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mercredi 17 février 2016

Handicap : vivre avec deux mains gauches

Je suis né ambisenestre ! Mes parents ne s’en aperçurent pas à ma naissance, tout heureux qu’ils étaient d’avoir un petit garçon, et bientôt trop épuisés par mon habitude durable d'exiger un solide casse croûte vers deux heures trente du matin.
Bien des effondrements si j’avais été maçon, bien des incendies si j’avais été pompier, ont été évités par mon désintérêt pour la chose manuelle. Il fallut cependant presque vingt ans de vie commune pour que ma douce enfin m’interdise tout bricolage.

Cela intervint bizarrement. Autant que je me souvienne, je venais de réparer à sa demande le grill extérieur. Elle a juste ri en regardant mon travail terminé. Étonnamment, le ciment ne retenait pas les briques réfractaires, qu’elle enleva comme ça d’une main, malgré ses cinquante-deux kilogrammes.

Une autre fois je fus particulièrement vexé de voir que j’avais fertilisé la pelouse avec un reste de sac de ciment et non de scories Thomas. Maladresse et distraction vont de pair chez moi. De la même façon que la misère toujours sur les pauvres s’acharne, la maladresse frappe sans fin les maladroits. Ces faits évoqués sont presque fautes de jeunesse, et l’expérience me fait redouter tout ce qui s’apparente au bricolage. Je suis rarement déçu. 

Je vous conte la dernière, sans en rajouter, ce n’est pas la peine … Chasseur heureux, je pris un beau cerf il y a quelques semaines. Que faire du trophée ? Auvergnat radical, je décidai de le cuire, le préparer, le scier de mes petites mains.

Cela commençait bien ...


Partant de l’image radieuse de ce trophée - les quelques micro-entailles collatérales aux doigts sont invisibles - il fallait bien installer ce massacre quelque part …ou souffrir de crampes assez rapidement.

Mon grenier est encombré de souvenirs de chasse, et plutôt désordonné. J’avais décidé de fixer ce nouveau trophée de cerf de façon amovible et sans le clouer sur un écusson. Encore une trouvaille d'auvergnat extrémiste ... A la poutre verticale, sous le massacre d’un grand cerf, il paraissait chétif, alors je décidai qu’en vis à vis, contre un lambris, ce serait mieux !   Mais l’installation était tellement amovible que le crâne s’est décroché quand j’ai claqué la porte!  Il m'avait semblé que mon perçage dans l'os crânien n'avait pas assez d'angle. Mais pas à ce point ! J’ai dû refixer les os des parois nasales qui n’avaient pas aimé le choc.

Mais ce n’est pas tout. Réparé, je l'ai fixé – provisoirement je me disais, mais ad vitam æternam plus probablement-  sur un plan incliné à 45 degrés. Oui, 45 degrés environ, on peut y tremper la main sans que ça brûle. Ce plan incliné est le sous-produit obligé de la montée d’escalier. J'ai réutilisé le perçage existant du crâne. Pas terrible, mais ça tient ... Un jour, je rajoute, en travers des andouillers d’œil, une de ses mâchoires amoureusement préparée. Les dents sont dorées par des sels métalliques issus de son alimentation, c'est une merveille pour un naturaliste, à conserver. Mais ce n’est pas tout …

Car l'après-midi même, un grand bruit a terrorisé le chat qui dormait sur mes genoux, comme une avalanche ravageant le grenier ...  Tombé encore ! Voyant, dans le capharnaüm, qu'il n'y avait pas d'endroit stable et sûr pour poser cette tête "en attendant" , j'ai pris mon courage à deux mains gauches, et la perceuse de l'autre. Prolongeant le perçage jusqu'à créer une ouverture dans l’os crânien, j'ai passé un fil métallique gainé, et attaché celui-ci à une vis surdimensionnée dans le lambris, là où était ma seconde intention. C'était presque bien ...

Las, ce n’est pas tout ! Quand j'ai voulu fermer la porte, le merrain gauche s'est trouvé trop long, empêchant le passage de la porte pour un petit centimètre. Heureusement mon geste fut délicat, ou la tête accrochée solidement ...


  
Le chasseur et le chassé pour la postérité

Comme j'avais décidé que ce serait tout,  j'ai légèrement fait pencher le trophée du bout de l'index ... Et ça passe ! Bon ... Il n'est pas terrible, mon bricolage. Mais de ça, j'ai l'habitude !


lundi 8 février 2016

Déluge

Vers 2014 après JC, Dieu visita Noé et lui dit ainsi "Une fois encore, mon royaume est devenu invivable  et surpeuplé. Construis une arche et rassemble un couple de chaque espèce, et quelques humain(e)s dignes de foi. Dans trois mois et des brouettes,  j’enverrai un déluge de quarante jours qui noiera tout. On appellera ça le "réchauffement" , pour éviter les confusions …

Six mois plus tard, quand Dieu, surbooké, ou un peu sénile en raison de son âge, rend visite à Noé, il n’existe qu’une ébauche de l’arche, alors que le déluge est convoqué et qu’il commence à pleuvoir sérieusement. "Pardonne mon retard, Tout-Puissant", dit Noé, toujours un peu lèche-cul avec les patrons : "Mais il m’a fallu un permis de construire, un système de protection contre l’incendie, et même des issues de secours. J’ai dû aussi me défendre contre les copropriétaires et leur association, qui ne voulaient pas d’échafaudage dans le jardin. J’ai dû trouver un conciliateur.

Les services d'urbanisme m’ont obligé à faire une étude de faisabilité sur le transport de l’arche jusqu'à la mer, ne voulant pas croire que c’est elle qui viendrait.


L’ONF m’a bien vendu finalement, à prix d’or, une coupe de bois, pour la construction de l’Arche, mais des associations pour la défense de l’environnement se sont opposées au chantier en raison de la destruction de l’habitat d’une chauve souris de leurs amies. Le Ministère de l’Environnement les a soutenus - alors que j’en emmenais un couple - comme s’il ne dépendait pas du même gouvernement que les services de la Forêt.

Et cela a été bien pire quand j’ai commencé à constituer des couples de chaque espèce.  Je ne respectais aucune norme, j’attentais à leur bien-être. On ne savait pas à quel régime de détention d'animaux j'étais soumis ... On m’a donc demandé une étude d’impact sur ce Déluge dont je parlais, et auquel pourtant nul ne croyait. 

Puis le ministère du travail a contesté les conditions de travail des bénévoles que soi-disant j’exploitais, après que j'aie dû renoncer à l’aide de mes enfants, au titre de la protection de la famille.

Enfin on m’a assigné administrativement à résidence depuis deux mois, car on me soupçonne de vouloir exporter des espèces en danger, ou de vouloir  quitter le pays, ou les deux à la fois"

Dieu étendit la main, et un arc-en ciel apparut en même temps qu'un rayon de soleil. "Vous n’allez pas détruire le Monde ? " demanda Noé surpris.
"Plus la peine",  répondit Dieu, "l’administration s’en charge."


D’après Le canard des alpages, librement repris.

jeudi 7 janvier 2016

A la recherche d'un cuissot de marcassin

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Et c’est tant mieux car pour la cuisson à basse température, il faut se lever tôt pour apprêter une pièce de viande. Et cela, même si on n’est pas absolument à la recherche du temps perdu ! Ce qu’il y a de sympathique dans cette cuisine, c’est que ça n’attache pas, que ça ne brûle pas, comme, par exemple, les madeleines …

Si vous pouvez choisir la provenance  ...

Il est préférable de commencer avec des plats faciles comme le porc, l’agneau, le sanglier, avant d’évoluer vers le saignant ou le juste cuit. J’avais ainsi un peu foiré une première gigue de chevreuil ; enfin, foiré … Les avis étaient juste partagés, entre moi qui trouvais ça pas si mal, et le reste du monde qui pensait le contraire …

Tout d’abord, si vous vous souvenez d’un ragoût de marcassin publié sur ce blog - Un ragoût de marcassin-, sachez qu’il s’agit du même animal ! Et que reste à écrire Le pâté retrouvé ou A l’ombre du pâté, voire Les pâtés en fleurs. Car je fis avec cet animal une terrine renversante, malgré quelques péripéties en cuisine. Une trilogie, au minimum, donc. Et un bon titre, ça compte, disait Marcel.

Pour notre petit cuissot et pour la cuisine à basse température en général, il faut un four électrique correct, et idéalement une sonde thermique instillée au cœur de la pièce à cuire. Cela vaut 35 euros et apporte la maîtrise de la cuisson.

Les ingrédients :
          Un cuissot de marcassin, celui-là pesait 1.3 kg, tout petit,
Trois à quatre heures (ben oui, le temps est un ingrédient indispensable)
Quelques lardons 
Des herbes aromatiques (thym séché et réduit en poudre dans mon cas) 
Ail en chemise 
Beurre, ou huile de tournesol 
Miel (si on aime)
Sel, poivre. 
... Et un café fort si le réveil a été difficile.



Piquer, facultativement, le cuissot d’un peu de lard.
Un tout petit peu d’huile dans une petite casserole, chauffer légèrement, et remuer avec deux  cuillerées à soupe de miel et les herbes. Badigeonner la venaison après salage, puis poivrer. On le refera au pinceau en cours de cuisson avec le jus, ou le reste de miel + huile s’il y a.

Un peu d’huile, quelques lardons, un ail en chemise, au fond d’un plat.  Trente minutes au four à 110 degrés, puis on descend à 95 degrés. La température de la sonde à cœur de la pièce doit atteindre à minima les 71 degrés qui garantissent la destruction d’éventuelles trichines*. Trois petites heures après, j’ai fini en faisant monter le four à 180 degrés dix minutes pour dorer la viande. On peut le faire à la poêle aussi. Je crois que c'est mieux


On passe à table ?

Les plus de cette cuisson sont une chair très tendre, et pas du tout séchée par la cuisson. Délicieuse. Pour ma part, je reste, après l’expérience, un peu rétif au miel avec la venaison. Il me semble que de la moutarde à l’ancienne aurait donné un résultat meilleur. Et que pas de moutarde non plus eût été un peu supérieur … Un autre avantage est que l’on peut laisser cuire un peu plus sans aucun souci pour cette viande, si des convives sont en retard.

Thermomètre sonde ; ce modèle me convient parfaitement.

Une viande moins cuite Quelques jours après, j’ai amené un petit filet de mouflon à 58 degrés à cœur - badigeonné d’huile et d’un peu de moutarde à l’ancienne - avec le four à 90-95 degrés, puis je l’ai rissolé, avant de servir, durant deux minutes à la poêle. C’était parfait, sauf que finalement, la moutarde nous a semblé de trop. Restons au plus près du produit. La cuisson avait duré une heure quarante cinq environ.  L’appareil sonne quant la température souhaitée est atteinte.

Pour se documenter sur la cuisson à basse température.
http://www.cuisinebassetemperature.com/   et plein d’autres sites ou blogs


Thermomètres-sondes de cuisson :


Trichines : La trichinellose n’est pas la maladie courte et rigolote dont rêvait Desproges. Elle sait être longue et cruelle. Il faut s'en méfier en France métropolitaine pour le sanglier sauvage qui n'a pas été testé, en général. Il faut atteindre 71 degrés à cœur pour garantir votre sécurité. La congélation ne garantit  pas complètement la destruction des trichines.


jeudi 17 décembre 2015

Dans la forêt (2)

Dans ma forêt, je suis revenu, mais pour une petite battue cette fois. C'est l'occasion de rencontrer d’autres chasseurs du groupe que je ne connais pas encore. Nous partageons à trois, la veille, un gîte où j'arrive  à 18:00, suivi une heure après par Maurice, et à 21 heures par un travailleur, Mickaël. Venant du sud ou du nord, nous avons tous trois roulé trois heures environ. Le lendemain matin, il a fortement gelé et je prends pour vous une image des Hautes-Cévennes hivernales.


les Hautes-Cévennes en mode "hiver"


Ce territoire de cinq cents hectares de forêts se trouve sur une zone marquée par l'histoire des religions et des hommes. Le futur pape Urbain V y naquit à quelques hectomètres, au château de Grizac,en l'an 1310. Mais les modes passent, et quatre cents ans après, les camisards se battirent pour conserver leur droit au culte protestant qu'ils avaient adopté.  Au cours des troubles, l'abbé du Pont du Monvert fut occis au bord du Tarn naissant. Les massacres furent pleins d'entrain, les hameaux des Cévennes furent détruits et brûlés par l'armée royale pour éteindre la révolte. On y brûla vif du protestant en 1703, le roi soleil tournant au roi barbecue, peut-être sous l'influence de la Maintenon, bigote à joli cul.

M'adonnant moi-même à l'adoration de Diane, et ayant seulement occis sur ce territoire un brocard en début de saison, j'imagine que le sacrifice à ma déesse d'un sanglier la comblerait. Nous sommes onze je crois, à remplir les moult formalités qui font de nous des citoyens au-dessus de tout soupçon.

Le plan d’attaque est soumis à une discussion à laquelle participent ceux qui ont une connaissance minimum de l'ensemble du territoire, ce qui n'est pas mon cas. Et cela se fait en un temps si court pour aboutir à une adhésion générale que cela mérite d’être souligné quand nos votes vont vers des gens pour qui la démocratie est le chemin, mais pas le but.

Dans les véhicules qui longent les pistes, nous croisons une compagnie de sangliers en allant nous poster … Heureux présage ? J’ai un poste qui me réjouit … Mais je dois le quitter pour "50-100 mètres  plus bas", car mon voisin Maurice se trouve posté plus bas qu’il ne pensait, à cause de ceux qui sont plus haut … mais moins haut que souhaité. Je descends  deux cents mètres  de chemin zig-zaguant sans découvrir de draille prometteuse, et je remonte un peu, pour me poser en un endroit qui m’assure un peu de vue dans une saignée d'arbres. Je verrai, une grosse heure après, passer, encore au-delà, une compagnie menée de loin par nos chiens. Avant cela, j’ai imaginé que la pétarade quasi immédiate après notre installation venait de  mes sur-voisins, mais elle est en fait plus loin. C'est l'effet néfaste du casque amplificateur qui protège mes oreilles. Et mon voisin tue en fin de matinée un sanglier, dont les comparses en fuite passent au poste que j’ai dû abandonner. Je  lâche une balle à un contre mille, à plus de cent mètres sur les quelques quasi marcassins restants,  passant comme des fusées, en pointillés, entre les hêtres au dessus de moi. Sans résultat, que Diane me pardonne.

A la pause, trois ou quatre sangliers sont au tapis pour une quinzaine de balles tirées au moins. Et nous attaquons les 300 hectares restants après un rapide pique-nique. Je connais le poste que je dois prendre, mais il s’avère que suite à une incompréhension, un chasseur veut aussi y mettre son invité. Je suis à nouveau déclassé, bien plus bas, mais j’ai au moins une ou deux vieilles drailles pour entretenir la flamme de l’attente. Je ne verrai rien, mais le casque me permet de suivre les menées lointaines et les tirs. Deux biches sont tuées, les sangliers échappent à plusieurs tirs.

Ibis, jeune chienne "Rouge de Bavière" et une biche adulte ; cette race a une forte aptitude à rechercher les animaux blessés

Pour le même prix, Maurice, heureux chasseur du jour avec deux pièces en deux balles, une biche et un sanglier, nous fait une démonstration d’éviscération parfaite en milieu inhospitalier. Comme toujours en ces cas, j'ai honte de mes deux mains gauches, et je me promets néanmoins de suivre sa méthode sur mes animaux, chamois et chevreuil le plus souvent. Au retour, deux marcassins généreusement attribués voyagent avec moi, mais ils restent mutiques durant les trois heures de route. Un peu de rancœur peut-être, ou juste une façon d’être ?

Les chiens et les piqueurs ont été magnifiques toute la journée, et le tableau de cinq ou six pièces récompense une organisation sans faille.

mercredi 16 décembre 2015

Un ragoût de marcassin

Pô difficile, et bien bon ...

J’ai hésité à le faire en gratin. Ou bien Melba, mais il faudrait un talent à la Desproges, et j’en suis si loin … Mais ma douce m’a accordé un 17/20 pour mon ragoût de marcassin, et m’a proposé une nouvelle mission. Au choix : sauver le monde, ou bien faire une terrine de marcassin pour des amis qui viennent dimanche.  Alors je me suis dit, avant de prendre tant de risques, que j'allais partager avec vous cette recette de ragout.



Et après avoir beaucoup hésité, un peu parce qu’il fait frais dehors aussi, j’ai finalement opté pour la terrine. Qui n’est en ce moment qu’un projet. Mais pour le ragoût, voici la recette pas à pas … 


Un marcassin (jeune sanglier)






Prenez, par les moyens qui vous conviennent, chasse, braconnage, commerce, un marcassin de 14 -18 kg. Eh oui, c’est le centenaire. Douze kilos, vingt ? Jetez. Disons qu’il fait 15 kg éviscéré. Suspendez-le au garage, ou au lustre si vous vivez en appartement. Dépouillez-le amoureusement, pas trop vite, tout doucement. Séparez la tête, fendez l’animal en deux parts égales, découpez les cuissots jusqu'aux filets inclus éventuellement -pour faire de belles pièces dans ce petit animal- et les épaules. Séparez le bas des côtes, et le cou que vous découpez, et auxquels vous rajouterez une épaule, selon le nombre de convives, ou même deux, pour notre recette. Je précise une nouvelle fois, à la suite d' incompréhensions, que l’on rajoute une épaule de marcassin, pas de convive ! Donc, des bas morceaux, et peut-être une épaule, ou même deux. On peut jeter le reste de l’animal, mais cela est idiot si l'on a un congélateur ou des amis. 



Jetez un verre d’huile dans une cocotte. Il ne s’agit pas d’une fille légère, mais d’une sorte de casserole épaisse de paroi à en être lourde. Jetez-y également une carotte en rondelles, un ail finement tranché et un oignon traité un peu plus grossièrement. Quelques lardons. Non, pas les bébés sortis du congélateur ! 

Ajoutez le marcassin découpé, faites dorer, salez poivrez, laurier, thym, genièvre si vous aimez. Un verre à gnôle d’armagnac, et flambez. La cuisine s’embrase ? Eteignez (on dit parfois déglacez) à la bière. Un bon demi-litre de Jenlain est parfait. 


A table ...






Quand le four est à 130 degrés, mettez-y la cocotte  glougloutante pour une heure trente, bien couverte. Au bout de ce temps, rajoutez des pommes de terre à chair ferme simplement épluchées, pour trente bonnes minutes encore, en veillant à ce qu’elles baignent en partie, pour le salage, pour le parfum. La variété Désirée est d'une fermeté parfaite.

Voilà. Bon appétit. On peut trouver facilement du sanglier à la période des fêtes. Demandez-le jeune, mais c'est le cas en général.

lundi 7 décembre 2015

Dans la forêt lozérienne (1)



Le Front National monte … alors je descends. Dans les Cévennes … Mais qu’elle est loin, cette forêt lozérienne ; je roule le cœur léger vers une chasse que j’espère belle. Il reste biche, chevreuil, et sanglier autorisés. Je serai seul sur les cinq cents hectares et comme j’aime les équipes restreintes et soudées, je ne me plains pas. Je ne suis pas dupe cependant que pour me nuire, "on" a allongé le trajet, ajouté une multitude - ou même deux ? - de virages traîtres, et avancé l'heure où la nuit tombe. J’arrive lessivé au gîte -sans couvert- et c’est sympa de reprendre contact avec les gens de la montagne du Bougès, devant un verre. La cheminée flambe, la chaleur n’a pas encore atteint le coin cuisine, mais je dors dans la mezzanine où il fait bon.

Bonne gelée et temps clair me semblent de bon augure le lendemain. J’adapte mon projet d’affût initial - ce qui consiste à se placer immobile et silencieux en un lieu de passage présumé des sangliers - et je préfère descendre aussitôt par les chemins forestiers vers les 1200 mètres, que j’atteins vers neuf heures trente. J’avance à pas de loup, quand je suis aboyé par le même brocard qui déjà nous ridiculisa chacun notre tour, Jean-Noël et moi …  Et sûrement d’autres. Je ne le vois même pas filer. Bah ! Pour être aussi malin il doit être très vieux et tout en nerfs.  Je tourne le curseur de mon attention sur cent pour cent, car j’approche de mon spot fétiche. Je jumelle attentivement, minutieusement. « Y’a pas rien », semble t-il, comme dans la double négation quercynoise qui enchérit et ne renverse pas. Mais ça va venir, pensé-je : le petit estomac des chevreuils va les trahir. Je cherche une pierre, un bois mort, pour y poser mon derrière, un peu inattentif et trop visible un instant, quand un mouvement taquine le haut de ma rétine … Deux chevreuils fuient tranquillement et sans affolement, à moins de cent mètres. Je pose la carabine sur mon bipied, et le réticule trouve des culs qui s’éloignent. Un peu plus de profil, bordel ! Mais non. Si je m’étais assis au mépris du confort extrême … Bah ! J’en tuerai un demain, et ce ne sera que mieux, me dis-je en me donnant sur l’épaule, la vraie, une petite claque affectueuse.

Forêt sombre au premier plan et lumière au loin sur le Mont Lozère

Avant midi, j’atteins la voiture, trente minutes après j’atteins le village, une minute encore et j’atteins le seul lieu de perdition ouvert au Pont de Montvert. J’y trouve des chasseurs indigènes et l’ambiance sympathique qui convient à une potée. Les après midi sont courts. Deux affûts, et pas l’ombre d’un animal alors que l’ombre gagne jusqu’à virer à l’obscur. Je suis aux trois Fayards, un endroit un peu magique avec ses cairns de toutes tailles, que des nuées sombres et glaciales traversent doucement, faisant bruisser les cimes des pins un peu torturés.



J’arrive fatigué  devant une cheminée en pleine forme, j’y déguste une Chimay en rêvassant. Je suis bien, superbement bien. Parfaitement heureux malgré l'absence de tir, vivant ce moment qui précède la chasse du lendemain.  Plateau repas royal, composé de pain un peu sec et de fromage salers, et de pain un peu sec et de fromage salers. Une pomme et un Goncourt au dessert.

Brouillard et bruine, une autre forêt !

Demie-surprise, il pleut le lendemain, et j’adapte la vêture. La table est longue et un second bol vient côtoyer le premier qui côtoie lui-même l’assiette du premier soir. Que c’est bon, ça … Le jour refuse de se lever, la montée vers le territoire emmène le Subaru près de ses limites dans les pentes aux ornières boueuses. Tout est magique, presque rien je ne reconnais dans la ouate violemment et inutilement éclairée, et les embardées. Peu après, je marche dans un silence absolu, une bécasse probable s’envole sans que je la voie. En moins de deux heures j’arrive au spot à chevreuils.  Mais rien. Rien sous la bruine, et rien quand les nuages se déchirent un peu. Je remonte doucettement après une bonne heure d’affût, je fais un petit affût d’un petit quart d’heure, et je reprends le chemin de la voiture dont je suis distant de huit cents mètres environ. J’entends au loin une menée qui se rapproche rapidement, et à tout hasard, je prends la carabine en main.  Et cinq sangliers traversent le chemin à environ 80 mètres, fantomatiques dans un silence absolu. Une image que je vais garder. La carabine vole vers l'épaule, mais le réticule n’atteint que le cul du dernier sanglier qui disparaît. Il n’y a pas de sixième. Dommage. 

Imaginez les silhouettes fugaces de cinq sangliers traversant dans un silence ouaté ...

Au septième jour de chasse, j’ai enfin vu les sangliers d’Altefage. Pas à l’approche, mais la rencontre, ça me va aussi !


samedi 28 novembre 2015

Une chasse au bouquetin ibérique

Un village typique de la zone de chasse


C’est pas pour me vanter, mais je suis - un peu - un chasseur de Capra pyrenaica. De hembra montés, précisément, car un grand macho montes, le mâle, aurait englouti quelques mois de ma modeste pension.

Macho montés, et tout à gauche une femelle (hembra)

Je suis donc allé passer un week-end espagnol à Villafranca del Cid dans la province de Castellón, en communauté valencienne. Une zone durement frappée par la crise économique, révèlent les maisons vides et les immeubles en déshérence. A 60 kilomètres de la Méditerranée, et à mille mètres d’altitude. A la recherche d’une hembra ( femelle) d’Ibex. Une distance un peu longue, 850 kilomètres que je ferai avec une étape à Figueras. Le second jour, je faisais tranquillement la route, respirant le sud, les oliviers et les orangers, avant de virer vers l’ouest et de m’élever doucement. Ma maîtrise toute nouvelle du langage des signes me permit de me régaler d’une assiette de délicieuses tapas dans un village des premières collines.

La société qui nous accueillait, Hunting in Maestrat, gère sur 90 000 hectares cette chasse en exclusivité. Un millier d’animaux peuplent cette zone, dont une centaine sont tirés chaque année. Les Macho Montès médaillables valent quelques milliers d’euros tandis qu’une étagne est abordable, disons pour un budget de quatre cents euros. Et c’est l’animal que j’avais choisi. Il n’est prévu aucun tir de juvénile dans leur plan de chasse. Entre ces extrêmes tarifaires, se trouvent les "mâles représentatifs" accessibles pour deux mille euros environ. Le coût d’une chasse se compose d’une licence, valable un an, au prix de cinquante euros, auquel s’ajoutent les journées de guidage, et bien sur le prix de l’animal convoité, s’il est pris.


un plateau calcaire percé de canyons

Le territoire de chasse est un vaste plateau calcaire aride situé à plus de mille mètres d’altitude, couvert d’une inconcevable multitude de murets sophistiqués et percé de surprenants canyons, profonds et magnifiques. Erosion ? Que nenni : selon moi, à l’évidence, ce sont des mines de murets à ciel ouvert désaffectées … C’est là que l’on  trouve les ibex. Les étagnes (femelles, dites "hembras" par nos guides) et les jeunes sont d’un incroyable mimétisme qui les rend très difficiles à repérer dans ce décor de western ocre et tourmenté. Les yeux extraordinaires de Dominique, un de mes comparses, faisaient merveille. L’approche de ces animaux est plus facile que celle du chamois ou du mouflon européen, et j’ai été surpris du peu de prudence dans les approches de notre guide, tant au niveau de la rapidité des déplacements que du bruit engendré par  les cailloux. Les mâles, les macho montès chassés à cette période du rut ne sont pas des plus prudents, et leurs couleurs tranchées, noir et gris, ne leur rendent pas service.

Hembra ou jeune mâle ?

Notre groupe de six chasseurs et de trois guides a fort bien fonctionné. Trois chasseurs maîtrisaient la langue de Cervantes, et même si je n’en étais pas, je n’eus pas de gros souci grâce à leur concours. Le patois bressan ne me fut d’aucun secours. Le premier, jour, notre groupe de trois chasseurs de hembras, plus un guide, ne tira pas malgré quelques rencontres. Deux autres chasseurs, cherchant les Macho montes eurent chacun un guide, cette chasse étant présumée plus difficile, ou plus rentable, probablement. Et le soir, un des deux mâles était pris, sur un tir de 180 mètres, énorme dans un vent de folie aux rafales dépassant les cent kilomètres heure.

J’étais le seul chasseur le lendemain avec mon guide, mais accompagné du tireur de la veille, armé de son caméscope et de ses jumelles. Une première fois, les choses vont trop vite, et les animaux alertés s’enfuient avant que je ne sois prêt. Une seconde fois un groupe composé de plusieurs animaux se présente, et le guide tarde de longues minutes à me donner le feu vert ; et ma hembra disparait. Après ces deux occasions de tir manqués pour cause de fuite des animaux ou d’attente trop longue, j’étais sur le gril. Et  je me presse trop, et l’étagne, que j’aurais jurée immanquable à 150 mètres, en contrebas, lors de la troisième occasion, s’enfuit à mon tir, et ne se décide pas à rouler dans les mètres qui suivent. Je parviens à retirer l’animal  au cours de sa fuite, sans succès. Comment ai-je fait ? Trente minutes plus tard, Julio, un guide, avec mon approbation, tirait l’animal au fond du canyon. Après le désappointement du tir raté, après avoir senti l’univers se resserrer sur ma poitrine quand on m’a dit que l’animal était blessé, mon cœur s’envolait au coup de carabine salvateur. Pas longtemps car son tir sur l’animal blessé, avait été intercepté par un petit chêne vert, et le remords m'écrasait à nouveau.

Gao, chien de sang de race rouge de Bavière

Bien que notre groupe soit accompagné de  deux chiens de sang, un rouge de Bavière (ce n'est pas un cru du sud de l'Allemagne) et un basset fauve de Bretagne, nous ne pûmes faire de recherche, la zone étant habitée par un ou plusieurs très grands mâles qu’il n’était pas question de déranger … Pour la première fois, je laisse un animal blessé derrière moi, et cela a un peu obscurci les moments lumineux que je vivais. Je savais bien qu’un jour cela arriverait, et que cela ferait mal. Savoir un animal  souffrant par ma faute.

Dans le même temps, Dominique tuait une étagne d’un tir parfait à 200 mètres et Jean-Pierre tirait dès l'aube une splendeur de Macho montes qui devrait frôler l’or en matière de cotation. Je ne verrai que la tête impressionnante du fabuleux animal. Sachez que leur eau de toilette est à proscrire absolument pour qui veut séduire une femelle de notre espèce.

Le film de cette aventure de chasse

J'en ai modifié la musique qui n'était pas exempte de droits d'auteur ... C'est moins bien

Le bouquetin ibérique - Capra pyranaica ( cabra montés en espagnol, Spanish ibex, ou Iberian ibex en anglais)
De 7900 animaux estimés en 1990, on est passé à 50 000 animaux en 2002 (dernier chiffre trouvé). Cet ancêtre des chèvres domestiques, génère une marché cynégétique considérable et bienvenu.

Le dimorphisme est important, le mâle macho montes atteint 80 kg et ses cornes 75 cm, tandis que la femelle, cornue, est bien plus petite.

Herbivore, avec un régime très varié, la femelle produit un seul cabri chaque année après une gestation de 165 jours.

Vit de 200 m à 3000 mètres d’altitude, en zone escarpée toujours, sur la partie ouest de l'Espagne et au nord du Portugal.

Ce bouquetin ibérique vient d' être réintroduit en France, après la disparition de Capra pyraneica pyraneica, la sous espèces pyrénéenne, espèce éteinte officiellement en 2000.



On avait tenté de la faire renaître par clonage, et frôlé le succès. Des tissus vivants, prélevés en 1999 sur la dernière femelle vivante, nommée Celia, avant sa mort, avaient permis d'engager le processus de clonage pour tenter de sauver l'espèce. Deux équipes de scientifiques espagnols et une équipe française se sont impliquées dans ce projet de clonage. Des cellules prélevées dans les tissus de Celia ont été fusionnées avec des ovocytes de chèvres dont les noyauxont été préalablement enlevés. L'embryon obtenu a ensuite été transféré dans une chèvre domestique. En 2003, il a été annoncé que la première tentative de cloner le bouquetin des Pyrénées avait échoué. Sur les 285 embryons créés, 54 ont été transférés à 12 chèvres, mais seulement deux ont survécu durant les deux premiers mois de gestation avant de mourir également. Les tentatives ultérieures ont conduit en 2009 à la naissance d’un clone qui est mort quelques minutes après la naissance à cause d’un défaut physique au niveau des poumons. Le projet de clonage a été arrêté depuis.