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jeudi 22 janvier 2015

Sabin Moiraud et sa famille dans la grande guerre

J'ai partagé sur mon blog quelques-unes de ses cartes postales retrouvées un peu miraculeusement, dans Lettres à Valentine. Il y a cent ans bientôt, le 21 juin,  il était blessé une première fois. Des semaines d'hôpital, puis retour au front.

Deux photos avec son escouade des "As" (il porte pour l'occasion sa croix de guerre avec une étoile), et fumant la pipe.


Le 23 octobre 1916, il écrit à Valentine :

Avant de partir à l’attaque du fort de Vaux, je m’empresse de faire une petite carte pour te dire adieu si je ne reviens pas ; mais nous marchons toujours dans l’espérance de revenir sain et sauf …/… Je pense encore à toi comme jamais j’ai pensé de cette tristesse mais c’est pas pour tout cela qu’il faut s’en faire ; tu ne m’écriras pas avant que je t’aie renvoyé de mes nouvelles. Si j’ai le bonheur de revenir je t’écrirai tout de suite.

Il est blessé  au visage légèrement, le lendemain devant Vaux.
Il poursuit la guerre, exprimant sa haine du boche mais aussi son épuisement, son abattement dans ses nombreuses cartes.
…/... et depuis si longtemps qu’on n’a pas fait l’amour, pour moi je m’en rappelle plus, je ne saurais quoi dire à une demoiselle assise sur mes genoux. On devient complètement fou .../..
 …/… J’ai une chose qu’on appelle le cafard du militaire, je ne sais que faire de moi …/…

Il est porté disparu le 27 mai 1918, près du Chemin des Dames et de la rivière Aisne lors de combats où les Allemands ont l'avantage. 789 disparus les 27 et 28 mai 1918 pour le 333 RI ! Dieu merci, il est prisonnier, et reviendra en Bresse en janvier 1919.

Croix de guerre avec une étoile de bronze et une d'argent, médaille militaire. Il épouse le 22 décembre 1920 Alexandrine, ma grand-mère.

Ils se marièrent le 22 décembre 1920



Le papa d'Alexandrine, François Cornaton ne connaîtra pas ses petits enfants. Tué d'une balle le 22 juin 1915,  à 39 ans, dans les Vosges, sous le Hartmannswillerkopf. 55 ème RIT. Il repose à Cernay, loin de sa Bresse natale.

François Cornaton, mon arrière-grand-père


mercredi 7 janvier 2015

L'aventure corse

Croyez-moi ou pas, mais j’ai été en Corse, pour un stage de corsification. Y aller fut long, vagueleux, venteleux et nauséeux ; le ferry soulevait des gerbes d’écume, et moi j’écumais, et je gerbais presque. Bourré de Pietra ensoleillée, de Patrimonio ambré, de poulpe (et de Mercalm) en salade, je me suis allongé dans mon bout l’entrepont  avec hublot, redoutant la suite. Et j'ai juste bien dormi !



La mer et les oursins, la montagne enneigée et les sangliers (depuis le port de Sagone)


Le Corse est un chasseur. La corsitude, ça se gagne, et à peine à pied sec, mon ami et moi gagnons 1000 mètres d’altitude pour nous poser au coin d’un maquis avec nos armes. Un maquis en vrai bois d’arbre d’ailleurs, tout en Corse est authentique.  Et je découvre "les voix"  jouées cette fois au calibre douze à petites cartouches. Elles étaient faites à pleine gorge autrefois et avaient pour but d'infléchir la course des sangliers vers les postés. Je distingue les voix, en petites cartouches de calibre12-70 et à petit plomb, des tirs proprement dits qui s’expriment généralement en 12-76 ou 12-89 à grosses billes plus "tonnantes".

Battue corse dans des paysages de rêve ( vers Bastelica)

Le cursinu a tout d’un grand chien, et même un peu plus. C’est une sorte de chien Gordini, par sa vitesse et par ses rayures. Il lance avec entrain, et à cette musique rageuse s’ajoutent les tirs de 12-70 (z’avez suivi ?) qui incurvent à la fois l’univers infini et la course bientôt finie du sanglier. 

La musique va crescendo en se rapprochant, je me tiens prêt à jouer ma partition en 27 grains ou en 16 grains, mais le sanglier corse aime se faire tuer par un Corse. Fiers et ombrageux qu’ils sont tous deux. Relire quatre fois ce paragraphe, pour les quatre sangliers tués au(x) poste (s) voisin(s). Car ces cursini reviennent à leur piqueur une fois le sanglier tiré. 


Déçu mais content quand même, je révise un peu le soir mes accents toniques, je visite un peu, j’oursine et je marcassine des papilles. Rebelote deux jours plus tard. Le froid est moins sibérien – même si cette chasse se déroule aussi sur la bordure antarctique de la Corse – avec un soleil toujours présent. Sept sangliers meurent de mort violente, et cette fois encore je ne tire point. Sans doute allez-vous croire que je le fais exprès : c’est faux car on m’a donné les cartouches et les épargner est sans intérêt même pour un auvergnat extrémiste. Nous sommes près de vingt pour ces 7 victimes. 

Des oursins prêts à nous ravir



Déçu mais content quand même, je me dis qu’il faut laisser l’année se finir. Comme nous tirons en moyenne – au sens belge – un sanglier pour deux chasseurs à chaque battue, je sais que la troisième battue me fournira mathématiquement 1.5 sanglier … Si la guigne est soluble dans l’eau salée, alors le passage de l’an fera son œuvre. 

Et samedi, c’est kermesse. LA battue. Pas loin de 40 chasseurs, plus de trente c'est certain, pour une traque immense. Mon poste est somptueux, Alain avec une machette révise le tracé du chemin qui nous mène au col, et qui m’y laisse. Je suis à 1000 mètres d’altitude. Les vieux châtaigniers sont superbes, les pics enneigés sont tout proches. La musique ne cessera pas les deux premières heures … sans qu’un sanglier daigne passer ce col. Par instants deux menées semblent converger vers moi, ce sera pour cette fois … Et non. A 300 mètres de moi, Piscadoru a hérité d’un poste sourd (ruisseau du bas, et relief). Une seule menée parvient à ses oreilles, qui lui sert un magnifique vieux sanglier qu’il tuera à vingt pas d’un coup d’un seul de son joli drilling**.

Redescendre le sanglier n'est pas aisé




Déçu mais content quand même, je comprends que ma corsification n’est pas achevée. Un stage d’été est envisagé pour des approches en montagne et des battues en voilier. A moins que ce ne soient des activités séparées. Pour l’heure je vois sur Iphigénie mes postes marqués sur l’île que je quitte, et j’emporte cette belle image de Pisca et son vieux sanglier.

Vieux châtaigniers,  et montagne enneigée dans le lointain. J'attends en vain un sanglier


* nombre de plombs dans mes chevrotines
** fusil à deux canons lisses et un canon rayé à balles

lundi 21 juillet 2014

Chasse d'été


Chasser sans porter atteinte aux espèces est une façon heureuse de tirer parti de la nature. Longtemps, je n'ai pas chassé le chevreuil en été, afin de lui laisser vivre ses amours tranquilles. Et puis, j'ai rangé mon anthropomorphisme et j'ai tiré mon premier brocard en 2012. Pas de prise en 2013.


brocard "licorne" -  décembre 2012

... 2014, j'y reviens. Vous n’ignorez pas que je suis drôlement malin. Enfin, je trouve.  Aussi, je suis allé directement à mon hot spot de l’an dernier, vers 18 heures 30, sûr de voir au moins un petit brocard, en écho du grand fantôme qui m'échappa en 2013  ... Que nenni ! Alors, avant que ne tombe la nuit comme la misère sur les pauvres, j’ai parcouru les petites routes, mais pas le moindre chevreuil dehors dans ce coin du Lot.  Bilan, un lièvre observé à 20 mètres de moi, et une queue de renard. Juste une queue, le reste étant déjà dans la haie. 


Après un repas frugal et rapide - j'avais dû partager mon riz avec des dizaines d'insectes volants attirés par la lampe frontale - j'ai fumé royalement un cigarillo au lit (de camp), en admirant les étoiles, en écoutant le vent dans les hauts sapins, en laissant la brise me caresser la joue. . Etoiles, douceur, le vent et le silence habité de la nuit.

A cinq heures du matin, les étoiles semblent vaguement pâlir, je me sers un thé, puis j’urine dans un coin de la chambre, chose que je m'interdis à la maison, et je charge une balle de 6.5* puis  je m’élance vers THE brocard. Bôôô … Pas là non plus. Pourtant, l'an dernier ...

Alors, je file en automobile en direction du lac et je m’arrête de proche en proche pour jumeler, sans succès. Iphigénie ** me fait remarquer que j’ai dépassé les limites de la commune, je tournebraque donc, et reviens au centre du milieu, conscient d’avoir dépassé les bornes. 8 h30 déjà, et un brocard me montre enfin son cul, rentrant doucement dans un maïs. Mais il disparait avant que je ne puisse me positionner. C’eût été une girafe, c'eût été un ray-grass ...

J’encercle ce maïs, observe une chevrette aussi, tourne et contourne. Rien. Ou plutôt, "Y’a pas rien", en parler lotois. Ce six **** là, je le coche sur le smartphone … Il n’y aura qu’à l’appeler quand je reviendrai. Je regrette la perte de mon appeau ***, dont je ne sais pas me servir, d’ailleurs. L’aurais-je fait sortir du maïs ?

Bientôt 9 heures, je décroche, en voiture, et observe, grâce à mon strabisme divergent, à belle distance de là, un petit six cors, alors que je croyais les carottes cuites.

Et elles sont effectivement cuites, car 9 heures sonnent la fin de la période de chasse avant que je ne puisse l'approcher. Mais j’y retournera, et un chevreuil mouriront … Ou pas.

merle de roche - juin 2013


*Le calibre 6.5 x 57 R est bien adapté à cette chasse
** Logiciel cartographique sur smartphone
*** Sorte de sifflet censé imiter le cri de la chevrette amoureuse ...
**** six cors

lundi 19 mai 2014

Mon chat, une ressource

Mon chat est un être humain comme les autres. BB aurait pu le dire. Mais faut pas déconner non plus. Depuis la plus haute Antiquité – et là je ne parle plus de BB – on a considéré le chat comme un animal sacré, certes, mais aussi comme un animal de travail . Le chat est au petit rongeur ce que le chien fut au traîneau. Non pas que les Youkis aient pour habitude de bouffer leur traîneau. Encore que...

Un être humain comme les autres

Le chat de ma belle est un peu le mien aussi, et j'ai décidé de le manager komifo. Il fait du sale boulot en général, et j'ai des photos pour le prouver. Rapprocher mon animalité de son humanité était une démarche de haute culture, et j’ai convoqué Fripouille (sobriquet drolatique et plus pratique que Chatakisaritanour des Hauts de Maruéjouls, son vrai nom) pour l’entretien d’évaluation de fin d’année. L’année du chat commence à la pleine lune de mai, vous ne l'ignorez probablement pas. Il arriva déprimé, à la limite du burnes-out, un syndrome fréquent chez le chat castré.


En relisant la fiche de poste avec lui (destruction des rongeurs pouvant attenter à la pelouse et au jardin), je lui ai rappelé que les rongeurs ne volent pas, que le lézard vert, qui ne vole pas non plus, correspond tout aussi mal à la définition de rongeur. Que chaque règle a des exceptions, et que l'écureuil roux, comme il ne produit pas de trous ni de taupinières dans la pelouse, n'entre pas dans sa mission. La fiche précise que le coin du mur, sous ce bureau, à un mètre de ce clavier, n’est pas un lieu de rangement pour orvet mourant, rongeur couinant, ou oiseau en kit ...


Pince classique, pièges suisse hautement sophistiqué, piège double

Taupe prise par Fripouille

Les objectifs ont été précisément redéfinis pour la nouvelle année : rongeurs et taupes exclusivement, à consommer ou pas, mais DE-HORS. J’ai rappelé l’importance de sa mission pour que la tortue, notre robot de tonte, ainsi surnommée par ma voisine, puisse entretenir la pelouse sans se casser les dents. Pour le motiver, j’ai accordé des points au choix chaque fois que je préparerai un grand gibier ou du poisson. Un appui technique dans ses missions (outils ci-dessus) a été précisié, ainsi que l’accès égalitaire à tout canapé ou fauteuil de la maison. Il les utilise déjà, ça ne me coûte donc rien.

Une nouvelle date a été définie pour faire le point sur l’atteinte des objectifs annuels, et mobiliser autant que de besoin des ressources en formation continue ou en entraide.

Deux jours plus tard, je pouvais mesurer à ses résultats l’importance du coaching dans notre relation triangulaire chat-manager-robot de tonte. Le matou se la pétait un peu trop avec sa seconde taupe, et je lui ai rappelé, cette photo à l'appui, que moi aussi je savais me débarrasser des taupes, si nécessaire, y compris des plus impressionnantes.. La tondeuse s'est bien marrée, et Fripouille ne m'a pas cru.




Taupe des volcans



dimanche 18 mai 2014

De Jim Harrison à Bonnie Jo Campbell

Mortecouille, de l'ami Jim Harrison je ne me lasserai pas. Mais j'ai rencontré une comparse à lui, [i]Bonnie Jo Campbell[/i] que vous allez adorer, et  plus. Elle écrit avec la même distance de ses personnages que l'ami Jim, je trouve. Elle est originaire du Michigan, fille de paysans. Margaret Louise, son héroïne est merveilleuse à bien des égards.

C'est près du lac Michigan, sur la Stark et sur le Kalamazoo. C'est un roman d'initiation aussi qui se passe dans les années 1970. Juste, dur, beau, magnifique, différent.

Il était une rivière, de Bonnie Jo Campbell. Le livre de poche. Une sacrée rencontre.
Once upon a river, pour ceux qui lisent l'anglais dans le texte ce qui n'est pas mon cas, mais la traduction est  excellente.

mardi 4 mars 2014

Des terrines et des verrines !

Il n'est pas simple d'avoir un plat toujours prêt et toujours apprécié des amis, qui vous sauve la mise quand ils arrivent à l'heure du repas et que le réfrigérateur crierait famine s'il savait parler.

Les ingrédients : une montagne en pente douce, avec des animaux sauvages, une carabine ...  Presque autant de gorge de cochon que de venaison de cerf ou de biche, du sel (13 à 15 g par kg de produit), du poivre (2 g par kg), 1 oignon par kg,  de l'huile de coude, 2 cl d'armagnac par kg de produit, un œuf par kg (facultatif). Trente à cinquante grammes de pain très sec, transformé en chapelure,  pour chaque kilogramme. Si l'on dispose d'abats du gibier, notamment de foie ou de cœur, c'est un plus que l'on ajoutera à la venaison, jusqu'à 20 % de l'ensemble. D'aucuns ajoutent du citron confit (moi), des noisettes, des trompettes de la mort ...

Partez en montagne, jumelez, marchez, rêvez, et tirez si Diane vous en donne l'occasion. Sinon achetez du lapin, des volailles, des morceaux de porc maigre ...

Cerf photographié en octobre 2014

Tirez juste un bout de ce cerf, si vous savez faire. Sinon, partagez ! Quelques jours plus tard, ou après congélation, passez-le au hachoir mécanique - ou même électrique si Mano n'est pas là pour vous aider avec la part de courage nécessaire ...

De l'huile de coude en abondance

Mélangez une part de viande de grand cervidé pour une de gorge de cochon, les œufs, aromates, sel poivre ...

Confectionnez une, deux ou trois terrines pour les lendemains, qui cuiront au four, et des verrines destinées à trois heures de stérilisation ... ainsi qu'à faire face à l'improviste. Avant la cuisson, colorez chaque terrine ou verrine qui au thym, qui aux baies de genévrier, qui au piment d'Espelette ...

Prêts pour la stérilisation


Prêts pour le four

Je préfère pour ma part  une couleur (thym OU genièvre OU laurier ) plutôt qu'un fatras de parfums.

Terrines au four avec bain-marie

Tout le monde ne chasse pas. Avec du lapin, du porc, de la volaille, vous ferez de très bonnes terrines aussi. Si l'on sale au gramme près, on ne peut pas les rater. Bon appétit !

jeudi 20 février 2014

Coup de génie


Ce qui va faire marrer les marrants, mais dé-marrer les bougons, c’est que j’ai rencontré un génie. Pour de bon, et un bon. Me sachant chasseur et ne sachant chasser lui-même, il m’a accordé un chamois, un cerf, un brocard. Comme un con, j’ai pensé trop tard au wapiti ou au buffle, mais les vœux étaient sans délai de rétractation. Je suis parti tôt, pour une courte randonnée suivie d’affût, ce lundi 17 février. Avoir ces trois bracelets en poche est magnifique. Il y a sur cette zone au moins un cerf et au moins un brocard, et quelques chamois. Ne pas manquer, surtout ne pas blesser.

un beau bouc
Sous-vêtu chaudement d'Odlo et de blanc survêtu, je me lance. Et je m’embourbe par à-coups dans la neige. Moins 3 degrés, 10 km/heure de vent. Mon cœur, à trop battre, me fait mal et je dois m’économiser tout en gravissant 100 mètres de dénivelé dans 30 cm de neige gelée. Bon dieu, 60 ans… Arrivé à la limite du bois, je jumelle le grand rien, blanc et pentu. Il est un peu plus de 8 heures : il fait froid, mais j’ai chaud. Un chamois à 500 mètres, mais aucun dans les proches. Je reste une heure comme ça. Ou deux. Dégustation de thé bien chaud et très sucré, c’est bon. Puis je pars doucement en direction de la victoire, du côté du col. Le chamois s’inquiète, s’éloigne, surveille. Bizarre. Je comprends en voyant deux bobos venus oxygéner leurs raquettes, entre le chamois et moi. Émoi.

Deux grands corbeaux dans leur studio avec vue


Dépité, je vire à 180 degrés dans un flocon de poudreuse. Privilégiant le récit dynamique, j’avais écrit d’abord  "dans une gerbe de poudreuse"  pour la beauté de l’image suggérée, mais la licence poétique a des limites. Je m’approche du bout du massif surplombant le village. Des grands corbeaux bavards agrémentent une pause que je juge méritée tous les deux pas. Désormais à belle hauteur, intelligemment, je ne lâche pas un mètre en revenant en direction du col,  sous la limite des noisetiers. Je me pose, je bronze, je rêvasse, je déjeune de quelques abricots secs. Je vise même longuement le bouc à 450-500 mètres, et me rappelle que je n’ai pas le bracelet adéquat. Les génies sont parfois surfaits : trop vieux et trop gros. Pas le génie, le bouc. Mais il est accompagné d’un comparse en contrebas que je n'ai pu juger. Je choisis d’avancer quand le plouc de service vient polluer la blancheur. Trois personnes en une journée ! C'est fou et ce n’est décidément plus possible ... Je décide de ne rien faire, un cerf va bien venir, avec un brocard puisque le génie m'a promis. Pour le chamois, il n’a certes rien compris aux classes d’âge, mais pour cerf et brocard (chevreuil mâle), c’est plus simple ...





Les chevreuils apparaissent, deux femelles, dont une jeune. Je me régale à les observer. Un troisième larron, un garçon. 135 mètres.




une chevrette


le brocard


Je décide de tirer. Assis. Il commet un pas au moment du tir, et fuit dans un léger ralenti. La chevrette et le jeune sont toujours proches, reviennent finalement vers le bois, puis s’enfuient doucettement. Je quitte ma position, et je descends précautionneusement. Le brocard est  mort, à 15 mètres du point de tir. Je le caresse, lui offre une dernière mangeure, je le photographie, et nous partons amoureusement tous les deux dans la pente, ma main de fer dans ses bois de velours. Je croise l’administrateur qui m’a préparé les documents le matin, et il me dit avoir observé un cerf, candidat à un tir lointain. Bon … Mais pas sans mon coach !

Il broute à 400 mètres. Mais non, pas le coach ! Nous avançons sur  un chemin et nous y couchons dans une gadoue relative. Je ne vois pas grand-chose dans ma lunette Minox ; je prends une contre visée significative pour tenir compte de la distance. Le cerf se présente enfin de profil. Nicolas, le coach, trempe également, juste à côté de moi, prêt à doubler mon tir s'il est inefficace. Prêt ? Il est prêt. Je lâche ma balle et la flamme du tir m’éblouit dans ma lunette. Raté !  lâche le coach  qui décoache aussitôt une balle, comme convenu, une grosse seconde plus tard. Le cerf chute, se relève, et parcourt quelques mètres avant de tomber mort.

jeune cerf

Ainsi va la chasse : des émotions puissantes, des regrets d'avoir tué mais aussi de n'avoir pas tué, mêlés en un flot de sensations difficiles à exprimer.