L'affaire est dans le lac. Enfin, le bateau ! Et inversement, d'ailleurs, car un peu du lac pénètre toujours dans le bateau. Mais je peux prédire avec 80 ou 90 % de certitude que c'est le bouchon de nable qui laisse passer un peu d'eau, les autres options étant désormais verrouillées après un essai par mon spécialiste qui a réparé le trim (relevage du moteur).
Tout va bien, donc, et j'avais même pêché le premier poissonnet deux jours plus tôt. Malencontreusement, je rallonge le parcours de 40 km pour raison d'oubli des appâts... Nul n'est parfait. j'ai renforcé l'équipage. Mais le mousse dont je rêvais semble assez porté sur le rôle d'officier de pont, tandis que celui de soutier m'échoit du fait d'un vent contrariant les dérives et empêchant l'ancre de tenir.
N'empêche, je menais par un à zéro avant même d'embarquer. Et une heure plus tard, je prenais une nouvelle perchette avant que l'on nous explique qu'il ne fallait pas pêcher là avant la fin mai... Merdre ! Me voilou dans la peau de ces cons qui ne potassent pas leurs arrêtés préfectoraux. J'avais "compris" l'avant-veille que la ligne de bouée indiquait qu'une petite partie de l'anse était fermée à la pêche… Ben non, c'est la grande qui est fermée.
"Demitourje" ! Ce qui, en auvergnat, signifie que je fais demi-tour ; à ne pas confondre avec demi-courge, ce qui est déjà beaucoup pour un gratin, mais là, on s'égare. Je veux faire un arrêt éclair sur une zone sympa, sous une passerelle, près de rochers. Je suis encore à la manœuvre, l'ancre dérape, dérape, je marcharrière, je virebraque et je tournebraque tout en douceur en espérant faire crocher l'ancre, quand le mousse, devenu officier m'interpelle. "Épuisette, épuisette, elle est HENAURME"
. 
le pacha et sa perche (juste correcte, je trouve) et la scène de crime
Je m'exécute... Ouais, la chance, tiens… L'officier m'autorise ensuite à aller ailleurs, après que j'aie manqué d'érailler des rochers presque neufs... Je prends deux petiotes encore. Petiotes.
Le pacha rayonnant a enfin donné ordre de rentrer au port où j'voudrais noyer ma déconvenue dans les pires bouges... Mais j'peux point, car je dois vider la cale à l'éponge. Et je fais chauffeur, aussi.
A few days later
Tout est parfaitement calé pour un récit qu'il est bien, un peu nature writing mais pas trop. J'ai écarté toute concurrence pouvant me faire de l'ombre, et je suis seul maître à bord, le soleil est parfait, le vent léger caresse si tendrement mon visage ravagé par le temps que je voudrais deux R à caRResser, et ce zéphyr à double effet me permettra une dérive lente. Et possiblement fatale pour un beau poisson si la Dame du Lac m'aime un peu.
Sournoisement, je retourne d’abord sous la passerelle, et de la même manière, je capture deux perches de 15-18 cm. En attendant un gardon ou deux en guise de vifs. Ils ne viendront pas, ces deux gardons, malgré Pinkies et aut' zasticots à la place des vers… Des pinkies, nous reparlerons.
Rien n’y fait donc, et je décide la première perche – contre une forte prime à l’engagement que je lui enfonce dans le nez – à bosser pour moi, un ou deux mètres au-dessus du fond. Notez que souvent le fond varie, alors que ce n’est pas féminin. Et il me faut corriger. Dans la longue dérive d’au moins 400 mètres où nous filons de presque zéro à 800 mètres à l’heure, une seconde ligne traîne un ver, sait-on jamais.
J’arrive sans touche au bout de la dérive commencée vers 13 mètres de fond pour se terminer vers 8, et j’ancre le bateau. Très peu d’échos de poisson aujourd’hui. Je me décale au moteur d’une cinquantaine de mètres au bout d’une heure, et je fais face aux terribles dilemmes des pêcheurs aventuriers du monde entier : un hameçon ou deux hameçons, de l’acier ou du fluorocarbone, une perche ou une perche ? Je tergis, je verse … Deux hameçons, et fluoro de 60 centièmes, car la seconde perche est assez balèze et pourrait sélectionner un moustachu. Ou rien, de manière encore plus probable.
Cette fois, j’ai mes deux vifs à l’eau. Je tente sans succès d’avoir une autre perche ou un gardon, mais rien n’y fait malgré l’amorçage. Cette seconde perche est sous ma plus puissante canne, avec son puissant moulinet 6500 de Penn, un gros bouchon de 150 g et un plomb de 50, deux ou trois mètres au-dessus du fond, par 8 mètres environ.
...Et la musique s’arrête ! Le flotteur a disparu tandis que la bobine ouverte se dévide. Je remonte à toute vitesse deux cannes, je renonce à remonter l’ancre car ce serait trop long, je m’empare de la canne et je ferre. Ce n’est pas le requin, mais un petit brochet est bien au bout que je mets sans barguigner à l’épuisette. 65 cm et environ deux kg. C’est l’hameçon chance, en fait un bon gros triple, qui tient l’animal, le premier hameçon n’ayant pas fait son office. Bon choix, capitaine !
On est content, photos. Mesures. Il reste un vif, je me re-déplace, je re-tente de re-prendre un vif mais re-rien... Mais ma boite d'asticots, qui était en équilibre sur la boite de pêche ouverte a soudain une position tragique : 100 ou 200 pinkies (des asticots) blancs, rouges ou jaunes ont déjà envahi la moitié des cases occupées par des plombs, des hameçons, des émerillons et autres agrafes. Le ridicule rattrape toujours les ambisenestres !
Le lendemain, j'ai préparé et cuisiné le poisson au court-bouillon (ce n'est pas fou le brochet), j'ai passé une heure et trente minutes à rendre cette boite de pêche conforme à son état antérieur.


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