Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est chasse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chasse. Afficher tous les articles

dimanche 12 mars 2023

L'œuf et la fouine

Je dis pas ça pour me vanter, loin de là, mais il y a beaucoup de ragondins en Bresse. Pourquoi ces gros rongeurs ont quitté l'Amérique pour cette plaine vaguement brumeuse, vaguement ondulée, est un mystère. La Bresse, ça n'est pas du tout Yellowstone !  A part les loups qu'on a aussi, bien sûr.

Sans leurs grands espaces qui les faisaient rêver, nos moustachus s'emmerdent, et rongent leur frein en creusant des galeries dans la bonne terre à maïs. Des galeries dans les berges des cours d'eau, ce n'est pas bien. Des galeries dans les digues des étangs, c' est très embêtant. 

Le tableau ainsi dressé explique le combat résolument symétrique entre le Bressan et l'excavateur à moustaches, où chacun fait des trous à l'autre. Dans le cas qui nous intéresse, une cage-piège a été posée à quelques mètres d'un micro étang et de la maison du propriétaire, appâtée d'un épi de maïs, un emblème bressan venu d'Amérique aussi. "Lou pane", en patois bressan. Bien appuyer sur le ne. La carotte et la pomme, ça marche aussi bien, c'est moins typique, mais plus chargé de symbolisme pour la seconde.


Des gentizanimos, un piège ... A ce stade, je rassure mes lecteurs : nous ne sommes pas des sauvages en Bresse, du moins quand les circonstances s'y prêtent. Si c'était possible, l'animal capturé serait anesthésié par un vétérinaire, mesuré, pesé, bagué, enregistré, vacciné, et renvoyé par avion en Amérique devant les caméras de BFM. Mais ce n'est pas possible, alors le ragondin est simplement explosé, percé, crevé, flingué, dézingué, zigouillé. La bestiole est même en mesure de fournir une chair excellente évoquant le meilleur lapin qui soit, mais elle rebute le Bressan. Cet être étrange, dont le ventre serait devenu jaune à force de se nourrir exclusivement de bouillie de maïs grillé -les gaudes- pendant plus de dix générations fait la fine gueule devant ces délicieuses protéines ! Mais bon, je suis pas ethnologue. Ni sociologue. "E ben n'Chaca !"* dit-on  en patois bressan, cette langue si concise.

qu'esse quézon, mes dents ?  by Lucas Fernandez


Féru de technique, le propriétaire de la cage-piège a également installé une trail-camera qui détecte le mouvement et enregistre en images ce qui se passe  autour du piège la nuit comme le jour. Et nous découvrons une magnifique fouine qui vient rôder ! Mais le maïs la rebute. Aussitôt est lancée la recherche de solutions. Réunion, discussion, décision. Au plus haut niveau : un garde-chasse, un conseiller agricole, une bouteille d'absinthe (c'est l'heure) ; l'expertise, quoi ! La fouine, rappelons-le, aime s'installer dans les isolations des habitations même s'il n'y a pas de volaille à croûter à moins de cent mètres.

- "Un 9" propose JC au second verre.
- " ???? 
- "  Ouais, un 9, c'est le mieux" 
- " C'est un chiffre magique contre les fouines ?", que j'demande.
- "Un œuf, couillon ! " qu'y m'répond.
- "Ah ouais, un œuf, bien sûr " que j'fais, comme si j'avais saisi le plan.


Il apparaît progressivement qu'un œuf sera posé comme ça dans la cage.  Ca ne se sauve pas, un œuf, tant qu'ils n'a pas éclos, et ça attire la fouine qui rentre dans la cage ... qui se ferme alors par un mécanisme ingénieux ! Drôlement malin, le truc. On allait donc, à coup sûr retrouver la fouine dans la cage.

Mais rien le lendemain. C'est malin, les fouines.

Le surlendemain, c'est la cage qui a disparu !!! "C'est vraiment très malin, une fouine" que j'ai ajouté comme ça, pour meubler ... Nous conjecturons diversement en soupçonnant un complot tantôt international, tantôt juste cantonal (il resterait un écolo au chef-lieu). Local ? On aurait bien cassé la gueule au voisin, mais il est décédé depuis quelques jours et il n'aimait pas les fouines plus que ça, selon nos souvenirs. Il avait même des poules, alors ...


Une fouine, by Steinmarder


La caméra allait parler ! Et on verrait le connard qui était parti avec cette magnifique cage-piège. Nous voilà réunis devant l'écran … et le bon gros toutou du véto apparaît, sniffe la cage, repère la potentialité d'omelette, pousse et repousse la cage, la renverse, ce qui casse l'œuf et lui permet de s'en régaler. En la poussant encore pour lécher des restes, la cage dévale dans la grande mare où elle disparaît. 

Le grillage métallique, c'est vraiment pas fait pour flotter.


* traduction google translate de "E ben n'Chaca " : c'est une chose tout à fait incompréhensible, y compris en prenant en compte un contexte sociologique et les peurs ancestrales gravées au plus profond de l'homme" (SIC)


À propos du maïs, des gaudes, de la Bresse, et des ventres jaunes.

samedi 14 janvier 2023

Des travaux de Romain

Je vous livre le récit expurgé qu'un excellent chasseur, venu de Bretonie Septentrionale a bien voulu que je publie. Ce formidable ami rabelaisien, gothique et vaguement sataniste sait à merveille rompre la monotonie des jours auvergnats. 

C'est parti... Je n'écrirait plus un mot, ou alors en bleu.

"Safari" est un mot emprunté au swahili, langue dans laquelle ce vocable signifie "voyage". Pas forcément de chasse, et pas forcément en Afrique, mais qui néanmoins revêt forcément une dimension épique - on pourrait plus parler de "périple". Et de périple, c'est bien de cela dont il s'agit, quand on arme son fidèle Duster en Bretonie septentrionale, pour une course effrénée vers les montagnes inhospitalières et à peine explorées du Cantal. Lorsqu'en plus il s'agit d'y chasser, c'est un safari, en bonne et due forme. Fort heureusement il existe en ces rudes contrées un avant-poste, un genre d'îlot de civilisation où le voyageur terrassé de fatigue, peut espérer faire relâche et goûter aux délices d'une hospitalité authentique et généreuse, en la matière de la demeure de cet énigmatique mais pourtant toujours jovial grand chasseur qu'il est blanc.

Romain construisit d'abord le buron


J'y ai maintenant presque mes habitudes, c'est la troisième année que j'y chasse (nous occultons volontairement une tentative calamiteuse en janvier 2021, dans un contexte sanitaire délirant et un mètre de neige, où au bout de deux jours de pantalonnade cynégétique raquettes aux pieds, j'ai dû finalement jeter l'éponge et regagner ma verte Bretonie et ses ragondins, penaud autant que bredouille). Comme j'y ai mes habitudes, JJ, le propriétaire terrien et détenteur du droit de chasse, me laisse désormais les clés de la boutique. Celles, littéralement, du cadenas qui verrouille le portail à bestiaux qui permet d'accéder au territoire, et celle du buron qui y est sis. Et le fagot de bracelets. En l'occurrence, un chevreuil, une biche, un cerf, un chamois, un agneau de mouflon. Et il n'est même pas forcément sur le terrain avec moi.
Ce premier matin, partant du buron, je commence l'ascension tout seul, au point du jour, JJ devant me rejoindre en cours de matinée, et c'est lui qui a les bracelets. Si je tue, il est convenu qu'il me rejoigne pour baguer l'animal, avant de m'aider à redescendre avec. Grande sensation d'extase  que de se sentir seul au monde, roi du monde. Après une bonne suée quand même, parce que ça grimpe.

Cette première ronde sur les hauteurs du territoire a le mérite de me mettre en jambes, mais ne me montre pas d'animaux, autres qu'un renard en tout début d'ascension - mais c'est d'une part dommage de faire du boucan en tout début de sortie pour un renard, quand on est venu pour un cerf, et plus si affinités, et d'autre part je suis bien incapable de le tirer, un monstrueux coup de chaud (je vous ai dit, que ça grimpe ?) couvre mes verres de lunettes d'une buée tenace -, et deux ongulés furtifs entraperçus un peu plus loin, peut-être mouflons mais plus probablement chamois.
Mon retour au buron - non sans m'être un peu égaré et avoir fait un petit crochet sur les terres du voisin- trouve JJ sur place, discutant avec "Pyjama". De pyjama il ne portait pas, mais les surnoms, vous savez, c'est bizarre.

Nous repartons (JJ m'accompagne) vers les sommets, vers la gauche, vu que je viens de faire le côté droit. Le début de l'ascension se fait en 4x4, le Land Cruiser de JJ passe encore là où mon Duster doit s'arrêter. Il y a des pistes de bûcherons horizontales qui parcourent le flanc de la montagne. Je m'engage sur la plus haute, juste sous la barre rocheuse, JJ prend celle en dessous. La technique JJ de chasse à l'approche, c'est plutôt un genre de drücken, on avance, on dérange les animaux mollement, et on peut éventuellement se les envoyer l'un l'autre. Il faut dire que dans cette hêtraie, dont le tapis de feuilles au sol est sec et bruyant, et dont le terrain est inégal et malaisé, et cause de fréquents faux pas, il est difficile de progresser en passant inaperçu ...
Je suis sous la barre rocheuse donc, là où se tiennent les chamois - le plus souvent. Celui-ci démarre devant moi, une vingtaine de mètres peut-être, s'il s'était tenu tranquille derrière son rocher il vivrait encore. Il court, mais pas très vite, plus dérangé qu'affolé. j'ai le temps de poser au sol mon tripode, et d'épauler ma carabine, que je porte à la bretelle. Il est à une cinquantaine ou soixantaine de mètres quand ma balle le rattrape de trois-quarts arrière,  et il s'affaisse au milieu de la piste. Et il essaie de se relever. Une précédente expérience malheureuse m'ayant appris qu'il vaut mieux casser un peu de viande de que de perdre un animal blessé qu'on croyait incapable de se relever, en essayant d'aller le servir au couteau, je le double et règle la question.
Las, si le coup de grâce s'avère finalement inutile parce qu'il a l'arrière gauche cassé (sous le genou, heureusement, sans donc trop de dégâts sur le cuissot) et l'antérieur droit aussi, ce qui l'a immobilisé pour de bon, le placement en est calamiteux... Inutile de seulement penser à déposer ça chez mon taxidermiste, je tiens à ce que nos bonnes relations le restent. (la balle dans sa course finale l'a défiguré)


Après avoir vidé le chamois sur place, c'est un bouc de quatre ans, et être redescendu au buron, c'est donc un rapide casse-croûte et un coup de champagne (de marque [b]Benelli[/b] - c'est important d'avoir des relations), parce que les émotions ça donne soif, avec JJ et un pote à lui, et retour chez le grand chasseur qu'il est blanc, pour une session d'écorchage et découpe de l'animal suivie d'une autre libation de champagne [b]Benelli[/b], parce que ça commence pas trop mal. C'est toujours une bonne idée de prendre un carton de champagne avec soi quand on va à la chasse.

Et avec le champagne, ce grand chasseur qu'il est blanc sert de divins filets fumés de perches et de silure, fruits de sa pêche acharnée et passionnée.

Fêter il faut savoir ... champagne et filets fumés maison




Le lendemain de ce succès, certes un peu entaché de tirs moyennement propres, mais succès quand même, je repars, tout seul, initiant mon circuit depuis un point différent, avec l'espoir de rencontrer ce cerf pour lequel je sui venu. J'ai tous les bracelets restants avec moi, parce que si c'est autre chose qu'un cerf, je prends aussi. Vous noterez que j'ai changé de veste, JJ m'ayant appris la veille, une fois la chasse finie, que depuis cet abominable accident l'année dernière où le sort a pris la vie d'une jeune randonneuse et brisé à jamais celle d'une encore plus jeune chasseresse, il est obligatoire dans le Cantal, de porter de l'orange (pas forcément intégral) en chasse individuelle. La veille j'étais donc dans l'ignorance, et en infraction ...

Toujours seul au monde et roi du monde, mais sous un ciel un peu moins rieur que la veille :

C'est pourtant depuis cette piste à la limite du praticable, mais reposante par rapport au début du parcours, que je repère un mouflon. Qui ne demande pas son reste, que je n'ai que le temps de mettre en joue avant qu'il ne disparaisse, et que je ne peux pas jauger avec certitude à cause du brouillard - le monoculaire thermique me l'a montré, mais en optique de jour, on n'y voit vraiment pas clair. De toute façon il est seul, il y a donc peu de chances que ce soit un agneau, et je ne peux rien tirer d'autre qu'un agneau.
Moins de cent mètres plus loin je trouve ses potes. Au moins trois béliers dont un très gros, je ne vois pas distinctement le reste, toujours cette brume, et des arbres partout. Bien sûr, eux m'ont vu, et ils en ont rapidement assez de me voir me contorsionner pour tenter de voir ce qui se cache derrière tel ou tel tronc. Au revoir mouflons.

Encore deux ou trois cents mètres de progression, et je trouve quelque chose d'intéressant. Entretemps la brume s'est levée, une jolie biche et deux autres animaux plus petits sont couchés au soleil - en fait je vois cette biche, une bichette, un troisième animal dont je ne vois que le cul, le reste est caché par un arbre. J'ai un bracelet pour la biche, et la biche, c'est bon. Elle est zen, ne m'a pas calculé. Couchée et positionnée de trois-quarts avant, elle regarde dans ma direction, mais ne me voit pas - elle tourne la tête calmement pour regarder ailleurs, revient à sa position initiale. J'ai le temps de sortir mon télémètre, de mesurer cent trente mètres, et même de faire une photo avec mon téléphone. Puis je décide de lâcher mon tir. La biche reste sur place, ne s'est probablement rendu compte de rien, les deux autres animaux, deux biches plus jeunes, se lèvent et s'éloignent plutôt calmement.
Je les laisse s'en aller avant de bouger pour rejoindre mon gibier. La balle est entrée à la base du cou, côté droit, un peu haut, et l'a foudroyée.

Mais... Une biche c'est lourd, et je suis seul. J'échange par téléphone avec JJ, pour l'informer du tir d'une part, pour aussi recueillir son avis, lui qui connait mieux son territoire que moi, quant à la stratégie la moins pénible pour débarder. Je rentre au Duster après avoir posé le bracelet, et reviens me garer en contrebas, aussi haut que je peux avancer. Chance, il faut la descendre, pas la remonter. Et le chasseur prévoyant, a de la corde et des gants. Deux cents mètres comme ça, quand même.

J'ai pris soin de repérer un arbre au gabarit adéquat pour la tâche qui m'attend. Je n'aime pas vider au sol quand je peux faire autrement, j'aime mon petit confort. J'ai de la corde, un moufle, une suspente, un arbre. J'installe mon petit atelier nature de traitement du gibier et me mets en besogne de vider ma biche.

La balle en continuant sa course a pénétré la cage thoracique par le haut, côté gauche, détruisant le poumon gauche et traversant le rumen. Je le sais parce que j'ai poussé le vice jusqu'à fouiller le contenu du rumen et ne l'ai hélas pas retrouvée. Et est quelque part dans le reste des viscères, elle n'est pas ressortie.

Débarder, vider, facile. Enfin, presque. La partie amusante, c'est maintenant : faire entrer le bazar dans le Duster. Rappel : il n'y a personne pour m'aider  :mrgreen: 

rabelaisien, je vous dis ...



Une corde autour du cou, passée par la portière, et on tire dessus en lâchant progressivement du mou sur le moufle, pour faire entrer l'avant. On revient vers l'arrière de la voiture, sans lâcher de corde, et on tire d'un côté en laissant filer de l'autre, en soutenant le poids de la biche sur l'épaule, transfert de poux et tiques assuré, et on pousse. Et ça marche. Mon père me disait toujours, quand on n'est pas fort il faut être malin.

Victoire ! Encore. Mais surtout, encore plus. Chassée, trouvée, tirée, tout seul. Débardée, tout seul. Et chargée, tout seul. Retour chez le grand chasseur qu'il est blanc, écorchage, découpe, champagne ! Encore. Une fois rentré en Bretonie, c'est Plancoët pendant une semaine.

Le matin du troisième jour je n'ai pas abandonné l'espoir de tirer ce cerf, évidemment. Il fait un temps splendide. Je décide d'explorer la partie basse du territoire, carrément pas à l'aube, le tir de la biche la veille à 10h24 m'a appris que le départ aux aurores n'est pas une stricte nécessité, et puis, ça commence à tirer un peu sur l'organisme, aussi. J'ai des courbatures partout. Point de cerf.

JJ me rejoint, on casse une petite croûte. Il me sert du gewurz, que je suis content de boire, et il m'en ressert un, et il me dit qu'on va aller faire un tour du côté de là-bas très haut. Si j'avais bu les deux verres de pinard, c'est que je comptais bien m'arrêter là pour aujourd'hui, ou du moins ne reprendre que le soir, tranquille, à l'affût assis devant le buron, en surveillant le pré en contrebas. Après tout, c'est comme ça que j'avais tué mon chamois l'année dernière. Et puis j'ai laissé des bouts de tripes de la biche en bas, et j'ai posé les os en haut, en me disant que peut-être je verrai passer un renard. Mais non, il faut se remettre en route, et encore bouffer de la pente. Sans surprise, les deux verres de pinard me coupent les pattes. JJ, saligaud ! Bien sûr, nous ne voyons rien. À part des cèpes, ça court moins vite que les cerfs et c'est bon aussi. Et moins lourd à redescendre.

J'avais proposé au grand chasseur qu'il est blanc l'idée de m'accompagner pour ce court affût du soir. Qui ne nous aurait pas fait rentrer trop tard, et n'aurait donc pas gêné son adorable épouse. Et puis, il était plus que temps que nous parvenions à partager un moment de chasse. Je le récupère donc chez lui vers 16h30, il revient d'une partie de pêche enfiévrée qui lui a offert onze beaux gardons. Nous prenons la route pour le buron. J'installe le grand chasseur qu'il est blanc dans une chaise de jardin, lui sert un Lagavulin, lui confie le monoculaire thermique et m'installe avec mon autre carabine sur un appui stable, sur bipied.
Une demi-heure avant l'heure légale de fin, alors qu'il commence à faire déjà sombre, à peine de quoi tirer mais la grosse Kahles (lunette de tir) laisse heureusement passer - tout juste - ce qu'il faut de lumière, le grand chasseur qu'il est blanc m'annonce : "là-haut, un animal ! C'est un renard, ou un loup ! Tu le vois ?"
Je cherche dans ma lunette, balayant le flanc de la montagne pour m'arrêter sur une masse sombre qui se déplace au pas. "Oui, mais je sais pas ce que c'est !" L'animal se déplace de cinq ou six mètres, je distingue mieux sa silhouette sur un fond un peu plus contrasté. "C'est un sanglier !" Le réticule est déjà là où il faut, le fracas suit ma confirmation d'identification, et le sanglier tombe comme une brique. Euphorie, liesse ! Le grand chasseur qu'il est blanc s'assure, grâce au Pulsar, que le sanglier reste bien là où il est tombé. Nous nous servons une rasade de Lagavulin, rangeons la carabine à bord du Duster, et montons le chercher.
Ce n'est pas chose aisée de mettre la main dessus. Malgré torche puissante et vision thermique, il nous faut une bonne demi-heure avant de le trouver, trente mètres plus bas que la piste, dix mètres plus bas que les ossements de la biche. C'est peut-être pour ça qu'il était venu, le bougre. Il y a deux cents mètres depuis mon poste de tir. C'est le gros. C'est. Le Gros. C'EST LE GROS ! Fille de joie !




Et ça va être une horreur de le remonter. Je le prends par une oreille et je tire. Il ne bouge pas d'un centimètre. Heureusement j'ai des cordes (je vous l'ai déjà dit, non ?). Et heureusement j'en ai assez pour aller du sanglier jusqu'au Duster, après avoir passé la corde derrière un arbre en bord de piste. Le grand chasseur qu'il est blanc s'installe au volant, et recule hardiment tandis que je reste dans la pente pour aider la remontée du keiler. Nous le montons sur la piste avec une aisance qui confine au comique.


Et le voici, le fier grand chasseur qu'il est blanc, posant pour la postérité avec la grosse bête dans la prise de laquelle il a joué un rôle majeur 

Pour la postérité seulement




Champagne. Encore. Dîner. Je plane. Je crois que lui aussi. Il va se coucher, il me reste à éviscérer cet admirable et authentique sanglier de montagne, du genre qui n'a pas dû manger beaucoup de maïs dans sa vie. Je crois que je suis encore plus content que si j'avais tiré ce cerf pour lequel je suis venu.

La balle a touché le haut de l'épaule et sectionné la colonne. Sprütch, comme on dit (ou sprøtch, je ne sais plus - ça dépend de l'accent). (Sproutch en cantalou classique)

Et au retour, en apothéose, au péage à Clermont-Ferrand je me retrouve derrière un ami des zanimos, moi qui trimballe un chamois et une biche en pièces détachées, un sanglier le ventre en l'air, quatre carabines, les fromages offerts par le grand chasseur qu'il est blanc, et de quoi découper et mettre sous vide la moitié d'un troupeau.

                                                                                                       Romain


lundi 3 octobre 2022

Première chasse 2022

On risque plus à perdre sa passion qu'à se perdre dans sa passion, a dit, grosso-modo, Saint-Augustin, un mec bien, à ce qui se raconte. Pourtant il est une chose qu'on ne saisit pas quand on vit une passion dévorante comme la chasse ou toute passion : c'est  fragile. Il aura suffi que je ne puisse plus aller en montagne courir le chamois, le cerf et le mouflon avec les jumelles, l'appareil photo ou la carabine, et que mes nuits soient assez souvent peu réparatrices pour que l'envie de chasse fonde comme une noix de beurre dans la poêle.


Trois semaines après l'ouverture je me suis quasi fait violence pour m'arracher du lit à 6:00 et attaquer deux heures de route vers le département du Lot, vers le causse de Grammat, là où il est tranché par la jolie vallée du Célé. Conduire de nuit me devient pénible, il faudra deux cafés et un croissant pas loin du but pour rallumer un sourire au moins intérieur, à la pensée de retrouver Erwan, René et les autres.


L'avant veille j'avais sorti une belle carabine de fort calibre, et sa lunette dont le point rouge refusa de s'allumer, malgré une batterie neuve ... Diane m'oubliait-elle, ou savait-elle déjà que je n'étais pas si loin de la trahir ? Je me rabattis sur une seconde carabine, qui se déclara parfaitement prête, et je pris 9 cartouches. 


Nous étions onze chasseurs au rond à 9 heures 30, avec déjà un 17 degrés un peu couvert et sans vent, une météo idéale pour les chasseurs postés, qui promettait d'être un peu chaude pour les piqueurs et les chiens. Le pied, cette partie essentielle de la chasse aux sangliers ou les équipages piqueur-chien de pied  prennent connaissance des possibles sangliers remisés n'avait pas été vraiment fructueuse, et nous attaquerons une zone vaguement favorable vers 10:30.


Mon poste aux Quatre Combelles est au quasi sommet d'un cône calcaire et je dois gravir 20 ou 30 mètres de dénivelé, appuyé par ma canne. De là, je suis face au relief  bien plus élevé et tout proche de l'autre côté de la minuscule vallée, où je pourrais tirer un sanglier jusqu'à 100 mètres et plus. S'il en passait un. Et je peux aussi surveiller mes arrières assez facilement. C'est un poste à 360 degrés où j'ai déjà tué, mais aussi manqué, et souvent poireauté aussi, car la chasse peut se dérouler à un ou deux kilomètres plutôt que s'approcher.


Mon poste … d'où je vois ma voiture



Il fait doux, je suis assis sur de la roche tendre à défaut d'être moelleuse et rien je n'entends. La radio est inaudible et un texto d'Erwan m'apprend qu'il a tué un sanglier, que des chiens mènent encore d'autres animaux.


Les chiens arrivent au premier sanglier tué par Erwan



L'espoir est là. Deux autres tirs ne parviendront pas à mes oreilles non plus mais stoppent un second sanglier. Puis une menée enthousiaste passe sur le plateau, assez proche, mais aucun sanglier ne descend la pente ; c'est un trajet peu usité dans ce sens. Un autre chien donne de la voix dans une autre direction ; est-ce un de nos chiens, ou est-ce la chasse voisine ? Je suis cette fois debout, cherchant un impossible appui parfait sur mon pied gauche. Eh oui, on tire aussi avec les pieds, mais je dois me contenter d'approximation.  Le chien s'est tu, a perdu le pied un moment. Il me semble entendre une respiration. Soudain il est là, arrêté à 20 mètres de moi sur le chemin dans une courte ouverture de la haie, je reste immobile pour ne pas être repéré, et je pousse la sécurité de mon arme. J'épaule quand il repart et tire sur l'animal distinct en pointillé au travers du feuillage. Je vois des pattes gigoter, c'est dedans. Le chien arrive, s'arrête à l'emplacement supposé de l'animal, s'il est bien tombé là. 


Le piqueur que j'ai joint arrive et me confirme que l'animal est mort. Félicitations, photos. Une première chasse réussie. Un quatrième sanglier est tué sur le plateau et nous décidons que nous avons assez chassé aujourd'hui. Les deux week-ends précédents avaient été infructueux, c'était le jour où il fallait en être …


Il est petit, mais c'est le mien ...



lundi 8 novembre 2021

Le clan des déglingués

Seconde chasse pour moi, mais j'ai maldormi *, et je ne pars donc que pour les traques de l'après-midi car deux heures de route me séparent du but.


Sur la fin du trajet, je parviens à suivre en pointillés la traque du matin, grâce à la radio, et à mon téléphone à deux cartes SIM. Car s'il y a déjà des oliviers dans le Lot, l'Orange n'y pousse pas encore. J'ai rajouté la SIM que chacun a là-bas … Mon équipe ne parvient pas à lancer des suidés fantasques, et renonce au profit du casse-croûte.

Nous débriefons lors d'un rapide repas où abondent les crudités auvergnates et lotoises : jambon cru, saucisse sèche, fromages au lait cru du Cantal, du Lot et même de l'Aveyron.

Le rond* me prive de mon poste fétiche aux Quatre Combelles qui échoit à notre international, André, qui est belgicain. Une promesse de sourires tant le Wallon serait une sorte de Français, mais avec de l'humour.

Je serai à un autre poste, on s'y gare à deux pas, il y a juste trois quatre mètres de descente scabreuse pour s'installer, que je franchis en quelques minutes. Pas vraiment de replat, et comme on tire aussi avec ses pieds, je dois bien passer un petit quart d'heure à positionner mon siège, me lever et épauler en plaçant au mieux mon pied gauche. Il l'est vraiment, gauche, c'est évident. Jamais ce n'est parfait, mais  je me contenterai. Le poste  fait face à une pente rocailleuse idéale pour des tirs longs.

C'est au premier plan que le sanglier passe 



Les chiens donnent rapidement de la voix, et environ trente minutes plus tard, Erwan annonce qu'un sanglier est « lancé ». Cela veut dire que les chiens ont approché l'endroit où il s'est caché ... et qu'il a dû le quitter. Le son de la menée s'accroît notablement, comme sa vitesse, en général car la voie est alors chaude et bien captée. Mais c'est hors de portée de mes oreilles que cela se passe, entre les distances et le relief. Mais la radio m'en informe.

D'autres chiens donnent de la voix, je ne sais si c'est en rapprochant ou derrière un sanglier.  Ca se passe dans mon dos, ça s'en va et ça revient .... Cela semble durer deux heures peut-être, avec des moments plus intenses où je suis debout, prêt à épauler et à ôter la sécurité de la carabine, d'autres où je retourne à mes rêveries. J'ai droit, sur le flan pentu montré en photo, à la vision simultanée de six à huit chiens fouillant méthodiquement les odeurs du sol, pimpants et gais. Mais aucun sanglier ne giclera d'un buisson ici ...

S'ensuit un long calme, j'échange quelques mot avec un promeneur, avec Erwan sur les ondes. Et le temps s'écoule doucement dans une douce tension qui s'amenuise. Un chien solitaire pousse un probable sanglier, le son croît doucement devient de plus en plus fort. Je me lève muscles tendus, et soudain le frottement du corps du sanglier dans les branchages devient un bruit intense, j'identifie un beau sanglier qui fuse à quelques mètres, à demi masqué par la végétation. Ma réaction est à mi-chemin entre un tir académique et celui de Joss Randall. Au cri de l'animal je sais qu'il est touché, et la chienne anglo française, quinze secondes derrière, tient prudemment au ferme le sanglier grognant. Je comprends qu'il est immobilisé ou à peu près, une balle de reins probable … Damned, il n'est pas mort … il est à 10 mètres mais totalement invisible, et il reste un danger pour les chiens qui l'approcheraient.

Les Anglo-français de petite vénerie de Stéphane


Ma jambe mal réparée ne me permet pas de m'enfoncer sous ces branches dans cette pente arborée et caillouteuse. Comme dans un cauchemar, nul ne répond à la radio « sanglier blessé au ferme, vite un piqueur », je recours au téléphone qui passe grâce à la nouvelle SIM ... et je laisse un message. Avant de toucher à la radio une personne qui répercute à Stéphane, piqueur intrépide et patron de la chienne, qui fatiguée abandonne le ferme un moment... Je n'entends plus rien. Mort ? Et non, sa respiration me parvient, des craquements, un boum mat ensuite. Il a franchi un muret et est tomé lourdement, saurai-je plus tard.


Stéphane arrive et s'empare de la carabine de son chauffeur. Il faut préciser que stéphane s'est blessé sévèrement à une main lors d'un accident domestique et conduit ses chiens sans arme. Mais là, il vaut mieux éviter tout risque aux chiens. Il n'a qu'une main, mais il est leste, il rappelle son chien revenu au sanglier, et achève le sanglier à la Johne Wayne, d'un bras. Mais d'un bras, il ne peut remonter cinquante kilos dans une pente de broussailles et de cailloux

Pourquoi pas son chauffeur, direz-vous ? Parce qu'il n'est pas piqueur, d'une part, et qu'il est paraplégique à la suite d'un accident de voiture, pardi. Et il ne chasse que depuis son siège.

Enfin arrive Rémi, une personne tout à fait extraordinaire, figurez-vous ! Il se tient parfaitement debout, il marche et court s'il le veut, il peut tirer, prendre des chiens en laisse, et il possède deux mains aussi fonctionnelles que ses jambes. Et il remonte le sanglier. Nous rions des collaborations qui furent nécessaires, du boiteux au manchot, en passant par le paraplégique et le valide pour cette œuvre résolument collective.

Le sanglier est une femelle de 50 kg environ. Un autre sanglier, un peu plus lourd a été tuée par Erwan.

Une femelle de 50 Kg environ, tirée au calibre 308 Winchester


    * du verbe maldormir, intrans., 3ᵉ groupe et 3ᵉ âge, utilisé par les insomniaques.

    ** l' endroit et le moment où les postes et les consignes sont donnés

lundi 1 novembre 2021

Petite chasse

Ca y est, je suis retourné à la chasse hier pour une courte battue de l'après-midi. Dans le Lot, sur la causse. J'espérais une bonne forme, mais comme j'avais encore très peu dormi, ce n'était pas complètement ça … Huit mois de nuits douloureuses au sommeil compté ! Ce qui est nouveau, c'est que parfois je ne souffre pas, sans pour autant que le sommeil vienne ...  Mais sonnez trompettes de l'espoir, je reviens !!!


Alors la veille j'ai préparé la chose, mais de manière prudente, légère et réversible. On sait que l'absence d'activité pousse à la prise de poids, mais la surprise est grande quand on s'aperçoit que ça concerne aussi les carabines ! Elle a pris au moins deux kilos depuis ma dernière chasse de la saison passée !!! Je peine presque à la garder à l'épaulé … Effroyable sensation, mais juste mesure de ma forme. Pourtant j'ai progressé fortement ces derniers jours. Ma pensée vole vers un copain oublié, qui me racontait qu'après avoir vaincu son cancer, il peinait à soulever sa belle carabine express quand il avait voulu renouer avec la vie. Quinze ans plus tard, je saisis complètement son propos.


Je prépare une veste, quelques balles, et je recharge la radio. Ce sera juste jeans, on verra plus tard, si ça semble durer. Pour la première fois depuis quarante jours environ, je n'ai pas infirmière et pansement ; c'est la fête jusqu'à demain ...


Mais peut-être ne fermerai-je pas l'œil, et alors je resterai à la casa, faute du jus nécessaire. C'est un entre-deux au lever, alors j'y vais … en partant vers 9 heures 30, tant je maîtrise la proportionnalité des choses.


Mon père me disait, à 78 ans, deux mois avant sa mort brutale d'une légionellose, sa quasi incompréhension de cette façon de certains de le traiter comme un vieux, alors qu'il ne se percevait pas ainsi, capable encore de courir et de sauter une clôture, ne connaissant les rhumatismes que par ouï-dire, et faisant son bois pour l'hiver comme un jeune homme. Tandis que la maladie m'aura accompagné chaque année de ma vie hormis les dix premières. On ne choisit pas. Et c'est une petite victoire d'être là. J'ai abandonné la montagne, je peine encore dans les vallées, mais l'espoir flambe par instants.


On pleure un jour de détresse, on flambe d'espoir et d'envie le lendemain. Retrouver avec bonheur les têtes connues autour de la table, penser à André, mon voisin de table d'avant, qui ne le sera plus jamais, qui avait validé son permis mais qui s'en est allé juste avant l'ouverture et juste avant de fêter ses 89 printemps. Nul n'a occupé sa place du bout de table.  Découvrir des invités, apprendre qu'Eugène, 15 ans juste passés, vient de tirer et de tuer son premier sanglier ce matin même, tandis que je roulais en soignant le syndrome du décrocher de mâchoire à coups d'expressos. La nuit, je la retiens … J'espère que le retour ne sera pas trop difficile.


Laurent ne chasse plus avec nous cette année, je m'y attendais un peu. Je le regrette, lui, Christine et leurs magnifiques chiens. Une tristesse, les gens sont compliqués, et les taiseux encore bien plus.


Je serai posté dans la Baie d'Along. En fait la Combe d'Alon, mais j'adore la faire et la refaire... Le pied du sanglier se situe quelque part entre cette combe et la vallée du Célé, dans cette colline. Je m'installe à côté de la Cochonne Rose à défaut de monolithes ou d'îles karstiques luxuriants. Ici aussi on a du calcaire, et on se la pète pas pour ça. Je goûte au bonheur simple d'entendre les clochettes, puis les voix des chiens, et les piqueurs à la radio. Ca ne lance pas, ça ne danse pas malgré la musique parfois entrainante ; j'apprendrai un peu plus tard que les chiens sont partis à contre sur un autre sanglier. Ils ont remonté une trace d'un sanglier lancé par des voisins et passé sur notre territoire.




Les chiens sont remis et cette fois est la bonne ... Mais l'action se passe hors de portée de mes vielles oreilles et je ne bénéficie pas de la symphonie. Orange ne passe pas, la radio peine, et vers 16:45, Erwan s'arrête sur la route, me conte la chasse. Il a récupéré et abreuvé ses chiens contents et épuisés, il fait presque 20 degrés. Nous partons préparer le sanglier du matin. Le cochon est aussi une cochonne, mais noire, d'une cinquantaine de kilos, traversée par une balle de calibre trente qui a explosé l'estomac et saccagé les os du sternum. Estomac plein de gland finement moulu.





Je pars à la nuit tombante pour deux heures de route et dès que j'accède à la nationale à peu près correcte, je mets en marche le "lane assist" qui bizarrement sur une petite route nationale pleine de courbes garde merveilleusement éveillé en donnant l'impression que le volant à une vie propre.


Bien content et bien fatigué, j'arrive. Si cette fois je ne dors pas … Eh bien, je ne dors pas, peut-on y croire ??? Même si je n'ai pas mal, juste une petite sensation qui ne justifie même pas un demi-gramme de doliprane, je prends un coup d'opiacées en me disant que peut-être... Ca ne rate pas, je dors comme un juste.



Les emmerdes, disait Chirac, ça vole toujours en escadrille.

dimanche 21 février 2021

La dernière chasse de la saison, en crocs vertes

Ma redoutabilité (mot nouveau) a failli hier s'exprimer, mais un destin contraire en a décidé autrement ... J'avais pourtant la chance avec moi. J'avais décidé de me donner à fond toute cette semaine dans quelques repas substantiels avec des amis tout pareils.  Dans le même élan, j'avais fait six kilogrammes de pâté à partir d'une recette un peu bricolée pour ses éléments non sauvages. Son parfum était prometteur. Et samedi c'était chasse !


Brèfle, c'était la dernière séance de la saison, et j'avais choisi ma jolie carabines en calibre 9.3, aux courbes délicieuses, si douce sous mes doigts. J'avais même fait briller mes cartouches la veille, comme des souliers pour un premier bal.


Mais les pieds de sangliers n'étaient pas fameux, et l'attaque de la première "rentrée"  se solda par une défaite, certes honorable, suivie d'un repli en ordre pour une nouvelle attaque. Je me retrouvai à nouveau déployé aux Quatre Combelles, endroit tellement cité que bientôt il s'affichera sur Gougueule dès qu'on tapera quatre.


Légèrement vêtu, c'est à dire sans surveste, je ne prends pas non plus le casque - non, pas celui à pointe - faute de poches ou de boches. Mais le casque amplificateur, la cure de jouvence des vieilles oreilles. La carabine est lourde dans la pente raide. Le vent n'est pas non plus l'ami du casque mais si j'en parle tant, vous vous doutez que ce n'est par hasard. Vingt mètres d'efforts, presque une Diagonale du Fou en plus concentré, et je pose le pied sur la marque rose qui dit que c'est the place to be.

archive


Il fait 16-18 degrés un peu ventés. De mon poste, je domine le monde. Sans me vanter, car c'est au premier degré. Sur les 16 ou 18. Mais les voix des chiens m'arrivent à peine de derrière la courbure de la colline et du vent. Ah, fourbe, le vent, pas courbe ? La fourbure du vent ? Ca ne collerait pas non plus, fourberie des mots ... Je laisse quand même, après tout, c'est moi qui tiens le clavier. Poum ! j'entends, au milieu de quelques récris lointains. Comme souvent dans ces paysages vallonnés, je n'entends qu'un des interlocuteurs à la radio, ce qui ne me permet pas de saisir l'issue de l'action.


Et 15 h 30 arrivent déjà, et à 18, le Kodiak se transforme en amende, a dit la fée à casquette. Avant, les carrosses se transformaient en citrouilles -bien plus grosses qu'une amande- et bien plus tard que de nos jours. Minuit. Tout fout le camp. Et moi aussi, alors je commence à descendre du promontoire, tout doucement. A 15h45, je suis à la voiture, j'ôte le chargeur, enfile une jolie croc vert laitue à la place de ma chaussure de marche. Vous connaissez mon jusqu'auboutisme, j'allais faire de même pour la seconde chaussure sans aucune pitié, quand la radio annonce que "ça" vient vers moi.


archive


Mortecouille ! Le chargeur, vite ! Ainsi à demi accoutré je remonte les 20 mètres. Difficile d'entendre les voix des chiens. Je suis là, tendu comme le ressort à Boudin, du nom du célèbre inventeur, quand la radio m'informe que la menée a changé de direction. Je me replie avec un grand sourire, jamais telle chose ne serait arrivée sans la consigne expresse du couvre-feu.

J'ai enfin une croc verte à chaque pied, et je vais appuyer sur le bouton de fermeture du coffre, quand " t'es toujours là Régis ? ça revient vers toi !!!". Bon, je ressors (toujours à Boudin) la carabine, et j'y glisse une cartouche. Cette fois encore, le sanglier changera de trajectoire. C'est un malin …

Et je prends enfin la route. Il ne faudra pas lambiner pour arriver à 18 h 00. Pour couronner le tout, je croise le président qui vient me remplacer car … « ça »  revient encore une fois. Je ne connais pas la fin de l'histoire, mais ce que je sais, c'est qu'à ce poste la semaine dernière le président avait en quelque sorte manqué un sanglier ... Pas vraiment, car il n'avait pas chargé son fusil. Clic ! Clic !

Le pâté s'avèrera le soir assez sèchement raté en matière de consistance. Et pour le casque amplificateur - protecteur, eh bien, il n'y a rien à en dire de plus ... J'aurais juste aimé entendre la symphonie des grands courants.

mardi 2 février 2021

Sur le volcan

8 décembre 2016 ... Finalement par des hasards ajoutés, je me retrouve possesseur d'un bracelet de chamois. Car "on" sait que je ne tirerais qu'une très vieille chèvre non suitée, si je tire ! Il y en aurait une d'un âge canonique mais bien moins vieille que moi en même temps, mais la trouver est une gageure dans la montagne … Le réveil du volcan est une surprise de taille. 

Le réveil du volcan, fumerolles et lave en fusion ...


Autre surprise, s'il faisait moins quatre dans la vallée à 1000 mètres d'altitude, c'est plus sept degrés à 1500 mètres, d'où j'observe d'entrée à la longue-vue deux chamois, l'un à cinq cents mètres que je dirais bouc, et l'autre à trois kilomètres ... dont je ne dirai rien. Je m'équipe et je démarre doucement. Le sol, malgré la douceur venteuse relative, est dur comme de la pierre, et les ruisseaux sont figés. La traversée de la source de l'Impradine, en partie gelée, me donne des sueurs forcément froides, traversé également que je suis par l'idée glaçante d'une mauvaise chute en ce lieu privé de tout réseau téléphonique. Je me rassure à demi en me disant que ce sera partout comme ça aujourd'hui. Sans réseau.


Je n'ai pas la pensée carnassière, je veux juste goûter au plaisir de ce soleil, de ce vent de quinze kilomètres-heure, de cette marche très lente, de ces chamois ... De ma quête. Et la très vieille chèvre dont j'ai entendu parler serait à trois ou quatre kilomètres de mon véhicule. Un challenge que je ne tenterai pas une seconde fois ! Rapporter seulement le trophée, les cuissots et les filets est forcément possible. Mais bon, à quoi bon y réfléchir déjà ? Marchons, rêvassons, clic-claquons des images.


Un air de matin blême. Au fond, la Brêche de Rolland.


Un groupe de cinq chamois me ravit … Ils sont si cool que je ne crois pas le loup présent ces jours-ci sur ce massif (nous sommes en 2016, et depuis la densité de chamois a bien chuté). Puis une traversée prudente de zones de glace si dangereuses sous un peu de poudreuse, car elles ne sont pas plates, produites par l'eau qui sourd de la montagne et gèle en vaguelettes assassines ... Je fais beaucoup de pauses d'observation. Trois chamois à la Brêche de Rolland, sans doute un trio familial (1). Et j'avance encore, car je sais que je vais trouver d'autres chamois. Je choisis la mi pente pour approcher le Peyre Arse. Si je trouvais l' animal de chasse, je pourrais, s'il n'est pas sur un versant qui me permette l'approche, faire marche arrière pour un long détour, pour le contourner par le haut ou par le bas ...



Une chèvre (jeune) avec deux cabris


J'échange mon blouson Browning vintage contre une petite polaire camo présente dans mon dressing portable, où elle côtoie une bouteille d'eau, une courte longue vue, une corde, deux pains au chocolat, de la rubalise, un télémètre, une lampe frontale, un bonnet et un raton laveur. Cette liste amusera quelqu'un. Par une chance inouïe pour l'idiot géographique que je suis, je trouve d'entrée la draille magique de la mi-pente haute. Et un groupe de neuf chamois sur le bas. Il ne peut que me repérer. Pouvoir me surveiller du coin de l'œil à cinq ou six cents mètres suffit à les rassurer. Je passe à leur large.


Sur le massif d'à-côté, cela flambe dur. L'éveil du vieux volcan sur lequel nous vivons si tranquillement va forcer biches et cerfs à habiter plus loin cet hiver. Et à se faire tuer peut-être dans un secteur moins connu d'eux. 


Je me dis que je n'irai guère plus loin en arrivant à la limite nord du pied du Peyre Arse. Trois chamois à trois cents mètres, qui galopent un peu en s'approchant. Rut ? Non, ils broutent en s'approchant, et c'est une femelle avec deux beaux cabris. Une rareté. Peut-être, même si cela n'est jamais relaté, la chèvre a-t 'elle adopté un cabri orphelin, ou bien sa maman court le guilledou et a confié le petit à la voisine.


D'autant qu'une chèvre assez jeune aurait été tuée et son cadavre abandonné dans la montagne, il y a deux ou trois semaines. L'œuvre d'un con. "Mes" chamois se couchent un court moment à cent mètres, puis recommencent à brouter en montant. Je broute moi-même un pain au chocolat en les observant, tandis que mon APN fatigué refuse d'enregistrer les images de bon cœur. Puis je m'éclipse discrètement.

Le chemin du retour


Et je reviens vers la voiture, que j'atteins un peu avant la nuit. Le paysage est superbe, l'atmosphère nimbée de bleu par les particules fines de l'écobuage.

(1) la structure familiale est la mère, son jeune de l'année, et son jeune de dix-huit mois

dimanche 17 janvier 2021

Où un sanglier "débondit" !



Ayant mal dormi, je me levai ce dernier jour maigre avec des idées bleues dans la tête et une météo neigeuse et froide tout autour. Le petit message d'Erwan "pas mal d'invités ce WE, beaucoup de chiens … il me tarde" a pour effet quasi immédiat de réaligner les astres.

Je pars dévaliser mes voisins producteurs de fromage, je recompte mes 8 cartouches de 308 W et j'imagine des stratégies autres que la tenue de pêche "- 20 " pour échapper au froid annoncé.

7:01 le samedi. Il bien fait un froid de chat, je décide de porter des chaussures de glacier plus isolantes et grandes et grosses chaussettes. Au bout de 2 km, ça ne va pas. Non je n'ai pas marché 2 kilomètres, j'ai roulé deux kilomètres ! Je quitte les Asolo au profit de mes chaussures de marche habituelles tout en gardant les super chaussettes. Soixante kilomètres après, je déclare ces chaussettes définitivement trop épaisses et je repasse dans la configuration temps doux. Mais d'où exactement ? Car je suis passé de – 8° au départ à – 4° ou - 5°. Je pourrais remettre les Asolo sur chaussettes normales 30 km plus loin, mais ça ira comme ça, hein …


10:27 Arrivée à la cabane, je ne suis pas premier.
Deux chasseurs masqués m'y saluent. Arrivent encore deux ou trois autres. Je grignote un rien de saucisse sèche et de salers, puis nous nous retrouvons en plein air pour le rond de 11 heures. Nous devons être une belle quinzaine de chasseurs et à peu près autant de chiens, ce qui marque une nette rupture de la corrélation qui se vérifiait depuis les grands froids entre température et participation. Le biais aujourd'hui,  c'est les invités.

12:25 De mon mirador, où je fus récemment l'utilisateur malheureux d'une cartouche de contrebande (je manquai le sanglier😕), je domine le monde de plus d'un mètre cinquante, et je gave mon chargeur bien que je le soupçonne de faiblesse pour la montée des prunes. De toutes façons, il y a vingt mètres de traversée de la combe, et c'est la première balle qui compte. Deux équipes de chiens sont lâchées concomitamment sur deux pieds relevés par Erwan, pas très loin de mon poste. Un pied, c'est une trace, une odeur, bref une voie prometteuse relevée par les piqueurs aux aurores avec un chien de pied.

Si mes souvenirs sont bons, le premier lancer intervient presque aussitôt et un bon 70 kg emmène les chiens avec maestria ; Sylvain ne tirera pas en raison de la proximité des piqueurs et la menée va à la rivière Célé. Pendant que cette musique s'éloigne une seconde fanfare enfle et approche, je me retourne pour faire face, prêt à épauler, et ça approche, et ça approche …. Et « ça » sort pile où portent mes yeux. Le sanglier, 40-50 kg, bien noir, pas forcément un habitué des lieux, traverse à donf à 40 ou 45 m, accompagné de mon réticule. Je lâche une balle jugée parfaite dans un geste jugé parfait, au moment où le sanglier bondit vers la végétation. Il débondit mystérieusement, semblant faire le saut à l'envers … « Touché ! » me dis-je, en repensant à une chevrette qui avait débondi ainsi, privée il faut le dire d'une bonne part de ses entrailles par le projectile. Le sanglier se rapproche de moi, de l'autre côté de la combe, pour embouquer une autre draille.

La seconde cartouche a bien voulu monter, c'est confirmé par le bruit du second tir, mais pas par son effet. Je viens, à environ 25 mètres de tirer à nouveau sur le sanglier "forcément blessé mais qui ne le montre pas". Il prend une autre draille pour remonter dans la côte de Cuzals. Comment j'ai pu rater cette seconde balle ?  le point rouge du réticule était bien, j'ai appuyé à la perfection ... La musique formidable des adorables griffons traverse avec eux la lande et embouque la draille finalement choisie par le sanglier. Mais la meute s'arrête pour un ferme * soudain, qui ne bouge pas. Un ferme sans bagarre. J'avais donné "40-50 kg" au piqueur inquiet à la radio. Mais il est mort! Pas le piqueur, vous suivez jamais ...

J'en déduis qu'il a probablement deux balles, ce sanglier mort 30 ou 40 mètres après le second tir. Je suis sûr de la première balle, la seconde était à peu près immanquable. Je vérifie que mon montage de lunette est bien enclenché, qu'il n'a pas sauté, car il n'y a pas eu l'ombre d'une réaction au tir à 25 mètres...






13:05 Il n'y a qu'une balle dans ce sanglier, elle a percé les deux poumons. Et rien n'explique le rebond arrière du sanglier ... Jusqu'à ce qu'Erwan m'assure qu'il y a un muret sous la végétation. Ce sanglier, probablement peu familier des lieux, a emprunté une mauvaise refuite.

Mon succès doit beaucoup au pied d'Erwan, aux griffons enthousiastes d'un invité, et encore plus à un muret !

L'après-midi sera génial, de menée en menée après un buisson creux. Je suis longtemps aux Quatre Combelles, sur ma pyramide, face à la crête où se rapprochent ou bien s'éloignent des menées très chaudes. Un 4 x 4 d'une commune voisine vient faire demi-tour, d'autres véhicules amis des piqueurs passent 😡, et aucun sanglier ne descendra, alors que j'y ai cru souvent. Quatre ou cinq chasseurs auront des occasions de tir.

Quinze balles tirées en tout pour la journée, pour un unique sanglier mort. Super débriefing empreint d'une exceptionnelle bonne humeur d'avant COVID, et la route.


Mais ce n'est pas terminé, la suite est sans débond, rebond ou faux bond cette fois, mais avec petite mort, dé-mort, et re-mort. Mais avant cet autre week-end,

entre le début de la semaine précédente et le fond du garage, j'avais épilé la teste du joli petit mâle au chalumeau , moultes fois brûlé et brossé. Avec un désherbeur thermique à gaz, et une lampe à souder pour finir. Mais il n'avait pas parlé, le bougre. Le pâté de tête par contre, s'est exprimé au mieux. J'en craignais un goût d'hormones - c'était un garçon, c'était janvier- et il a été un chef-d'œuvre d'équilibre. J'avais ainsi franchi l'étape du feu sans me brûler, l'étape du partage en quatre de la hure à la hache sans me blesser, l'étape de la cuisson sans m'ébouillanter ... Quatre bocaux stérilisés, deux petits saladiers de délices étaient autant de drapeaux flottant sur une victoire totale et sans pertes.

Fallait-il dans ces conditions risquer mes extrémités jusque là préservées, et m'attaquer à un montage sur écusson des grès et des défenses ? Qui commence par un démontage, une opération périlleuse qui fait hésiter les plus grands chirurgiens … Les encouragement facebouquins m'y poussèrent, une défense craqua 😕 , l'autre pas 😊 , et les grès vinrent de bon … Oui, c'était facile. M'enfin, c'était presque bien, hein. Mon sens artistique me disait que ce rondin qui trainait par là était parfait … et comme ma tronçonneuse trainait aussi ... Arf ! Blanc sur blanc, même si le pouer  (mot breton pour cochon) avait une hygiène dentaire discutable, ça n'allait pas …

Je trouvai dans mes affaires de chasse une fiole d'un produit à colorer les bois, acheté autrefois pour une crosse de Mauser dont je fis finalement du feu. Teinte plus rougeaude que brune. Mais bon. Enfin, lampe à souder et colle à chauffer pour consolider les dents, et pour les fixer à leur support. J'étais plutôt content mais les avis sur l'œuvre se sont trouvés sacrément partagés, entre moi qui trouvais ça pas mal du tout et le reste du monde qui jugeait la chose ratée par la couleur, ratée par le collage, raté par le choix du non-ponçage du bois. Dégueulasse, en fait, pour faire court. Tout' façon, ce sera dans une pièce que je suis seul à fréquenter. Mon pouce entaillé est la seule chose sur laquelle on s'accorde.

l'œuvre artistique contestée mais qui conservera la mémoire de ce sanglier


Et ce samedi, après deux semaines à laisser refroidir le canon, je retourne dans le Lot joli, adoré et arrosé comme jamais.

Et je franchis d'abord l'inondation de la rivière Cère dans de grandes gerbes d'eau, comme une bande de jeunes bouffeurs de chewing-gum à moi tout seul. J'avais prévu pour la suite un équipement de quasi scaphandrier tant le ciel tombait. Nous nous retrouverons à sept nains jaunes ou huit seulement, tous piqueurs ou faisant le pied en gros, sauf moi. Je suis donc le seul à être encore totalement sec à onze heures quand nous faisons le rond.

Par chance, plusieurs pieds ont été trouvés dans une zone restreinte. Vers Soulhol, si vous voyez. Pas loin des Quatre Combelles, ma pyramide, d'où je manquai un sanglier dont le rire moqueur retentit parfois dans ma mémoire.

Deux menées empaument des voies différentes me semble t'il *. C'est féroce sur ma droite, à 300 ou 500 mètres, difficile à dire avec le casque amplificateur, peut-être plus près, et c'est discret, mais stable au loin. Et P...de m..., un 4 x 4 de piqueur passe sous moi :evil: . Comme c'est un invité, ma colère se mue en simple énervement, ses chiens mènent assez loin d'ici si c'est eux que j'entends …Trois coup de 300 W violents éclatent, les deux derniers se touchant, là où les chiens étaient les plus crieurs. La radio annonce qu'un beau sanglier mâle est tombé. Bien armé, il se relevait, le re boum-boum était pour préserver les chiens. Il reste au moins une menée, assez loin encore, et Erwan à la radio, lance bientôt un " Attention au 4 Combelles !". Gloups, c'est moi ! Je me pose sur la marque rose au sol faite par Laurent, qui établit the place to be, et je suis là frétillant, inquiet, attentif … Où va t'il sortir ? Il doit bien s'écouler 15 minutes avant que ne jaillisse à quarante mètres une bête de, mais sans compagnie ***.

Où ça se passe


Mon tir en fort surplomb intervient à trente-quarante mètres et semble mortel... jusqu'à ce que le petit bestiau qui me paraissait sur sa fin, se relève et prenne la poudre d'escampette : je fais causer la poudre d'escopette, et la seconde balle 15 mètres plus tard le foudroie. La première est entrée en haut de l'épaule et ressort nettement plus bas un peu en arrière, et c'est surprenant qu'il ait pu repartir, la seconde est à l'arrière du crâne. Les balles monométalliques manquent parfois d'immédiateté, mais pas dans le crâne.



Les chiens sont arrivés à la mort


On remettra les chiens sur les pieds, sans lancer d'autres sangliers, et la dernière traque, je devrais l'abandonner à seize heures, car à dix-huit, le Kodiak se transforme en citrouille.

* Il y a ferme quand le sanglier blessé ou pas fait face aux chiens. Un moment redouté pour les chiens.
* ne pas trop se fier à mes impressions.
*** la bête de compagnie a de 6 mois à un an, vit en général dans une compagnie.

mardi 17 novembre 2020

Déboires d'un braco

J'aurai aimé titrer Boire et déboires d'un braconnier  !  Non, bien sûr, je n'avais rien bu, sauf un petit verre de rosé bien frais à la fin de la chasse. Mais c'est joli, ça sonne bien. Une licence sémantique pour donner envie de lire ce récit. Et délire. D’ailleurs je ne venais ni pour boire, en ces temps d’œuvre d'intérêt général, ni pour braconner, même si avec l'âge, mon sang de Raboliot pourrait s'activer si la transmission génétique intervient en ce domaine.


Deux heures de route (et déroute) avant d'arriver fatigué. Mais Diane m'accompagne, et je tombe sur  Erwan  sur le bord du chemin ; Il veut contrôler un truc sur un pied (trace de sanglier) et en discute avec son grand-père, qui a cueilli un bouquet de baies à destination de ma douce ! Plantes que je vous charge d'identifier, j'ai d'autres chats à fouetter. Je suis René. Mais non, pas born again ! Il me précède, René, tout simplement. Et j'arrive sans misère au lieu de rendez-vous, aussi perdu qu'il soit. La Maison du Roi , rien que ça.

Identifiez !



On reparle à mi-voix de la chienne tuée dimanche dernier par un sanglier. Chacun des présents ce jour-là en est mal remis. Cette artère fémorale saigne encore chez tous les piqueux. Petit casse-croûte tiré du sac et accompagné essentiellement d'eau claire. Trois ou quatre pieds sont annoncés au rond. Prudence et attestations Covid sont répétées par le patron : la maréchaussée quête énormément ses étrennes de Noël chez les fervents de Diane.

Les deux premières traques sont des détraques, avec buisson creux du genre trou noir. Où une compagnie de quinze nous l'a faussée. La troisième traque sera la bonne. Enfin la mauvaise si l'on se place du point de vue des sangliers. Les chiens ont lancé très vite, ont éclaté un peu partout après la première escarmouche qui a laissé un sanglier mort. Ils mènent ou se taisent, mais sont éparpillés. On remet des chiens sur ce pied espéré prolifique. C'est le bintz, si j'en crois la radio. Je suis assis au quasi sommet de la pyramide des Quatre Combelles, moins connue que celles d'Egypte mais tellement plus accessible. Face à moi, la colline où se déroule la traque, plus ou moins cernée par huit ou dix gaillards armés. Derrière moi, un enclos de chasse désert. 

Face à moi la colline


Je bade ... Je rêvasse, quoi ! Mon escalade aussi rude que lente a duré au moins ... vingt mètres. Je me roule une cibiche de récompense en repensant le poste à mulots du matin, en revoyant celui si prometteur de la seconde traque. Nous ne sommes pas bredouilles, c'est déjà ça. La voix d'une menée lointaine, presque dans mon dos, me ramène au présent et me rappelle que je suis à dix pas d'une chasse en enclos. Je surveille un peu ce qui pourrait s'y passer. 

Et c'est à une centaine de mètres que les sangliers m'apparaissent en pointillé parmi la végétation ... Dans la chasse voisine, bien sûr, au plus près de la clôture trumpienne qui nous sépare. Chez nous ? Mais ils sont chez nous ! On ne voit malheureusement pas le grillage parmi les arbres et arbustes … Mais non, c'est pas chez nous... Mais si … Les sangliers s'effacent et réapparaissent au gré de la végétation, venant au galop vers moi. Quarante et soixante kilogrammes pour les gros, plus quatre boules déjà noires mais vraiment pas grosses, suivies à cinquante mètres par un chien appliqué et prudent. Je me lève et j'épaule, certitude et incertitude clignotant encore dans mon cerveau. Et quand ça repasse à certitude, j'appuie. Mais des six bêtes, la dernière tête va s'effacer derrière la végétation quand le coup part enfin. Dedans ?


Arf !!! Je l'ai eu, je crois ! Ousque c'était ??? Peut-être là … Oui probablement là, mais les arbres morts, les souches ne me permettent pas de voir le moindre bout de cadavre. Et ça ne bouge pas. Une balle de tête, évidemment … Mes yeux s'ouvrent grand comme ça quand je réalise que là où je regarde, c'est chez les voisins.

Ma contrition d'avoir trop longtemps hésité, car ils étaient de longues secondes immanquables se fracasse contre la réalité de la grosse connerie. Je me vois déjà piteux, carte bleue à la main, cœur et âme en déroute: « Oui M 'sieur, je les croyais juste cinq mètres devant, donc chez nous, vous savez, c'est ballot, hein ;mais je vais évidemment vous indemniser. Je suis con et confus, vous savez, et trop vieux pour ça, sûrement. Ben non, la clôture on la voit pô depuis là-haut ... Ma vue ? Ah ! Pas bien terrible non plus. » Et tout ça ...

Mon président arrive, je lui conte l'histoire. Il reste présidentiel. Un autre chasseur arrive et re-conte. Déconte, ça marche pas cette fois. Du haut de la colline il certifie avoir vu que les sangliers étaient chez nous. Il a vu ça de quatre cents mètres, il est jeune, il connaît le pays comme se poche, son avis me paraît rassurant mais improbable.

J'escalade deux fois la colline pour essayer de comprendre, et plus je monte, plus je tombe dans le doute. Erwan revient, il a récupéré la chienne devant laquelle étaient ces sangliers. Petit à petit, la certitude se fait que j'étais exempte de toute faute et que j'ai mal tiré. C'est complètement gagné quand enfin mon impact se révèle ! Chez nous ! Et circulaire et profond d'une dizaine de centimètre. 

 Au final, j'ai juste raté un sanglier qui dix  secondes plus tôt, était simplement immanquable ...