'y reprendrait pas, me disais-je. Promesse d'ivrogne, car dès que le vent tourneront - et ce fut le lendemain – j'y retournions ...
Sur un poste où j'en avais manqué un quelque temps auparavant, à l'arbre couché, je mets d'entrée un poissonnet de 10 centimètres environ en drop-shot (drop-vif). Et c'est la touche en moins de dix minutes, que je ferre instantanément. Eh ben voilà ! Un vif à la bonne taille, au bon endroit, au bon moment, et le tour est joué... Vraiment, ce n'était pas compliqué ! Je l'espère bien maillé, ce sandre, car ce n'est pas vraiment pour le combat qu'on le cherche... Mais le pseudo-sandre est soudain très énervé, et décrit même une belle chandelle. Damned, c'est un brochet !!!😖 61 cm, il ne coupe pas le bas de ligne de 27 centièmes ! Je le promeus au rang de sandre, ça lui apprendra à me décevoir…
Nouvelle touche 10 minutes plus tard au même endroit, avec cette fois une mini-perche de 5 cm en drop-vif. Cette fois je me dis que ... Eh bien non, je ne me dis rien 😡! C'est une perche, gravement dyslexique, d'une vingtaine de centimètres, qui a probablement confondu sororité et satiété. Ça finit pareil, et ça finit mal pour elle.
Dépité, je vais me repiter dans la baie, dans une longue et très lente dérive, à 100 mètres par heure dans un zéphyr nul, les cheveux métaphoriquement au vent. Avec trois vifs travaillant de concert, dont deux de 10 centimètres, l'un au ras du fond en drop-shot et l'autre un peu plus haut en mode suspendu. Et enfin, une minuscule perche de 5 ou 6 cm en drop-shot aussi, proche du fond.
Toooouuuuche enfin, au bout d'une grosse heure, sur le drop-vif de 10 cm, vers 10 mètres de fond. Enfin, j'en rêvais !!! Beau rêve certes, mais non, c'est un petit silure cette fois😠😖😡.
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| Comment (essayer de) régaler les sandres ... |
Ma vengeance sera à la hauteur de ma déconvenue : le concept de PERSIBRO fumé se dessine doucement entre mes oreilles. Mes victimes, arrachées à leur élément par la violence, asphyxiées par le combat et presque comateuses, seront suppliciées, saignées, écorchées, et recevront du sel à vif sur les chairs. Elles étoufferont dans la fumée avant de re-mourir encore, de froid cette fois, au fond d'un congélateur...
La recette : 836 g de filets de persibro (perche, silure, brochet) sans peau parés avec, par kg, 30 g de sel, 3 de cassonade, 3 de cinq-baies, 3 de coriandre en graines, 0,5 g d'aneth (+ une touche de piment et de paprika pour le silure à la sortie du salage. Puis fumage.
Le tableau de ma pêche, publié sur une page Facebook dédiée à la cuisine et au fumage, où je publiais la recette, a aussitôt fâché des pêcheurs présents ou arrivés là en abondance pour l'occasion... Ils ont un peu gâché le plaisir du partage. Certains ont déclaré le brochet "trop petit", ou que je suis un braconnier, et même, pour le plus fin d'entre eux, que je suis une merde. J'ai republié l'image de la planche à découper avec un mètre à ruban pour assurer qu'elle fait 60 centimètres. Mais ces syndromes de désordre de la cognition ne répondent souvent à aucun traitement.
Il reste incroyable pour moi, gentil péquenot chasseur-pêcheur-cueilleur, qu'ait émergé une génération presque entière de gens qui s'offusquent de ceux qui mangent les quelques poissons de leur pêche, alors qu'ils s'autorisent eux-mêmes à maltraiter à longueur d'année le maximum possible de poissons. Qu'ils puissent penser en prime être dans le vrai est dérangeant, car un hameçon dans la gueule, comme ça, gratuitement, pour m'amuser, je ne veux pas. Si ça criait, les poissons, ils continueraient ?

Mon percibro s'en est allé au salage, puis au fumage, puis au frigo deux jours habillé de plastique, avant de rejoindre le congélateur. En attendant un apéro, une assiette froide ou des spaghettis à la crème...
J'ai pour vous une histoire étrange et grotesque. Et abyssale aussi. Forcément, je n'ai pas tout compris, car quand on est dedans, on n'a pas la distance qui conviendrait à la relation la plus exacte de l'histoire. Je pensais être un pêcheur de toujours, et je voulais me mêler aux discussions des meilleurs. Mais je ne suis qu’un pêcheur d’autrefois, un fumeur de gitanes qui venait trainer aux portes de l'Olympe. J’ai fait l’expérience désagréable d'être rejeté par des pêcheurs que j'aurais volontiers admirés. Mais ce rejet n’était pas réciproque, et c’est déjà ça. D’ailleurs, s’il en allait des pêcheurs comme des petits pois, pourquoi aurais-je eu des préventions parce qu’il était écrit « extra-fins » sur la boite ?
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| Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le gout exact du matin .../... (René Fallet) |
En général, je pêche aux appâts naturels, des vers, des teignes, des petits poissons susceptibles de donner envie à une perche, ou un brochet, ou qui voudra. J'aime les leurres aussi, en plastique ou en métal, imitant plus ou moins des poissons en fuite ou en balade ; cet amour est mal partagé et je ne gagne quasi jamais avec les leurres, faute d'une compétence suffisante. Mais cette fois là, ce fut différent. Je pêchais avec un leurre en métal de dix grammes, descendant asiatique des poissons d'étain d'autrefois, et j'avais installé trente centimètres plus haut, un petit anguillon de trois centimètres.
Et c’est génial, parfois, la pêche à deux leurres ! Le choc de la première attaque, et c’est pendu. Puis dans les trois secondes, second choc d’une seconde perche qui alourdit la ligne, la bagarre, et leur arrivée au bateau, entourées d’une dizaine de leurs comparses en délire. On décroche, on relance, et c’est reparti pour un autre doublé ... Première et peut-être dernière frénésie de l’année, il faut en profiter : elles ne pèsent souvent que cent grammes de chair, mais c’est cent kilos de bonheur, et mon cœur s’emballe en écho à la folie soudaine des poissons !
Ça ne marchait pourtant pas fort durant les deux heures qui ont précédé, et je me rendais alors sur le troisième point planifié, vers la plage, à 400 mètres du second spot. Je ne crains pas les longues croisières, vous le savez bien. Moteur à 700 tours, 2 kilomètres par heure, j’avance en surveillant les images de mon sondeur. A mi-chemin, par 11 mètres de fond un groupe d’échos à mi-hauteur me souffle d’essayer. Je passe le jig conseillé le jour même par mon vendeur, précédé de son "teaser". La Chine (Ali Express) et le Japon (Jigpara, fabriqué en Chine) unis dans le même effort pour des doublés délicieux.
S’appliquer à ne pas rater, ne pas rompre le charme … Mais une perche un poil trop grosse le fera, car je dois la mettre à l’épuisette ce qui n’est rien, mais le triple se plante dans le bandeau de tissu de l’engin, ça, c’est quelque chose, et je ferraille des minutes qui semblent des heures pour l’en extraire. Ouf, c’est reparti …
Mais, a few minutes later, le deuxième choc est d’une teneur différente, plus mat, plus lourd. Le moulinet me le confirme. Silure, que je sens s’entortiller dans le bas de ligne, et rapidement il se décroche … Que je crois ! Il a en fait emporté l’hameçon triple, l’anneau brisé s’étant ouvert, et l’agrafe au-dessus du jig est elle-même sur le point de lâcher !!! Bon la perche est toujours là, elle... Je remercie la Dame du lac, ma déesse, pour ce coup d’adrénaline, et je change de jig, pour une autre marque, mais sans résultat … Je saisis alors que c’était LE jig magique de la fée, et j’entreprends de le réparer. Nouvel anneau brisé, nouveau triple, nouvelle agrafe et, ce qui me semblera un temps infini plus tard à cause de mes deux mains gauches, je suis prêt.
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| les hameçons ont été supprimés pour ne pas heurter les malcomprenants |
Mais quelques perches plus tard, j’ai droit un stop impressionnant. Je pressens un silure incompatible avec la résistance de 3 ou 4 kg du bas de ligne, mais je veux le combattre un moment... Le coco n’a pas encore compris, et déroule gentiment, puis revient vers moi : c’est con, un silure … Et finalement il s’alarme et part pour un rush tranquille et puissant. Je laisse faire, puis je fais la bêtise de rajouter un peu de frein et quand je me rends compte que c’est un peu trop, je n’ai pas le temps de corriger. Paf !!! C'est costaud, un silure.
Je rentre heureux comme un jeune pape, c’étaient des moments parfaits.
C’est pas pour me vanter, mais les filles sont incroyables, et ma belle était partante pour retourner à la pêche dès le lendemain en raison de la météo parfaite annoncée ! Ma vieille carcasse hésitait, mais n’y était pas absolument opposée, alors banco !
Lever 6 h 15, arrivée vers 7 h 30. 17 degrés, un peu de brume sur l’eau immobile qui frôle les 25 degrés. Nous fonçons à 3,23974 kt sur l’onde prometteuse, car j'aime respecter les limitations de vitesse (6 km par heure dans la baie) . Nous pourrons même pêcher sans ancrage en l’absence de tout vent. Contrôle de la cale : pas une goutte d’eau malgré les orages de la veille, parfait ! Oui, il prend l'eau un peu, des fois : la vieillesse est un naufrage.
Las, un caillou aussi profond que profondément malveillant prive ma douce de son bas de ligne, et pendant qu’elle le remplace, je sors trois perches de leur milieu humide et malsain. Pas des monstres, hein, des truc de 15 ou 18 cm. Christine se mêle de nouveau à la fête et, exceptionnellement, je dois être en tête des prises…
Pas de vent, pas de vent … On dérive un poil quand même et quand il n’y a plus d’écho à la télé, je reviens ousque c’est bon d'un coup de moteur. Malheureusement, le pékin moyen tend à ignorer la puissance d’aspiration des pales des hélices, et ne croit pas toujours bon de remonter sa ligne quand il veut bouger. Quand je coupe le contact d’urgence, des mètres et des mètres de tresse sont déjà autour de l’hélice... Je me mordrais les couilles si j’étais souple, je me poignarderais le trou du cul à coups de saucisson si je n’aimais pas autant les charcuteries sèches.
Le mal étant fait, j’en prends mon parti avec stoïcisme, presque avec élégance, grâce au sage qui sommeille en moi. Je relève le moteur et je tranche la tresse. Vais-je pêcher avec une autre canne ? Refaire le nœud "FG" un peu compliqué ? Un autre nœud plus facile ? Je n’ai pas encore répondu à ma question quand mon moteur, sans mot dire mais obstinément, refuse de retourner à l’eau. Quoitesse ??? Je monte un peu plus, toujours pas de redescente possible, je ré-essaie, rien, je ré-essaie, et cette fois les pales ne touchent plus l’eau. Bien sûr, objecterez-vous, les hélicos se déplacent très bien sans que l’hélice touche l’eau, mais pour nous, c’est un poil différent. Même si le port n’est pas à l’autre bout du monde, ça risque d’être dur dans un moment…
J’en prends difficilement mon parti grâce à ce couillon de sage qui ferait peut-être mieux de sommeiller ailleurs, et je replace le bateau à la rame, tel un galérien injustement condamné. Je m’ancre. J’appelle mon "CC". Je n’ai jamais su vraiment ce qu’est un CC mais un plaisancier confirmé, lorsqu'il est confronté à une fortune de mer, appelle en général son CC. La messagerie du mécano me répond.
Pêchons. Je fais mon nœud "FG", mais nous sommes à court de mes montages les plus aboutis, qui laissés au fond, qui dans l’hélice, qui dans la ripisylve, qui dans le bordel difficilement perfectible de la caisse Ouyatou ®, et je dois me contenter de ceux que je trouve, comme me le murmure l’enfoiré de sage ronfleur qui commence à me les gonfler menu en moi.
Et nous pêchons, mais par un cruel sort maintes fois rejoué, ma collègue et concurrente semble prendre le dessus en terme de prises. J’en prends évidemment mon parti à cause de ce grand con d’enfoiré de merde de sage que je ne veux plus jamais voir roupiller en moi. Dépité je suis, puis je me repite, j’alterne les montages et je tripote même la manette de gaz et son bouton de trim désobéissant. Et là, miracle, Neptune est grand ! L’hélice redescend dans son élément ! Le lac devient bleu et transparent comme un lagon et nous continuons -en fait surtout elle- à empiler des perches belles comme des coryphènes et grandes comme des espadons.
Nous rentrons enfin au port à 3 nœuds, contents ... Avec qui allons-nous partager ce délicieux plat de perches ? Christine pousse un petit cri de surprise ... La bourriche contenant notre pêche, attachée au taquet, a disparu. Volée ? Mais non ! Envolée ? Coulée, en réalité. Ce n’est pas un gag, et on ne comprendra pas pourquoi. Heureusement, ce n’est pas moi qui l’avais fixée…
Nous arrivons au ponton. A peine un poil d’eau dans la cale après tous ces exploits, c’est bien. Je remonte le moteur pour voir … Il reste bloqué, pour finalement obéir au bout de dix minutes.
J’ai eu un chien comme ça, autrefois.
L'observation de l’humanité est un riche moment, tout autant que celle de la faune ou des paysages de montagne. Mais en être peut être déprimant. Que ces deux évènements se soient succédés leur donne un peu plus de relief.
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| La scène de crime |