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mardi 23 septembre 2025

Le cri du poisson

J'ai pour vous une histoire étrange et grotesque. Et abyssale aussi. Forcément, je n'ai pas tout compris, car quand on est dedans, on n'a pas la distance qui conviendrait à la relation la plus exacte de l'histoire. Je pensais être un pêcheur de toujours, et je voulais me mêler aux discussions des meilleurs. Mais je ne suis qu’un pêcheur d’autrefois, un fumeur de Gitanes qui venait traîner aux portes de l'Olympe. J’ai fait l’expérience désagréable d'être rejeté par des pêcheurs que j'aurais volontiers admirés. Mais ce rejet n’était pas réciproque, et c’est déjà ça. D’ailleurs, s’il en allait des pêcheurs comme des petits pois, pourquoi aurais-je eu des préventions parce qu’il était écrit « extra-fins » sur la boîte ?



Le contenu de ce forum était parfaitement à la hauteur de l’emballage : le no-killer est un très bon pêcheur, qui pêche mieux, qui comprend mieux le milieu et qui capture plus souvent que d’autres de beaux poissons, qu’il remet systématiquement à l’eau après les avoir parfois photographiés. Tandis que si je photographie les rares poissons que je pêche, c'est plutôt sur la planche à découper, ou fumés, ou dans l'assiette.


Un des plaisirs de la pêche


Mais je ne voyais pas malice à nos différences ; ces épées de la pêche m’adopteraient vite… C’était en 2019, et six ans plus tard, je suis resté le mouton noir. De plus en plus noir, même. J’ai appris sur les milieux, sur la pêche en général… et même sur les spécificités des sols karstiques de Franche-Comté lors d’un sujet concernant une pollution. Si le no-killer ne rigole que quand il se brûle, il sait des tas de choses. Et il n'aime en matière de pêche que ses alter ego.


Pour défendre notre loisir, il sera aussi facile demain d’unir les différents types de pêcheurs de loisir que de mélanger l’eau et le feu. Aucun gué entre ceux qui pensent que pêcher et relâcher des poissons est LE chemin, et les adeptes d’une pêche nourricière, assis juste sur l’autre rive. Selon les premiers, le pêcheur qui se fait une friture de gardons, un plat de perches, un sandre, n’a d’excuse que s’il est très pauvre. Mais il ne devrait en aucun cas se mêler à eux. Bon, je ne bois pas avec les ouvriers, non plus.


Le no-kill (catch & release, grâciation) n’a pourtant pas donné de gain significatif aux milieux, si j’en crois Wikipédia, ou des articles à connotation scientifique. Cela ne va pas empêcher l'adepte de toujours ou le converti de la veille de le promouvoir, et éventuellement de guerroyer à chaque occasion avec ses ennemis que sont les pêcheurs différents, les vifeurs, les pêcheurs aux appâts et d'autres ploucs qui iraient peut-être jusqu'à manger leur poisson… J’imagine qu’il y a, pour le pratiquant fervent et rigoureux du no-kill, le franchissement symbolique d’une ligne imaginaire qui lui ouvre le droit de pêcher jusqu’à plus soif sans culpabilité.


Le "catch and release" peut probablement satisfaire le besoin de prédation quand il nous habite, mais il se trouve interdit par exemple en Suisse et en Allemagne, au titre du bien-être animal. Et je vous interroge : si Dieu avait donné aux poissons la voix stridente des cochons, le no-kill se serait-il répandu, aurait-il été porté par des influenceurs badgés comme des coureurs cyclistes ou de Formule 1, par les professionnels de la pêche de loisir, et même par les instances élues des pêcheurs ? Tandis que capturer juste "son" poisson ou "son" cochon pour le manger, qu’il crie ou pas, ça tient la route depuis 300 000 ans.

Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin…/… (René Fallet) 


Autre question, que j’aurais aimé aborder, quel paysage halieutique donne la législation qui interdit la pratique du no-kill en Allemagne ou en Suisse ? Le marché des leurres et l'hypersophistication du matériel vont-ils moins vite que chez nous, et cela a-t-il donné des pêcheurs différents ? Mais nous n’en causerons pas.

Les deux pratiques ont forcément des effets sur le poisson et sur le milieu, mais elles peuvent toutes deux rester dans le « user sans abuser », loin de celle des chalutiers. Je suis finalement rentré chez moi, la queue entre les jambes ; j’irai en causer dès que possible avec la Dame du lac.

lundi 2 juin 2025

En toute transparence

 L'observation de l’humanité est un riche moment, tout autant que celle de la faune  ou des paysages de montagne. Mais en être peut être déprimant. Que ces deux évènements se soient succédés leur donne un peu plus de relief.


J’habite un trou du cul du monde, si campagnard que les bruits de circulation se résument à des cloches de vaches, à une tondeuse de semaine en semaine, à une voiture de facteur quasi inaudible, à des tracteurs agricoles, et au pataclop de chevaux.

Les chevaux, c’est peureux, ça n’aime pas les voitures, alors les cavaliers passent souvent ici, de chemins vides en chemins de terre et de randonnée. Ceux supposés venir de loin utilisent encore des cartes d’état-major en papier, ai-je observé plusieurs fois.

Partant de ce trou du cul du monde pour aller déjeuner chez un copain, je rattrape vingt mètres après mon portail ceux de quatre ou cinq chevaux et poneys surmontés d’autant de trous du cul humains, et je me mets au pas, pour ne stresser ni bêtes ni cavaliers. Je pourrai les doubler trois cents mètres plus loin, car ils prendront alors le sens interdit.

Ils ne le prennent pas, et partent sur la gauche. Moi, j’y suis contraint par le code de la route, et je les suis donc, toujours au pas. Malgré toute la place disponible, personne n’envisage de laisser passer l’automobiliste, ou ne lui fait un signe. Pire, ceux qui se sont éloignés un peu à gauche viennent me défiler devant le nez, et je dois stopper complètement, cette fois.

Invisible

Une voiture venue à leur rencontre est stationnée quasiment au milieu de l’asphalte et trois personnes scrutent des cartes en papier posées sur le capot de ladite automobile. Deux sont côté route, en prime … A ma gauche, un cavalier m'a dépassé et s'est arrêté, serre le frein à main de son bestiau en attachant les rênes à la clôture, sans tenir compte de ma présence le moins du monde... J’aurais peut-être la place de passer, à la limite, mais si près de l’arrière-train du canasson... J’hésite ; et en dix secondes, deux ou trois bourrins viennent s’ajouter au premier dans ce parking équin improvisé. Je devrais me pincer, pour être sûr ? Je suis à un mètre cinquante ou deux de quatre chevaux juste devant moi à gauche, tandis qu’une voiture mal garée devant mais à droite m’interdit de passer suffisamment au large des bêtes, avec des couillons qui continuent de déchiffrer leur carte. J’attends, dans cette étrangeté absolue et surréaliste.

Je fais mine d’avancer, moins qu’au pas, et devant moi, à ma droite, les deux déchiffreurs de cartes d’état major sur capot daignent se déplacer, touchant ma voiture de leur corps, mais sans un regard. J’avance centimètre par centimètre, rasant la voiture de très près… et un gars me montre d'un geste que je risque de la rayer ! Alors que quatre paires de sabots sont juste à deux mètres d’eux, et que je dois passer entre voiture et chevaux.

Cette irréalité aurait-elle pu se poursuivre encore au-delà de ces sept ou huit minutes et de ces trois cents mètres depuis mon départ ? On ne saura pas, un 4 x 4 arrive. C’est le patron du centre équestre, qui saisit la situation en une seconde. Les chevaux attachés sont aussitôt déplacés à sa demande. Et je peux passer. Aucun cavalier, aucun accompagnateur ne m’a fait le moindre signe.

J’ÉTAIS INVISIBLE DANS MA ZOE BLEUE, JE N’EXISTAIS PAS.

Visible


Deux jours plus tôt, en bateau sur le lac de Saint-Etienne-Cantalès, c’était le vendredi suivant l’Ascension, des beaufs supposés, en scooter des mers (et des lacs) écoutaient leur musique à fond  en oubliant la limitation de vitesse sur zone, et l’exquis savoir-vivre qui avait fait la grandeur de notre civilisation. Ils étaient plutôt gros, et ça, c’était bien.

La scène de crime

Je m'arrête désormais devant chaque miroir pour m'assurer de ma matérialité. Devient-on transparent pour apprendre à être mort ?

lundi 1 avril 2024

De l'art de convaincre

 Je roulais tranquillement dans le Revermont accompagné de mon épouse. J'avais la banane pour deux bonnes raisons. D'abord un stock tout neuf de vieux comté dans le coffre, et ensuite le bonheur d'être là à traîner sur les chemins de mon adolescence. J'arrivais ainsi à la toute fin du Revermont. Ou au tout début de la Bresse, va savoir ! C'est ici la zone grise où ventres jaunes de la plaine et cavets de la montagne se mélangent allègrement, et où des pointillés clairs et nets amélioreraient la précision du récit.


Passons sur l'impéritie de nos services publics qui couvrent les cartes de pointillés de toutes sortes sans JAMAIS avoir le courage de venir les reporter ensuite sur le terrain. C'est juste là, à l'entrée du village, entre deux virages à 90 degrés dans lesquels on ne tremperait pas un doigt sans se brûler, qu'un gentil monsieur, une brassée de fanions tricolores sous le bras et un panier à la main nous invite à nous arrêter un instant. Comme il est à la fois porteur d'un gilet jaune tout neuf et posé au milieu de l'embranchement, nous lui laissons volontiers la vie sauve. J'ouvre la vitre pour le saluer et m'enquérir de sa démarche.


Il s'excuse de provoquer notre arrêt et nous explique être simplement posté ici pour récolter un peu de fonds en vue du lancement d'un événement gastronomique porté par la maison des jeunes du village.


Ah que pourquoi pas ? J'aime les jeunes, j'aime ce village, j'aime la gastronomie et j'aime la bonne bouille de notre interlocuteur. Donc je veux bien le petiot drapeau tricolore contre deux balles, pourquoi pas ? Alors que l'un de nous se met à la recherche de monnaie, il demande si nous n'aurions pas un billet de dix ou de vingt euros pour se libérer de la monnaie que je vois abonder au fond de son panier, parmi des petits je-ne-sais-quoi emballés de papier plastique. Bien sûr !


Nous cherchons un petit moment – nous sommes auvergnats – et j'ai enfin en main le bifton de vingt euros. Un petit nougat ou un gros ? me demande le gentleman. Je souris, c'est vraiment sympa de filer une friandise aux gentils donateurs. Un gros bien sûr ! Il me tend un je-ne-savais-quoi-mais-je-sais-maintenant, et alors que j'attends 18 euros la main tendue et le sourire aux lèvres, le mec m'en file trois ... Le petiot nougat n'est pas un cadeau ? C'est ce que j'aurais dû comprendre ?




Deux-trois neurones se reconnectent enfin. Je reprends mon billet avec autorité, lui rends ses trois euros, et lui demande aussi à quel point il se paie ma tronche. Magnanime, je garde le drapeau et lui file deux euros.


Il aurait suffit d'un rien, une voiture qui arrive en prime pour créer un léger stress, pour que mes sens endormis ne s'éveillent pas et que je me fasse baiser 17 euros en croyant participer à une initiative sympathique …Il n'y avait d'ailleurs pas l'ombre de projet de manifestation gastronomique.


Quelque jours plus tôt, ma sœurette recevait quelqu'un pour un contrôle de son isolation … Bien normal puisque de l'argent public y avait contribué. Mais ce n'était pas un contrôle, juste des marlous qui récupèrent des fichiers je ne sais comment, et sont là pour des objectifs absolument pas nets (pas de carte pro, pas de document officiel ni même commercial)


Tout ça en trois jours, et sans recourir à l'intelligence artificielle ! Mais moi, je devrais m'en équiper, je crois.

samedi 23 décembre 2023

Dieu a renoncé

Il me l'a écrit via Messenger, répondant à mon malaise face aux postions de la gauche sur la chasse et sur la pêche, ces activités qui sont le sel de la vie des campagnards "de souche", qu'ils soient de gauche ou de droite.

J'avais lu il y a peu une proposition de loi surprenifiante : des Zécolos, une Sauss. , une palanquée d'Eléphis veulent m'interdire de pêcher au vif ! Ne resterait donc à gauche que le PCF qui ne chie ni ne pisse sur les chasseurs et les pêcheurs ? La vie subaquatique est pourtant une perpétuelle suite de souffrances, de meurtres, d'assassinats, de cannibalisme et d'incestes ; la pêche au vif y apparaît comme une douceur.

Et je lisais ce matin une autre règlementation ébouriffiente dans la "division 240" qui concerne le nautisme : si on navigue sur de l'eau salée et sur un bateau de moins de 24 mètres doté d'un moteur hors-bord, le pilote doit se relier au moteur par un coupe-circuit en permanence, dès que le moteur est en fonctionnement ! Moi qui croyais que c'était juste un porte-clés encombrant, ce truc ... Ainsi en cas de chute à l'eau, le moteur s'arrête automatiquement, ce qui est bien pour les voisins. Mais si le pilote a un malaise sans chuter, ça ne sert à rien. Et si tout va bien, c'est-à-dire le cas habituel, ça ne sert à rien non plus … La blague est que si le moteur est "in-bord", tu fais comme tu veux.

Ça va gêner dans quantité de circonstances pour pêcher. Notez aussi que si le pilote n'est pas seul sur le bateau et qu'il tombe à l'eau, un passager prendrait les commandes pour venir récupérer le capitaine. Et s'il est seul et qu'il tombe à l'eau au vent, un simple zéphyr fera qu'il ne rattrapera jamais son bateau, moteur coupé ou pas.

Jusqu'à décembre 2023, le bon sens s'était imposé : c'est au skipper d'user de son libre arbitre* en fonction des circonstances de vitesse, d'état de la mer ou de hauteur du mât. Le dispositif est là, tu choises …

Tout ça était trop pour moi ! Ayant été baptisé - il y a déjà longtemps - j'ai décidé d'écrire un post à Dieu sur son Facebook pour lui demander s'il ne devrait pas actualiser ses Tables de la Loi en les gardant concises et simples, en lui proposant même de venir les chercher au Mont Sinaï si nécessaire, ou au Plomb du Cantal si c'était possible, ça m'aurait arrangé.

Dieu est grand, et il m'a répondu via Messenger.

(SIC) Cher follower,

Quelle joie de vous lire après un si long silence ! Je rentre moi-même à l'instant d'un voyage de pêche et de chasse sous-marine et je découvre vos misères terrestres. Pierre [il ne donne pas le nom de famille] me l'avait suggéré il y a longtemps déjà, mais la Création étant ce qu'elle est, la chose est inutile, et j'en suis navré.

Un décalogue, ça allait bien pour des Tables de la Loi sur granit ! Il faudrait maintenant aux hommes tout le Mont Lozère, et le Massif du Sidobre aussi, pour retranscrire dans le dur leur diarrhée de lois et de textes ...

Alors fais comme Moi, garde les dix commandements, et va à la pêche et à la chasse pendant qu'il est temps.

Que c'est con, une licorne ! [fragment]


* Notez soigneusement la définition qui est : "Volonté libre, non contrainte" et cachez ce papier, ou apprenez-la par cœur : des sources bien informées tiendraient des milieux autorisés que le libre arbitre sera prochainement interdit d'usage comme de détention. 

samedi 15 octobre 2022

Vin de glace 1980, et autres adorables vieilleries

 

C'est pas pour me vanter, mais le temps passe. Moi-même, d'ailleurs … A une époque où pas mal d'avenir encore était devant nous, un ancien étudiant a eu l'idée de réunir les garçons zé les filles de sa promotion de techniciens agricoles dont je suis, qui pendant un an ou deux s'étaient échinés ensemble pour la conquête d'un diplôme censé ouvrir des lendemains qui chantent plus juste ou plus fort.


Étaient venus se former qui un paysan qui voulait respirer, qui un malade qui voulaient guérir, qui un professeur qui voulaient apprendre, qui un bûcheron dont le dos criait grâce. Il y a avait là-dedans du catholique qui prie quand il a bu, du vigneron, du communiste sûr de lui, du vegan qui jeûne pour se détoxifier, du droitier profond, du néo-rural, pour citer les principales tendances qui emplissaient les salles de cours. Des gens apparemment comme vous et moi. Enfin, comme vous, pas comme moi, étant à la fois communiste et malade, ce qui fait beaucoup pour un bien petit bonhomme.


Et que devinrent ces personnes dans les décennies qui ont suivi ? Cette question vous brûle certainement le pourpoint, voire la forêt girondine. Dans la banque agricole, dans la police, à la ferme elle-même, dans le conseil aux agriculteurs, dans la formation et l'installation de futurs agriculteurs, dans l'agro-industrie, etc.

Certains ou certaines ont trouvé rapidement le débouché professionnel souhaité, et d'autres on ramé des lustres avant de s'établir pour de bon. L'inégalité poursuivait donc ses ravages sans être aplanie par ce modeste diplôme.


Vin de glace ...



C'est ainsi qu'arriva il y a quelques semaines cette bouteille de vin de glace miraculeuse, née en 1980, année du diplôme, qui est dans ma cave aujourd'hui, C'est un coteaux du Layon, un affluent de la Loire sur sa rive gauche. L'automne 1980 fut sauvage, neige et glace arrivèrent tôt. La fin des vendanges s'effectua dans des conditions affreuses, et on débloqua même le pressoir à la barre à mine ... Pendant que moi-même je me les gelais aussi, mais sur les hauteur du Cantal que j'avais atteintes grâce à cette formation.  

C'était le vignoble des parents de Gérard, un étudiant membre du groupe qui se trouve regroupé chez moi, et qui offrit une bouteille de 42 années à chacun de nous. Se retrouver 42 ans après, comment est-ce possible ? Juste grâce à l'un d'entre nous, André-Jean, qui s'y était attelé il y a une quinzaine d'années. Et cela a marché ; on ne résiste pas à un normand.

Plusieurs rencontres ont déjà eu lieu, d'un jour et tous les trois quatre ans d'abord, puis nous avons décidé, devant l'urgence du temps qui passe, de les rendre annuelles … et sur deux ou trois jours.  La Croix Rouge n'aura pas à ouvrir une antenne, il y a deux infirmières parmi nous ...




Et autres amicales vieilleries ...


jeudi 31 mars 2022

Du temps qui passe

 

ou  "Comment devenir un vieux con misanthrope ?"


Devenir un vieux con, c'est du boulot, et il vaut mieux s'y prendre jeune. Je n'avais fait que des études supérieures éclair, et c'est un accident de santé en 1979 qui m'y reconduisit pour deux ans. Je tenais juste debout et je souffrais beaucoup, et j'allais forcément perdre mon emploi au bout de six mois au tapis, dans cette coopérative agricole. Personne ailleurs ne m'aurait embauché pour quoi que ce soit dans l'état où je me trouvais. Alors autant essayer de faire quelque chose d'utile, ou même d'inutile.


Je lançai une inscription et je fus retenu pour septembre dans un institut de formation privé. Mais impossible de faire les 100 km en voiture ; je repoussais donc de semaine en semaine en craignant d'être jeté. Par chance il n'y eut pas d'autre candidat, ou bien on n'en chercha pas. C'est probablement fin octobre que je trouvai assez de force et que je repartis pour un BTS de "techniques agricoles", convaincu ou plutôt vaincu par le conseiller du pôle emploi de l'époque ; je voulais plutôt "commerce", mais je n'avais guère la gnaque pour discuter.

Dès que les dés avaient été lancés, j'avais trouvé quelques bouquins d'agronomie, si bien que dans certains domaines, j'étais en avance à mon arrivée.

Tout cela marcha, c'est l'adorable Nicole quelques mois plus tard qui remarqua que j'avais ri pour la première fois.  Un peu de mieux donc dans cette douleur et ce combat affreux que je menais. Chaque semaine, je devais arriver le dimanche soir car deux heures de route le lundi matin m'auraient mis HS pour la journée. Il me fallait vingt ou trente minutes pour parvenir à quitter seul mon pull-over, dans ce château lugubre où j'étais seul le dimanche soir. J'en pleurais, pour de vrai. Tout le groupe était à mes petits soins et mon humour revint dès que je fus moins mal.


C'est comme ça que j'obtins mon diplôme en 80, et que j'atterris dans le Cantal, juste pour deux ou trois ans dans mon esprit. Mais jusqu'à aujourd'hui en réalité, 40 ans plus tard.


Premier job merveilleux dans le Cantal, je suis à gauche, bras levé


Chacun des 18 ou 20 copains et copines de la promo mena sa vie ensuite, de la banque aux phytosanitaires, de la police à la ferme, de la prison au conseil agricole ...

Au bout de dix ou quinze ans, les liens se distendaient et le meilleur d'entre nous s'échina à créer une rencontre festive des anciens de cette promotion tous les deux ou trois ans, ce qui marcha d'abord moyennement avant de devenir un moment attendu pour une petite moitié du groupe.

Il y a 4 ou 5 ans, je n'y fus pas pour raison d'épaule en bouillie, et l'an dernier non plus pour état de délabrement avancé, en attente de réparations délicates.

Et « ils » ont décidé que si je ne voulais pas aller vers le sud-est - où presque tous se trouvent - le Sud-Est viendrait à moi en 2022. Hein ?

Tout cela a tourné à nouveau dans ma tête à la lecture d'un message sur un forum me proposant une nouvelle rencontre de chasse... Comme à l'annonce de cette rencontre d'anciens de promo, j'ai éprouvé d'abord une certaine gêne, un peu de sidération ... Quoi ? Moi ? Dans cet état ? Z'êtes sûrs ?

Il se passe dans les têtes des déglingués des choses étranges. Des tas. Par exemple j'ai cessé d'aller à la bibliothèque pour ne pas croiser des collègues d'autrefois que j'aime pourtant beaucoup, et je ne veux pas m'exposer à des personnes qui penseront quoi ? Et comment je leur dirais exactement ce qu'il en est ??  Le pourrai-je, d'ailleurs ? Il faut bien l'admettre, je me cache. L'université interâges, les réunions diverses, c'est terminé.

Je deviens à grande vitesse un anachorète qui se livre à l'art épistolaire, encore un peu. Mais comme je trouve que je me livre trop, et en général, je ne publie pas ... C'est ballot ; romancier c'est sûrement mieux.


vendredi 9 avril 2021

Lève-toi et marche (doucement)

C'est en substance la parole de mon chirurgien, à J + 42 et 22 heures. Même s'il n'a pas paraphrasé le célèbre faiseur de miracles, il annonçait la bonne nouvelle.


Il donne dans des mots plus techniques, mon chirurgien, mais accessibles. En gros tout est bien à sa place du genou au bassin, c'est solide autant que ça peut l'être, et je peux m'appuyer sans restriction sur le membre rafistolé. Il a ajouté que ca n'irait pas tout tout seul quand même, et m'a quitté en me souhaitant bon courage pour la suite …Et rendez-vous dans deux mois.

Conjuguer sans faute une vingtaine de vis, plaques, tiges, liens, allo greffons avec des os en piteux état parmi des muscles étiques tient du réel miracle et de la bête charpente à la fois. On ne choisit pas le bois, c'est tout … Je redoutais tellement ce moment que j'aurais pu m'envoler de joie. Je me suis contenté de sourire largement, faut rester sérieux. Et vu la hauteur de plafond, un looping était de toute façon impossible.

Patient, on suppute, on redoute, on croit, on s'angoisse ou on s'enthousiasme vite, on dentdescie énormément. Cette fois, j'y suis, je vais pouvoir rêver pêche, et même chasse d'été en attendant de concrétiser dans les meilleurs délais. 

Après la presque-vie, la re-vie est là. Alléluia !


mercredi 24 mars 2021

La visite

Bulletin de santé numéro tant. J +  28, mais J plus un mois aussi par le miracle de février.  J'avais pensé à "la Visitation" pour le titre, pour le côté sacré et dans un délire de licence poétique, mais l'évocation de la vie mondaine de Marie ne sied guère à mon état de convalescent fragile.


Vous allez rire. Ou pas. Cela faisait hier exactement un mois que je n'avais vu personne d'autre que des soignants généralement masqués et parfois gantés, probablement pour ne pas être confondus  un jour par leurs empreintes ou par une caméra de surveillance.


Auxquels il faut quand même rajouter ma douce - qui me soigne, on n'en sort pas - et mon fils et son épouse.


C'était un peu comme ça. Un peu, hein !


Mais hier était un grand jour, je recevais des amis. J'avais astiqué le fauteuil roulant et bichonné les chromes du déambulateur pour accueillir mes visiteurs dans le plus grand apparat. J'étais en tenue civile, un peu dégradée certes par un jogging et un sweet shirt. Le grand banquet s'était mué en simple tarte aux pommes. Ah !  Ca fait du bien. Pas la tarte aux pommes, la visite ! Suivez, bordel ! Enfin si, la tarte aux pommes était délicieuse aussi. Brèfle *, un petit goût de revie** avec le soleil éclatant derrière la vitre et des amis près de moi.

"La visite" c'est ça aussi qui m'inspira le titre, mais moi,  je la voulais vraiment cette visite !  musique  

* Bérurier.

** mot nouveau.






dimanche 21 mars 2021

Retiens la nuit

 

J + 26


Ah, enfin une nuit presque correcte. Un anti douleur léger, un somnifère léger, et une jolie goutte d'une huile essentielle de Jenesékoi, ce merveilleux arbuste poussant je ne sais où, versée par ma douce sur un mouchoir. Hasard peut-être, mais j'ai enfin dormé par longues bribes d'une, deux ou peut-être même trois heures. Je ne souviens pas de la conjugaison exacte du verbe concernant la dormition et ces choses-là, tant j'avais perdu l'habitude … 

Je voulais même créer un groupe de pression et lancer une pétition pour rendre la nuit facultative. Si jamais quelqu'un chante " Retiens la nuit ", alors je jette mes aides auditives aux chiottes, je le poursuis en déambulateur, je l'étripe avec une vieille canne anglaise rouillée.



Ainsi va la presque vie, avec ses minuscules progrès et mes gros soupirs. Mais les prévisions sont bonnes avec un kiné miraculeusement annoncé, et une météo qui autorisera de petites sorties sur la terrasse. Ca va être dingue, carrément fou. 

Bises !

mercredi 17 mars 2021

Gigolo

 Bulletin de santé numéro tant.
J + 21.  Je teste l'état de gigolo depuis cinq jours. Un taf nouveau que j'explore. Je suis à l'essai, en fait ...


Jamais je n'ai souhaité m'abaisser à ce point, mais si on veut continuer à vivre il faut parfois payer de sa personne.

Attention je suis un gigolo d'un genre nouveau. Pas un beau gosse aussi bien fait de sa personne que fainéant. Oui, je sais, je suis fainéant aussi, mais là n'est pas la question.

Je me fais entretenir par une femme, donc. C'est l'essence du métier de gigolo. Mais pas de belles sapes pour moi, pas de Weston, pas de champagne, pas de palaces ni de voyages. Pas de havanes non plus, juste une cigarette électronique. Je reste donc bien au-dessus des apparences et bien en-dessous des apparats. 

Non, si je parle d'être entretenu, c'est bêtement l'entretien courant … Pas de toilettes coûteuses, mais la toilette, pas de grands restos, mais des petits plats, et at home.




Fournir la contrepartie est certainement dans le contrat. Et c'est forcément de l'amour … Mais le seul amour que j'ai en stock actuellement est strictement platonique.

Ce contrat peut -il raisonnablement tenir ainsi ? Un frisson m'a parcouru l'échine hier soir, quand ma belle m'a servi des champignons.


Ils étaient bien comestibles. La presque vie continue ...

jeudi 28 janvier 2021

Do it moi-même

Au moins l'un d'entre nous, et sûrement le meilleur, se souvient de la tragédie des ambisenestres, illustrée par un auteur aujourd'hui oublié, dans un texte jamais ouvert par quiconque: "https://blancchasseur.blogspot.com/2016/02/handicap-vivre-avec-deux-mains-gauches.html".


Le dernier et terrible attentat du "Do it moi-même" contre ma personne et mes biens, que je me dois de relater au monde, encouragera celui-ci, je l'espère, à envoyer un peu de flouze à ma fondation "Born wizz 2maingoch" qui lutte sans espoir mais sans renoncer, et avec d'énormes frais généraux.

Voilatypa* que mon téléphone plutôt chic (un smartphone, dit-on en général) donne le signe d'un manque d'énergie. Que nous connaissons souvent en fin d'hiver, et que l'on combat d'une cure détox. Mais là, c'est un téléphone, et aussitôt mes recherches investissent, contournent, encerclent la toile. Quand je me fends enfin de mon numéro de carte bleue, l'affaire est comme réglée.


Ma boite aux lettres recèle le surlendemain *** une enveloppe-colis qui contient la solution**. Certes il restera à installer cette batterie dans le téléphone. Des ballons ! Euh non, déballons. Cette batterie est accompagnée de micro-outils forts sympathiques, mais dont la dangerosité ne m'échappe jamais. La notice est juste un lien qui dit qu'il faut trouver la notice du téléphone, qui ne dit rien d'autre que de faire appel au SAV. Une autre recherche, sous un autre angle, dit qu'il faut, dans les téléphones de dernière génération, trouver l'astuce pour les ouvrir. Malgré cela, un temps de 20 minutes seulement est requis, que j'ai dépassé par mes seules recherches.


Peur de rien, je n'ai. Et j'ouvre les emballages. Jolis les outils ! Ah ! La batterie dans un plastique, elle-même dans un plastique mou et noir, bien collant et bien protecteur. La classe ! Lui-même, comble du raffinement, inclut la petiote tirette qui va permettre de l'ôter sans peine. Comme les chewing-gum. Faut tirer comme un dingue ! Et bien sûr, ça casse. Le canif, alors ... Oukilé ?


Et bien sûr "ça" casse  


Je sens poindre progressivement un sentiment d'étrangitude bien connu .. Cette languette, bizarrement dorée de l'autre côté, servait-elle vraiment à ca ? N'était-ce pas, plutôt que pour ôter cette enveloppe, la connexion de la batterie ? Damned, je viens de rendre définitivement ma nouvelle batterie inutilisable.


Ca aurait pu être pire, évidemment. J'aurais pu passer une heure à ouvrir le smartphone d'abord, plus avoir à soigner des entailles aux doigts ... Voire j'aurais pu détruire le smartphone en essayant de l'ouvrir. Là j'ai tout flingué en moins de trente minutes. C'est presque de la productivité, je n'aurai qu'à le jeter.



* forme adverbiale du verbe intransitif "voilatyper", du 1er groupe, qui ne signifie rien. Alors qu'il devrait, il est payé pour ça.

** mélange homogène

*** pour les malcomprenants, ce n'est pas le surlendemain qui est dans la boite, mais l'enveloppe-colis, OK ?



mardi 8 décembre 2020

Un pied dans l’hiver (by Josero)

Loulle, c'est son prénom, un diminutif provençal de Louis, je crois. C'est un déjà vieux viticulteur, dans sa ferme, chasseur aussi.  Fine, c'est sa femme : Delphine ? Joséphine ? Loulle est, je crois, vaguement dépressif, parfois, et presque toujours misanthrope. Josero, qui écrit ces textes, lui ressemble peut-être un peu. Il en parle si bien,  si rarement, et ne veut pas publier ses perles. A ma demande, il a bien voulu qu'elles viennent enrichir  mon blog. On trouvera pas mal de mots provençaux, et d'expressions provençales. Leur traduction, pas forcément.


Troisième texte de Josero


Quand Les jours baissent et s’assombrissent au rythme des pas lents d’un automne qui ne veut pas rendre grâce, et qu’on surprend au hasard de quelques matins, une gelée timide qui s’accroche aux champs ensemencés et les baigne de blanc, alors le temps des heures noires arrive. Les ciels de novembre qui ont connu les combats violents des nuages de la Toussaint, se parent maintenant de mauve quand le soleil les quitte, et la tristesse se blottit dans des replis secrets au fond des maisons , où soupire la marmite de soupe. Le feu qui s’agite sous la braise fait éclore des images changeantes, et une étincelle qui s’envole et meurt dans le puits de l’âtre noirci, installe dans le cœur des hommes une sourde mélancolie.

La grosse horloge comtoise distille les heures et les minutes, calée contre un mur qu’elle croit retenir, dans sa vanité d’horloge qui mesure le temps et qui pourtant le laisse s’enfuir. L’écran de la télévision lance des éclairs d’images, ritournelle incessante des informations, qui à longueur de journée, plongent les humains dans la morosité.

Loulle n’y prête pas attention. A quoi bon ? Fine lui fera le résumé ce soir. Lui, il rêve. Aux jours disparus. A ces jours où il pouvait aller et venir à son pas, boire un coup avec cette main d’amis qui lui restent, regarder les matins s’éveiller au  chant du coq, et surprendre la nuit qui vient  poser sa patte de velours sur la terre qui l’engloutit. Une bélugue (étincelle) plus grosse et plus vaillante que les autres, lui rappelle l’éclair du coup de feu faisant bouler la lèbre imprudente au détour d’un regain.

Mais la chasse est finie. Celle pour de vrai.  Parce qu’il pourrait y aller à l’autre, celle qui t’apporte le frisson de l’interdit. Celle des nuits avec ses lunes blanches qui transforment tout. Ces silhouettes d’arbres qui deviennent menaçantes, ce grincement soudain des branches qui se battent entre elles, font battre le cœur plus vite et plus fort de celui qui par mégarde, se serait attardé au creux de ce chemin qui lui semble interminable maintenant,  frissonnant au grognement des sangliers en maraude, au miaulement plaintif de la matchotte, et à la nuit, qui prend tout dans sa main noire et lui fait hâter le pas vers les lumières du village qui lui font signe au loin.

Loulle n’a jamais craint la nuit. Pendant longtemps elle a été sa complice, sa maîtresse. Tuer un sanglier à l’espère ne lui a jamais fait reproche. Car dans ces pays, loin des foules qui se repaissent de bruit dans la laitance brillante des néons et des enseignes, le braconnage est tatoué dans les gênes. Ce n’est pas pour en tirer profit, non, c’est juste cette espèce de plaisir confus que l’on ressent à la vue du chevreuil qui vient au gagnage, ou du lièvre qui s’affole à l’ombre fluide du renard, et derrière ça, la peur de se faire prendre, qui tord les tripes langoureusement.

Mais en ces heures troublées, ils sont nombreux à se blottir derrière un cade ou dans un fossé  à serrer le canon froid du fusil, essayant de trouer les ténèbres d’un œil inquiet. Alors il a abandonné ses nuits coupables car il ne voudrait pour rien au monde, croiser quelqu’un à l’orée du bois. Et puis, le cœur n’y est plus, cette saloperie de virus n’a pas tué que des gens. Il a tué la convivialité en distillant chaque jour la peur d’une maladie inconnue 

Lui il n’a pas peur. Comment tu veux qu’il la chope la Covid ? Déjà qu’en temps normal il voit pas grand monde, alors là ! Le village est lugubre. Seules les lumières des maisons font savoir qu’il y a encore des vivants.



Il sursaute car le feu se met à pétarader comme un fada. Ségu que Fine vient d’y mettre une branche d’aubépine. Ce bois il pète et il pue. En plus, il est plus dur que le fer, alors avant qu’il flambe en entier, il va empester la maison. Il a du s’endormir car il n’a pas vu Fine mettre le soucaoù (souche) d’aubépine. Celle là, elle fait toujours ses coups en douce. Il ne lui dira rien. Pas de reproche. Le temps n’est pas aux disputes. Surtout pour un morceau de bois.  Faut dire aussi qu’il est contrarié. Demain, ses amis et tous les autres à qui il ne parle plus, vont chasser. Faut tuer du sanglier, c’est le gouvernement qui les oblige. A ce qu’il paraît.  Bon, d’accord que lui à la battue il n’y va plus. Mais il ressent comme une envie.  Les choses c’est quand tu peux plus les avoir que tu les veux encore. Ce qui le console un peu, c’est de ne pas participer à tout ce cirque. Et je mets un masque, et je me tiens loin des autres. Je mange tout seul comme si j’avais le choléra. Parce que ce virus, c’est pire que le choléra !  D’accord qu’il a pas connu ça, mais il en a entendu parler.

Alors chasser avec toutes ces choses qui t’obligent, il a pas envie Loulle. Déjà qu’en temps normal il aime pas être obligé, là il supporterait pas cette ambiance. Ca le console un peu d’échapper à cette mascarade, c’est le cas de le dire ! Admettons que demain en entendant les chiens, il lui prenne mal. Comme un malaise, comme un drogué en manque. Hè bien, il partira s’occuper ailleurs. Même si le travail est fait depuis longtemps, il ira tè..il ira.. Ségu qu’il le sait pas. Et puis, de n’importe quel endroit du pays, il va les entendre les chiens. Et les pétarades ! Imagine qu’ils fassent le domanial, encore que c’est pas une bonne idée.  Il n’y a pas un seul morceau de culture. Mais bon, admettons. Encore qu’il aurait son mot à dire là dessus. Pas forcément écouté, mais il l’aurait dit. Il serait alors allé se poster à la barrière, là où il avait tué ce sanglier presque blanc. En fermant les yeux, il le revoit ce vieux mascle, sortir des lambeaux de brume pour aller vers sa destinée.

Daïze (attention) Loulle, tu pantailles (rêves) de trop. A la battue, tu n’y vas plus. Pas la peine de pleurer sur ton sort. T’as choisi. Mais des fois, tu choisis forcé. Il aurait pu continuer, mais alors il aurait fallu qu’il se taise. Et lui, se taire il sait pas. Alors il a préféré renoncer à ces matins où en buvant un mauvais café, on plaisantait en critiquant les maladroits, ces moments de partage d’une amitié pas si profonde que ça en vérité, mais qu’on faisait semblant de croire. Et ces heures passées au poste, guettant le moindre bruit, le cri de victoire d’un chien qui avait trouvé, la branche qui craquait sous la patte de l’animal, l’ombre noire fuyant au travers des buis, ou sortant brusquement de la barrière des chênes verts, tout cela s’est enfui.

Alors quand plus rien de tout ce qui fait le bonheur de chasser n’existe, autant tourner le dos aux souvenirs.

Et faire face à un avenir de plus en plus sombre.

jeudi 24 septembre 2020

L' espoir (by Josero)


Loulle, c'est son prénom, un diminutif provençal de Louis, je crois. C'est un déjà vieux viticulteur, dans sa ferme, chasseur aussi.  Fine, c'est sa femme : Delphine ? Joséphine ? Loulle est, je crois, vaguement dépressif, parfois, et presque toujours misanthrope. Josero, qui écrit ces textes, lui ressemble peut-être un peu. Il en parle si bien,  si rarement, et ne veut pas publier ses perles. A ma demande, il a bien voulu qu'elles viennent enrichir  mon blog. On trouvera pas mal de mots provençaux, et d'expressions provençales. Leur traduction, pas forcément.

L’espoir.

Ca va bien faire deux heures qu’il est parti. Fine doit se tourner les sangs. Mais bon, il fallait qu’il  parte, sinon il allait devenir fou. De la maison à la route, ça fait pas loin. Juste la Pièce Longue à traverser. Un champ ! Nu comme la main. Quand tu es sur le tracteur, tu dirais pas qu’elle est si longue. Mais à pied, putain ! Et sans se faire voir, c’est pas gagné. Mais bon il est arrivé à la route qu’il a traversée comme une flèche, la peur au ventre. Attention, pas la peur de se faire écraser, parce qu’en temps normal, il doit passer une voiture toutes les quarante minutes, alors tu penses, en plein confinement !

Non il a peur de se faire voir. Comme il parle plus à personne au village il veut pas qu’on parle de lui. Et puis il faut bien le dire, Loulle c’est pas un courageux. Par contre, ne va pas imaginer que c’est un cague aux brailles. Il a pas peur d’affronter un cochon au ferme avec son opinel à virole. D’accord que ceux qu’il a servis à l’opinel, c’était pas des monstres, mais quand même … Il a peur aussi de se faire attraper par les gendarmes. Ceux là, tu les vois pas de dix ans, suffit d’une fois où tu es pas en règle pour qu’ils se pointent. Loulle, il a toujours respecté la loi. Jamais un sens interdit, jamais pris la place d’un handicapé, rien ! Un modèle.

Peut être un peu de braconne de temps en temps. Mais ça fait partie du patrimoine génétique des gens de la terre. Surtout ceux d’ici.  Alors on va classer ça dans l’interdit autorisé. Par qui ? Mais par lui et tant d’autres qu’il ira pas dénoncer. Il manquerait plus que ça !

Mais aujourd’hui il a merdégé dans l’interdit non autorisé.  Bien que cela ne prête pas à conséquences, parce qu’il risque pas de contaminer qui que ce soit, vu qu’il n’a pas rencontré un chat, et qu’il n’est certainement pas malade,  mais c’est pour le geste. Il a l’impression d’avoir mal fait. Donc, il est un peu contrarié là dessus et ça lui gâche une partie du plaisir ... N’empêche que pour le moment,  il boit tout son content de soleil, même si c’est le pareil sur ses terres, mais là c’est presque comme si il avait volé quelque chose de précieux. Pas précieux comme un trésor, mais précieux tout de même.

Donc, après la traversée périlleuse de la route, il est entré dans le bois. Tu peux pas imaginer le bonheur de se frotter enfin aux branches basses, même si des fois une maligne essaie de t’éborgner. Dieu sait s’il a fait attention à ne pas faire de bruit craignant qu’on le surprenne. Si peu de bruit qu’il a failli faire un arrêt cardiaque quand une niade de cochons lui a démarré des pieds en rouspétant. Ou ces favards occupés à boire, qui ont fait claquer leurs ailes comme des mitraillettes. Quand tout est silencieux, le moindre bruit te fait sursauter.

C’est la saison des amours et pour les merles, c’est à celui qui chantera le plus fort. Des mésanges passent d’un arbre à l’autre dans un vol feutré. Là c’est un écureuil qui vient de laisser tomber la pigne qu’il tenait. Des barres de soleil épaisses, si droites et raides qu’on pourrait croire que tu pourras pas les traverser, descendent du ciel vers la terre, emprisonnant dans leur lumière, des milliers d’insectes, dont les ailes sont autant d’étincelles pétillantes. 

Le temps s’est changé en statue. Il ne bouge plus.  Seul le bourdonnement incessant des abeilles qui s’affairent en un ballet désordonné, dérange cette immobilité. L’odeur du printemps en avance cette année, fait tourner la tête des pins, qui  dispersent au souffle palpitant d’une brise de fin d’après midi, la poussière jaune de leur pollen qui tache les fleurs mauves des cistes. Au loin, la cloche retentit, sonnant cinq coups. 

La tristesse s’étend à perte de vue. 

Dans la mélancolie trop bleue, d’un ciel qui se prend les pieds dans les tréfonds de la terre, rien ne fait penser à cette mort qui rode dans le monde, et à cette menace présente dans l’air que l’on respire. Loulle se hâte. Cette fois, il marche sans précautions, ouvrant son chemin entre les branches, qui essaient en vain de le retenir. Alors quoi,  il ne les verra plus les blés qui s’agenouillent sous le poids des épis lourds de grains ? 

Alors il ne tachera plus ses doigts aux grains poisseux et douceâtres des raisins d’octobre, que l’on cueille dans les rires joyeux des vendanges ? Et il ne fera plus tourner une cavalière inconnue dans des valses musette, sous les lampions multicolores de la fête votive, au rythme des sons plaintifs de l’accordéon ?Il ne fera plus ces parties de pétanque sous les soleil impitoyables des mois d’été, où à la fin on trinque au comptoir des buvettes, à boire des pastis sans autre raison que de fêter la vie d’ici, avec les rares amis qui lui restent, dans ce village que contemplent avec dédain, les premiers murs des Alpes ?

Allons ! La vie ne va pas s’arrêter ! Pas maintenant. Il a tant à faire !

Oui, il va les entendre encore les menées joyeuses des chiens, il va encore battre son cœur, à revoir les sangliers, il va encore les poursuivre dans les vignes, les grives qui se saoulent aux raisins oubliés par les vendangeurs. Et chaque pas de plus le rassure. Chaque buisson qu’il traverse déchire des pans entiers de cette angoisse qui habillait encore ses épaules. Il redécouvre son univers, son cœur bat à l’unisson avec ses terres qu’il reconnaît aux odeurs qui s’en échappent, avant même que de les voir.

Il est chez lui. Il marche au bord de la Pièce Longue. Il traverse la route. Sans se presser. Pourquoi il se dépêcherait ? Il a tout son temps. Toute la vie qui lui reste. Il s’en contrefout des gens du village, des gendarmes et de tout le reste. Il va vivre. Lui, Fine et tous les autres. Comme avant…

Il monte l’escalier. Fine l’attend. sur la terrasse.

- Mais t’étais où, sainte vierge., que je me suis tournée les sangs ? Encore une peu, et j’appelais les gendarmes !

lundi 17 juin 2019

L'homme est bon

Deux fois !!! C'est la seconde. J'étais tranquille j'étais peinard, j'attendais que la porte du restaurant s'ouvre. C'était sur le Jean Nicoli, mon périf repéré ... mon ferry préféré. Grand, fort, et jeune encore, je me voyais, et je rentrais de mes vacances corsicaines ..." prenez ma chaise" qu'y m'dit.


La première fois, c'était il y a un ou deux mois. Une alerte qui aurait dû me faire réfléchir, je n'y avais pas prêté attention. Mais c'était une salle d'attente. Forcément, salle d'attente, ça fait penser médecin ou dentiste, alors que j'étais là pour assurer mon bateau. Un monsieur d'un certain âge s'était levé pour me proposer sa chaise. Homosexuel en chasse ? Pré-vieillard atteint du syndrome des jambes sans repos ?  Pour réfléchir à la question, je m'étais assis. Juste pour ça. Ce n'est pas parce que l'on boite un peu qu'on va tomber, ça se saurait.


Bien sur si j'étais là c'est aussi parce que j'ai changé de bateau, larguant les voiles - c'est joli, comme tournure détournée - pour un moteur. Parce que mon co-navigateur serait moins présent. Mais pas que, quand même, j'avoue.

Mais là, sur le Jean Nicoli, c'était un  homme grand et bronzé et pétant la santé qui a voulu me  céder son fauteuil ... Salaud de jeune, j'ai pensé. "Mais non - mais non", ai-je dit. "Mais si - mais si", qu'il a dit ... Vous n'imaginez pas comme c'est pénible ce genre de discussion pour le généreux qui fait face à un pisse-froid qui ne veut rien. Alors, j'ai obtempéré en prenant mon plus bel air " en parfaite santé quand même". Pour le faire chier !

La Corse jolie 


Si ça se trouve, il avait des hémorroïdes ou bien c' est un chirurgien orthopédiste en mal de clientèle... Tsss ! 

Mais surtout, moi qui lis et  entends comme vous, à longueur de temps, sur les méfaits de l'homme envers l'homme, envers la nature, envers les femmes, envers les enfants, envers les zanimos, envers le climat, etc., je me demande pourquoi je tombe toujours sur la crème de la crème ...  C' est pénible, des fois. 

Imaginez un peu : déjà, je vis bien, et sans travailler, par exemple ... Ma pharmacienne refuse que je paie mes médocs, aussi. Les paysans avec qui je travaillais aimaient leurs bêtes et soignent la montagne en prime. On se demande vraiment pourquoi ce destin funeste s'acharne sur moi ... Je n'ai même pas payé de location en Corse !  Et pour finir on se lève pour me donner sa propre chaise.

Alors que ce serait plein de cons, de salauds, impossible d'en débusquer un. C'est quoi ce monde de dégénérés? hein !!!  Qu'allons nous devenir face aux périls avec de pareilles mentalités bienveillantes ?


mardi 7 mai 2019

L'oeuf mollet, le temps, les ondes gravitationnelles


Bien sûr, Nature, Science et Vie se battraient pour publier mes observations scientifiques. Mais je suis un modeste, un sauvage, et faire progresser la connaissance au travers de ce blog est tellement plus intimiste et plus conforme à ma personnalité.


A l'âge de pierre, l'homme des cavernes s'interrogeait-il comme nous sur le temps et sa fuite, sur l'univers, sur sa place minuscule dans le grand tout ? Il appréhendait déjà la distorsion du temps et de l'espace … mais seulement après une grosse bouffe et une bonne dose de champignons hallucinogènes.


L'un des soucis qui noircissait le quotidien et blanchissait les nuits cro-magnonnesques était plutôt la mesure du temps. Cinq minutes, ça n'existait pas, ni comme concept, ni comme réalité mesurable ... Alors, dès l'invention de l'eau chaude, réussir pile-poil un œuf mollet dans sa caverne fut un défi.  Alors la courbure de l'univers et la déformation de l'espace-temps, hein … Il s'en foutait un peu.

L'enjeu culinaire, lui,  était d'autant plus important que l'élevage n'était pas encore inventé, ni même la poule ! Trouver des œufs de Gallus gallus - plutôt indonésienne - relevait de l'impossible en Europe. Mais il y avait heureusement plein d'oiseaux pour les œufs mollets en ces temps où "produit de saison" avait tout son sens.

Les nécessaires progrès de la mesure du temps ont été constants depuis ces temps farouches. Nous pouvons tous aujourd'hui voir l'heure sur notre smartphone, accéder à son chronomètre, à son minuteur, ainsi qu'à la recette de l’œuf mollet. Dingue, non ? L’œuf lui-même, l'eau et le gaz ne sont pas encore dans le smartphone, se plaindront les vrais Français ...


La réussite de l’œuf mollet s'améliora un peu avec la venue de la clepsydre. Une sorte de montre qui non seulement n'était pas étanche, mais marchait à l'eau. Et sans batterie ! Avec de l'eau toute simple, pas du jus de pomme fermenté, comme son nom le laisserait supposer. Celle-ci disparut avec l'arrivée de l'horloge, conformément à la théorie synthétique de l'évolution. Mais Albert Einstein cassa le moral à tout le monde en tordant, au tableau, le temps et l'espace. Au tableau seulement !


Et ça n'arrête pas depuis ! On a quitté le calcul pour les observations ... Avec les ondes gravitationnelles mesurées, puis LE trou noir en photo. Pour les non-scientifiques, un trou noir serait une sorte de poubelle géante mais minuscule, qu'il n'est jamais besoin de vider. Mais qui n'est pas dans la cuisine.

Malheureusement tout ça coûte un bras à étudier, avec des outils délirants … Gabegie, je vous dis … J'ai détecté, moi tout seul la distorsion du temps et de l'espace dans ma cuisine pour le prix d'un sachet de thé noir …

 La distorsion du temps ...


Ce matin-là, vieux, con et mal réveillé, je regardais à travers la fenêtre partir un hiver et venir doucement un été de plus pendant que mon thé noir s'apprêtait à infuser ... Et soudain j'ai vu ce que j'ai vu. Le sablier avait été frôlé par un trou noir et la volée d'ondes gravitationnelles avait ébranlé l'espace et le concept de verticalité  ... 

... et  celle de l'espace.


Les enjeux de cette découverte sont énormes, tout comme les questions soulevées. Pourrait - on par exemple tordre le temps en boucle afin que le sablier s'écoule toujours, mais sans jamais se vider ? Juste pour moi ?


vendredi 18 janvier 2019

L'idiot spatial

Avez-vous jamais trouvé de ces pâtés de maisons dont on ne parvient jamais à sortir, quoiqu'on fasse et qu'on refasse ? Pour ma part j'ai rencontré de ces étrangetés, ou au contraire des centres qui nous aspirent comme un trou noir ... Et connaissez vous ces « première maison à droite » qu'on ne trouve jamais ? Elles se sont absentées ? Elles n'ont jamais été construites ? Pourquoi cette histoire de chemin après la première maison à droite, alors ? Le pire, c'est quand le soleil perce enfin les nuages ... mais carrément à l'opposé de l'endroit où il DOIT être !

Déjà qu'être né avec deux mains gauches est un coup du sort, un non-sens de l'orientation abyssal est comme la goutte d'eau qui met le feu aux poudres. 

En conséquence, mes paysages préférés sont ceux de la montagne, avec une vallée à gauche et une à droite, le sommet à l'un des bouts. Là, on est cadré. Je me sens alors rassuré comme Collomb filant à l'ouest. Le navigateur, pas le ministre. Un bord de mer, puisqu'on en parle presque, c'est top aussi, à condition qu'il ait une certaine rectitude, qu'on ne le complique pas d'estuaires, de golfes, d'étangs adjacents ou de marées. Car ça devient vite un foutoir bleu sans nom.

Simplicité d'un paysage de montagne ...

... une montagne, deux vallées ...


Pour lutter, j'ai tout essayé, sauf l'homéopathie. Iphigénie sur terre, Sailgrib sur l'eau, Tom deux fois - j'évite les répétitions - sont mes médicaments de base. Pour le confort, je rajoute  VHF en bateau, radio à la chasse, téléphone et boussole partout. Et même la balise virtuelle, qu'il faudrait raconter … Et jumelles, bien sûr. Il paraît qu'ainsi suréquipé, chassant en montagne, je fais un bruit de sonnailles capable d'alerter n'importe quel chamois. Les gens sont médisants. Et si je tombe à l'eau, je coule aussi avec le barda, évidemment.


La technique n'a pas tout résolu : si je peux sans problème trouver la rue Jean Bart à Morlaix ou la rue Raymond Barre à St-Benoît, ou le port de Marseillan depuis l'étang de Thau, ça se complique drôlement à la chasse en battue. Le monde y est moins grand, mais il est drôlement compliqué. Le poste -pour le non chasseur – est un lieu précis qu'on attribue à chacun, sur un passage potentiel du sanglier. Il porte un nom bizarre, évocateur ou pas. Parfois, le poste est là, et pas à 5 mètres à gauche car que tu ne verrais pas arriver la bête, etc.

Les postes de chasse sont en général connus de tous. Soit parce que les gens chassent ou courent là depuis des lustres, soit qu'ils disposent d'une intelligence spatiale de bon niveau. Du coup je suis l'idiot spatial, ça ne m'avance en rien de savoir que c'est juste au-dessus du poste de Roger, ou que j'y étais il y a deux semaines ... Chercher les Quatre Combelles sur la carte ? C'est juste la Combe Nègre pour l'IGN …


Roche Tagnat, on s'en souvient à cause de la marche ...


Un souvenir amusant dans une chasse que je connaissais peu. « Mets toi au poste du Chêne » et en deux phrases on m'explique comment y aller. J'arrive et wouahh !!! Un grand chêne ! Je suis carrément fort ! Sauf que 300 mètres autour de ce grand chêne, d'autres grands chênes sont là. J'en choisis un et je m'installe, redoutant d'être celui par qui arrivera peut-être le désastre cynégétique. Aucun sanglier ne vient heureusement passer au Poste du chêne. J'apprendrai que le dit poste est au pied d'un ex-grand chêne foudroyé dont il ne reste à peu près rien, au bord du maïs. Et rien qui puisse montrer que c'était un chêne et pas autre chose . A 400 mètres près, j'y étais.

Mon poste préféré sur la causse, c'est celui de la moiss-batt. Car il y a vraiment une moissonneuse batteuse. Rose. La cochonne, elle s'appelle. Non je n'ai rien fumé, ou alors mon smartphone aussi ...


Le poste de la moiss-batt contient vraiment la jolie moiss-batt rose ... J'y vais maintenant les yeux fermés



Aidé de mon logiciel sur Androïd, Iphigénie, et des reliques de mémoire visuelle, au bout de nombreux bégaiements et répétitions, je finis quand même par enregistrer quelques postes. Ainsi , quand je retourne presque de mémoire, mais accompagné d'un collègue vers le Poste des genévriers, qui inclut  des genévriers et qui est atteint après un gros kilomètre de piste, surprise ! Car la piste n'est pas du même côté que dans mes souvenirs. Une autre fois, je crois avoir tout juste, sauf que tout d'un coup je ne reconnais pas cette partie du paysage ... Et que si, finalement, c'est bien là.

Nos faiblesses nous ré-enseignent sans cesse l'humilité.