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mercredi 7 janvier 2015

L'aventure corse

Croyez-moi ou pas, mais j’ai été en Corse, pour un stage de corsification. Y aller fut long, vagueleux, venteleux et nauséeux ; le ferry soulevait des gerbes d’écume, et moi j’écumais, et je gerbais presque. Bourré de Pietra ensoleillée, de Patrimonio ambré, de poulpe (et de Mercalm) en salade, je me suis allongé dans mon bout l’entrepont  avec hublot, redoutant la suite. Et j'ai juste bien dormi !



La mer et les oursins, la montagne enneigée et les sangliers (depuis le port de Sagone)


Le Corse est un chasseur. La corsitude, ça se gagne, et à peine à pied sec, mon ami et moi gagnons 1000 mètres d’altitude pour nous poser au coin d’un maquis avec nos armes. Un maquis en vrai bois d’arbre d’ailleurs, tout en Corse est authentique.  Et je découvre "les voix"  jouées cette fois au calibre douze à petites cartouches. Elles étaient faites à pleine gorge autrefois et avaient pour but d'infléchir la course des sangliers vers les postés. Je distingue les voix, en petites cartouches de calibre12-70 et à petit plomb, des tirs proprement dits qui s’expriment généralement en 12-76 ou 12-89 à grosses billes plus "tonnantes".

Battue corse dans des paysages de rêve ( vers Bastelica)

Le cursinu a tout d’un grand chien, et même un peu plus. C’est une sorte de chien Gordini, par sa vitesse et par ses rayures. Il lance avec entrain, et à cette musique rageuse s’ajoutent les tirs de 12-70 (z’avez suivi ?) qui incurvent à la fois l’univers infini et la course bientôt finie du sanglier. 

La musique va crescendo en se rapprochant, je me tiens prêt à jouer ma partition en 27 grains ou en 16 grains, mais le sanglier corse aime se faire tuer par un Corse. Fiers et ombrageux qu’ils sont tous deux. Relire quatre fois ce paragraphe, pour les quatre sangliers tués au(x) poste (s) voisin(s). Car ces cursini reviennent à leur piqueur une fois le sanglier tiré. 


Déçu mais content quand même, je révise un peu le soir mes accents toniques, je visite un peu, j’oursine et je marcassine des papilles. Rebelote deux jours plus tard. Le froid est moins sibérien – même si cette chasse se déroule aussi sur la bordure antarctique de la Corse – avec un soleil toujours présent. Sept sangliers meurent de mort violente, et cette fois encore je ne tire point. Sans doute allez-vous croire que je le fais exprès : c’est faux car on m’a donné les cartouches et les épargner est sans intérêt même pour un auvergnat extrémiste. Nous sommes près de vingt pour ces 7 victimes. 

Des oursins prêts à nous ravir



Déçu mais content quand même, je me dis qu’il faut laisser l’année se finir. Comme nous tirons en moyenne – au sens belge – un sanglier pour deux chasseurs à chaque battue, je sais que la troisième battue me fournira mathématiquement 1.5 sanglier … Si la guigne est soluble dans l’eau salée, alors le passage de l’an fera son œuvre. 

Et samedi, c’est kermesse. LA battue. Pas loin de 40 chasseurs, plus de trente c'est certain, pour une traque immense. Mon poste est somptueux, Alain avec une machette révise le tracé du chemin qui nous mène au col, et qui m’y laisse. Je suis à 1000 mètres d’altitude. Les vieux châtaigniers sont superbes, les pics enneigés sont tout proches. La musique ne cessera pas les deux premières heures … sans qu’un sanglier daigne passer ce col. Par instants deux menées semblent converger vers moi, ce sera pour cette fois … Et non. A 300 mètres de moi, Piscadoru a hérité d’un poste sourd (ruisseau du bas, et relief). Une seule menée parvient à ses oreilles, qui lui sert un magnifique vieux sanglier qu’il tuera à vingt pas d’un coup d’un seul de son joli drilling**.

Redescendre le sanglier n'est pas aisé




Déçu mais content quand même, je comprends que ma corsification n’est pas achevée. Un stage d’été est envisagé pour des approches en montagne et des battues en voilier. A moins que ce ne soient des activités séparées. Pour l’heure je vois sur Iphigénie mes postes marqués sur l’île que je quitte, et j’emporte cette belle image de Pisca et son vieux sanglier.

Vieux châtaigniers,  et montagne enneigée dans le lointain. J'attends en vain un sanglier


* nombre de plombs dans mes chevrotines
** fusil à deux canons lisses et un canon rayé à balles

1 commentaire:

Merci de réagir, mais avec douceur et courtoisie.