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jeudi 24 septembre 2020

L' espoir (by Josero)


Loulle, c'est son prénom, un diminutif provençal de Louis, je crois. C'est un déjà vieux viticulteur, dans sa ferme, chasseur aussi.  Fine, c'est sa femme : Delphine ? Joséphine ? Loulle est, je crois, vaguement dépressif, parfois, et presque toujours misanthrope. Josero, qui écrit ces textes, lui ressemble peut-être un peu. Il en parle si bien,  si rarement, et ne veut pas publier ses perles. A ma demande, il a bien voulu qu'elles viennent enrichir  mon blog. On trouvera pas mal de mots provençaux, et d'expressions provençales. Leur traduction, pas forcément.

L’espoir.

Ca va bien faire deux heures qu’il est parti. Fine doit se tourner les sangs. Mais bon, il fallait qu’il  parte, sinon il allait devenir fou. De la maison à la route, ça fait pas loin. Juste la Pièce Longue à traverser. Un champ ! Nu comme la main. Quand tu es sur le tracteur, tu dirais pas qu’elle est si longue. Mais à pied, putain ! Et sans se faire voir, c’est pas gagné. Mais bon il est arrivé à la route qu’il a traversée comme une flèche, la peur au ventre. Attention, pas la peur de se faire écraser, parce qu’en temps normal, il doit passer une voiture toutes les quarante minutes, alors tu penses, en plein confinement !

Non il a peur de se faire voir. Comme il parle plus à personne au village il veut pas qu’on parle de lui. Et puis il faut bien le dire, Loulle c’est pas un courageux. Par contre, ne va pas imaginer que c’est un cague aux brailles. Il a pas peur d’affronter un cochon au ferme avec son opinel à virole. D’accord que ceux qu’il a servis à l’opinel, c’était pas des monstres, mais quand même … Il a peur aussi de se faire attraper par les gendarmes. Ceux là, tu les vois pas de dix ans, suffit d’une fois où tu es pas en règle pour qu’ils se pointent. Loulle, il a toujours respecté la loi. Jamais un sens interdit, jamais pris la place d’un handicapé, rien ! Un modèle.

Peut être un peu de braconne de temps en temps. Mais ça fait partie du patrimoine génétique des gens de la terre. Surtout ceux d’ici.  Alors on va classer ça dans l’interdit autorisé. Par qui ? Mais par lui et tant d’autres qu’il ira pas dénoncer. Il manquerait plus que ça !

Mais aujourd’hui il a merdégé dans l’interdit non autorisé.  Bien que cela ne prête pas à conséquences, parce qu’il risque pas de contaminer qui que ce soit, vu qu’il n’a pas rencontré un chat, et qu’il n’est certainement pas malade,  mais c’est pour le geste. Il a l’impression d’avoir mal fait. Donc, il est un peu contrarié là dessus et ça lui gâche une partie du plaisir ... N’empêche que pour le moment,  il boit tout son content de soleil, même si c’est le pareil sur ses terres, mais là c’est presque comme si il avait volé quelque chose de précieux. Pas précieux comme un trésor, mais précieux tout de même.

Donc, après la traversée périlleuse de la route, il est entré dans le bois. Tu peux pas imaginer le bonheur de se frotter enfin aux branches basses, même si des fois une maligne essaie de t’éborgner. Dieu sait s’il a fait attention à ne pas faire de bruit craignant qu’on le surprenne. Si peu de bruit qu’il a failli faire un arrêt cardiaque quand une niade de cochons lui a démarré des pieds en rouspétant. Ou ces favards occupés à boire, qui ont fait claquer leurs ailes comme des mitraillettes. Quand tout est silencieux, le moindre bruit te fait sursauter.

C’est la saison des amours et pour les merles, c’est à celui qui chantera le plus fort. Des mésanges passent d’un arbre à l’autre dans un vol feutré. Là c’est un écureuil qui vient de laisser tomber la pigne qu’il tenait. Des barres de soleil épaisses, si droites et raides qu’on pourrait croire que tu pourras pas les traverser, descendent du ciel vers la terre, emprisonnant dans leur lumière, des milliers d’insectes, dont les ailes sont autant d’étincelles pétillantes. 

Le temps s’est changé en statue. Il ne bouge plus.  Seul le bourdonnement incessant des abeilles qui s’affairent en un ballet désordonné, dérange cette immobilité. L’odeur du printemps en avance cette année, fait tourner la tête des pins, qui  dispersent au souffle palpitant d’une brise de fin d’après midi, la poussière jaune de leur pollen qui tache les fleurs mauves des cistes. Au loin, la cloche retentit, sonnant cinq coups. 

La tristesse s’étend à perte de vue. 

Dans la mélancolie trop bleue, d’un ciel qui se prend les pieds dans les tréfonds de la terre, rien ne fait penser à cette mort qui rode dans le monde, et à cette menace présente dans l’air que l’on respire. Loulle se hâte. Cette fois, il marche sans précautions, ouvrant son chemin entre les branches, qui essaient en vain de le retenir. Alors quoi,  il ne les verra plus les blés qui s’agenouillent sous le poids des épis lourds de grains ? 

Alors il ne tachera plus ses doigts aux grains poisseux et douceâtres des raisins d’octobre, que l’on cueille dans les rires joyeux des vendanges ? Et il ne fera plus tourner une cavalière inconnue dans des valses musette, sous les lampions multicolores de la fête votive, au rythme des sons plaintifs de l’accordéon ?Il ne fera plus ces parties de pétanque sous les soleil impitoyables des mois d’été, où à la fin on trinque au comptoir des buvettes, à boire des pastis sans autre raison que de fêter la vie d’ici, avec les rares amis qui lui restent, dans ce village que contemplent avec dédain, les premiers murs des Alpes ?

Allons ! La vie ne va pas s’arrêter ! Pas maintenant. Il a tant à faire !

Oui, il va les entendre encore les menées joyeuses des chiens, il va encore battre son cœur, à revoir les sangliers, il va encore les poursuivre dans les vignes, les grives qui se saoulent aux raisins oubliés par les vendangeurs. Et chaque pas de plus le rassure. Chaque buisson qu’il traverse déchire des pans entiers de cette angoisse qui habillait encore ses épaules. Il redécouvre son univers, son cœur bat à l’unisson avec ses terres qu’il reconnaît aux odeurs qui s’en échappent, avant même que de les voir.

Il est chez lui. Il marche au bord de la Pièce Longue. Il traverse la route. Sans se presser. Pourquoi il se dépêcherait ? Il a tout son temps. Toute la vie qui lui reste. Il s’en contrefout des gens du village, des gendarmes et de tout le reste. Il va vivre. Lui, Fine et tous les autres. Comme avant…

Il monte l’escalier. Fine l’attend. sur la terrasse.

- Mais t’étais où, sainte vierge., que je me suis tournée les sangs ? Encore une peu, et j’appelais les gendarmes !

vendredi 18 septembre 2020

Le vieil homme et le lac

Libéré d'une lourde condamnation à une semaine de Bresse – c'était ça ou une épouse contrariée - je revenais à mon lac du Cantal, comme les oignons reviennent à la poêle.  Dix kilomètres après le départ, un éclair de lucidité dans la nuit de ma distraction me dit que j'ai oublié la petite veste, même s'il fait bigrement chaud pour l'instant ...


mon lac quand il est romantique


Le lundi, mon détaillant va à la pêche ... Alors j'achète quelques vers chez Décathlon, et des petits vifs.  Et un pull-over aussi, c'est moins cher que de repartir chercher la veste. Mon coffre de voiture me paraît bizarre quand je l'ouvre … Coup au cœur ! Arfff, le bakkan, que je définirai comme un "sac à boîtes", est absent, resté sur la table de la salle à manger. Mon estime de moi chute une seconde fois ;  plus vite,  de bien plus haut. S'il me restait assez d'agilité, je me botterais le cul.  Je ne risque rien. Je n'ai aucun leurre ou presque, et en matière de montages,  il faudra faire avec ce qui traîne dans le bateau. Heureux que le rangement ne soit pas mon fort et qu'il y a toujours dedans plein de trucs qui traînent "en attendant"!


Un vent du Sud -SE souffle assez violemment, genre 30-40 km/h dans les rafales, et toute pêche en dérive, même avec une ancre flottante est impossible hors des zones abritées. Après deux postes infructueux, je vais donc assez vite  m'accrocher à une bouée disponible au presque milieu de la baie. C'est un de mes endroits favoris. A cent mètres du ponton. Je ferraille une heure au drop-shot au ver avant de mettre au sec une perchette que j'appelais de mes vœux . Dur ! Pour les non-pêcheurs, le drop-shot est une technique où le dernier élément de la ligne est le plomb, l'appât ou le leurre se situant par exemple cinquante centimètres au-dessus, et on peut animer et ramener le leurre depuis canne et moulinet. Pas de bouchon.


Je pêche aussi, de la même manière, avec un petit vif de moins de dix centimètres, à la recherche du sandre. Et d'une manière approchée avec un vif plus gros. On résume donc : pêche amarré, donc cent mètres carrés prospectés, au ver, au petit vif,  et au gros vif .  Et j'ai chaud, et je grognerais presque ; mais ça devient vite agréable avec le temps qui s'écoule et qui, c'est connu, guérit tout, même les chaleurs excessives. Je capture enfin une seconde perchette parfaite pour mettre la "grosse ligne"  à vif. Les "grosses lignes", c'était une expression de mon pépé, par opposition à la ligne à gardons. Elles visaient alors le brochet, ou les poissons-chats, et étaient d'une inimaginable rusticité. Il y avait aussi les "lignes de nuit" mais c'est une autre histoire.


Dans mon dos soudain, crissement de moulinet qui s'affole, et, une demi-seconde plus tard j'ai la canne en main, pliée joliment. Brochet ou silure ? C'est aussitôt la question, d'autant que du fluoro-carbone d'une résistance de sept ou huit kilogrammes constitue le bas de ligne de cette canne. Une sorte de nylon, sensible aux dents tranchantes du brochet. Pas d'acier, contrairement à la "grosse ligne" toujours dans la cabine …  Le poisson file droit et à grand bruit de moulinet enragé vers une bouée à environ quarante  mètres, et je me brûle un peu les doigts sur la tresse en voulant rajouter du frein, ce que je fais ensuite en pressant sur la bobine, c'est mieux.  Peut-être cinquante mètres de fil sortis déjà, et je demande un maximum au bas de ligne. La peur de manquer de fil croise la peur de trop freiner et casser ...  Le poisson finit par s'arrêter à court de force, et quelques minutes plus tard c'est à mon tour de gagner du terrain en pompant sur ma canne comme un Shadock d'eau douce. A dix ou vingt mètres du bateau, demi-tour. Et il repart avec une entrain égal, sort vingt ou trente mètres. Puis c'est mon tour d'être le plus costaud et de récupérer du fil … Etc, etc.


Le génie qui m'habite en général me suggère en particulier de détacher  le bateau car le vent m'emmènera vers le large, alors qu'ici il y a pléthore de corps morts … J'aurai cependant les balises du chenal à franchir. Un peu distrait, le génie ne me suggère pas de remonter les deux drop-shot, vif et ver,  qui trempent ... Ou bien je ne l'écoutais pas. Je commence ensuite à stresser, le moment parfait de l'adrénaline est terminé. Il va se foutre dans une chaîne ? Casser dans l'hélice ? Se décrocher ? Ne tiendra pas dans l'épuisette alors que je n'ai pas de gants sous la main  (pour essayer de le monter sur le bateau en le tenant par la gueule) ? Et je ne VEUX PAS perdre ce qui est forcément mon record.


Car je pense désormais que c'est un silure, à dix contre un. Un beau silure. Beau et con à la fois, car il ne vise aucune des chaînes de bouées, où il aurait pu emmêler et casser ma ligne. Il plonge encore avec force chaque fois que j'imagine que je vais l'apercevoir. Je surveille la berge où le vent nous pousse. Mais on arrive doucement. Le moteur tourne au ralenti, prêt à réagir.


Et enfin il se révèle, il n'est pas gigantesque à la mesure de la bataille fournie, et je parviens à le mettre dans l'épuisette au premier coup. C'est bien la première fois qu'elle parait petite ! Tant elle semblait en général être le stigmate d'un ego conséquent, ou bien la preuve d'un optimisme démesuré.  Je dois évidemment  lâcher la canne pour hisser la bestiole ; canne et moulinet se foutent je ne sais comment là où il ne faut pas, et l'épuisette plie salement. Morte-couille ! Se passe un  moment en équilibre où je bande mes forces … Et ouf, il bascule sans que la canne ou le moulinet, coincés je ne sais comment et opposés à mon effort,  ne cassent.



Keskéla, ma gueule ?


Ah ! On est bien ... Oups, mes deux autres cannes !  Leurs lignes ont suivi sur ces trois cents mètres de dérive sans accrocher et arracher le contenu des moulinets. Chanceux.  Restera le chemin entre le ponton et la voiture où j'ai mon bac à gibier pour l'accueillir. Je rentre de nuit et ne pourrai faire de (plus) belles photos en l'honneur de ce poisson, difficile à soulever et  à manipuler aisément.


ma cave, mon poisson et moi


Bien sûr ça n'a rien d'un poisson prestigieux comme l'eût été un brochet de cette taille, ou un saumon ... Et il reste une "petit" silure. Mais c'est de loin la plus grosse et la plus hasardeuse bagarre entre moi et un beau poisson. A ma modeste aune, évidemment. Selon ma philosophie de la pêche, il sera consommé par les miens, décliné entre une terrine de poisson, et des panures de silure au massalé. Ce n'est pas un truc gastronomique, mais un plat du quotidien, grandi par ses  tampons "sauvage", "local", "renouvelable" ,  "home made "et "n'ayant entrainé aucun travail pénible ou dégradant pour personne".






vendredi 13 mars 2020

L'inaccessible caillette ardéchoise

Elle fait partie de mes souvenirs et même de mon imaginaire. Comme le sanglier ardéchois, la confiture de châtaignes ou le saint-joseph de là-bas. Quand le président du conseil départemental a annoncé de son bureau la fermeture des frontières du département aux européens et aux cantalous, ainsi que l'édification d'un mur, j'ai été terrifié.


Image
A 40 km d'Aubenas, un mur antivirus


Téléardécher, la solution !

J'attendais ma carte verte, elle ne viendra pas. Désespéré, j'ai d'abord tenté de me suicider en me tirant une bouteille de saint-joseph dans l'estomac. Ça n'a pas marché, mais mon moral est  remonté en flèche. « S'il n'en reste aucun, ce sera moi », que je me suis dit moi-même à mon for intérieur, en rotant un peu le pinard.

Au fond du congélateur, au fond du village, au fond de Biocoop, au fond de l'Auvergne j'ai dégoté:

- une botte de persil,
- deux-trois échalotes et 30 g d'ail
- de la noix de muscade, ****
- de la solution hydroalcoolique (150 ml)*****,
- un chou de 800 g
- un petit kilogramme de pommes de terre de Carlat ou de Vézac**
- deux verres de chardonnay (au fond du plat pour la cuisson au four)
- du collier et de l'épaule de chevreuil ( 1.3 kg, poids corrigé)*
- de la gorge (dénudée) de porc, 1.5 kg, hachée par mon artisan boucher,
- du foie de biche (0,5 kg)
- un œuf entier ***
- 52 g de sel, 5 g de poivre ****
- de la crépine de cochon.




Putain de hachoir à viande.

Attention, je respecte toutes les femmes, mais cette machine est aussi infernale qu'elle fut coûteuse, qui pèse ses quinze kilogrammes avec son énorme moteur, mais qui est cent fois moins efficace qu'un parkinsonien alcoolique avec un vieux canif et avant son premier verre de la journée. En une heure et trois démontages, je parviens néanmoins à mettre en bouillie le foie et le collier de chevreuil ( 2 kg au maxi ...). Je sais que le plus dur est fait, et je remercie fortement mon artisan boucher de fournir la gorge de porc hachée à la demande.




Patchiquer (1) enfin

Je râpe les pommes de terre. Juste ce qu'il faut, car j'imagine qu'on ne peut pas, s'il y en a trop,  les déraper aussi facilement qu'une limousine sur du verglas.

Je blanchis le chou après l'avoir tranché. Il reste malgré tout quelque part entre ivoire verdâtre et beige moyen, mais je n'insiste pas plus de cinq minutes. Quand ça veut pas … Puis je le passe au hachoir électrique de cuisine, à la suite de la mouture du persil, échalote et ail.

Mon plan de bataille est perpendiculaire et complet, tout comme il est proportionnel et solidement réfléchi. Moitié du hachis sera mélangée à de la patate râpée, l'autre au chou mouliné. Quatre bocaux d'un litre, et trois de 500 g attendent mais tout sera cuit au four à 190 degrés à l'ombre pendant un heure et dix minutes d'abord  ( les caillettes sont de la taille d'une grosse orange). La stérilisation d'une heure et demie interviendra ensuite pour une partie de ma production.


Bilan à mi-parcours

A mi parcours, seulement une impression, car je n'ai goûté que « au chou et non stérilisé » soit une variante sur quatre. Bon, je dirai. J'aurais aimé ajouter de la sauge, peut-être doser un peu plus fort en légumes. Le salage à 13 g va bien, mais la proportion de gorge de porc s'avère un peu trop élevée, notamment dans l'association "chou".

La recuisson légère - ou le réchauffage prolongé - des caillettes en attendant l'invité du soir nous a fait les classer carrément très bonnes.
Cependant, la mise en production industrielle n'est pas envisagée pour l'instant, car nous craignons une taxation excessive à l'exportation.




sortie du four

Comme promis un mot sur la perception des caillettes stérilisées ... Eh bien, c'est correct, mais on peut mieux faire, sans aucun doute, avec une meilleure mouture et un assaisonnement un peu plus travaillé.



* Corrigé du prélèvement de Fripouille, le chat de la maison, toujours inquiet pour notre santé, et qui prend sur lui pour goûter les ingrédients sauvages et carnés de mes recettes. J'ai à cœur d'encourager son dévouement, qui a dû approcher les 250 ou 300 grammes.
** difficile au goût de savoir, les deux villages se touchent.
*** pas un bœuf, et pas si entier que ça, je n'ai pas utilisé la coquille.
**** non je n'ai pas pesé la noix de muscade ; et je vous emmerde .
***** ne pas l'ajouter au hachis, c'est juste pour se désinfecter les mains
(1) le mot auvergnat que je préfère entre tous

lundi 2 mars 2020

Il ne s'est rien passé

Ne chassant pas souvent le 29 février, j'avais décidé d'attendre le lendemain ; mieux vaut ne pas rompre avec les bonnes habitudes. En fonction d'un décret préfectoral, du fait que nous serions moins de 5000, et que le causse n'est pas spécialement un lieu confiné, je suis viendu  le lendemain, qui tombait aussi inexorablement en mars que des scouts sous les robes d'un curé.

Diane, notre déesse, s'était gentiment penchée sur nous pour nous ébouriffer un peu les cheveux à coups de quelques rafales de vent de mars, d'un p'tiot coup de tonnerre ici ou là, et de quelques gouttes brutales mais de courte durée. Favorable à cette chasse de mars, elle avait posé sur mon chemin un lapin qui était bien là, un lièvre qui semblait faire du stop, un chevreuil qui bouffait des bourgeons. Ouhhh lààààà !!! ça sent le sanglier, ça, en ai-je déduit avec cette logique très branlable des chasseurs de cochons.

Trois chasseurs avaient compté, en venant au rendez-vous, une vingtaine de chevreuils. Ils venaient de 50 km tout au plus, je pense ! Tout le monde est dehors ce matin ! Un piqueur voit même quatre sangliers de loin en faisant le pied au lever du jour. Le printemps frappe fort, même les bécasses sont énervées. 

Des fleurs pour Christine


Et pas seulement ! René, l’aîné de la bande du dimanche, au prétexte de l'âge justement, offre à Christine un bouquet d'anniversaire composé de forsythia, de genièvre et de Jenesekoa Bignonioides Angustifolium *. Est-ce vraiment son anniversaire, le champagne est-il là pour donner le change ? Cela ne nous regarde pas, ce n'est pas de la chasse et nous sommes là pour la chasse, et seulement pour ça.

Nous décidons, enfin, pas moi, d'attaquer la bande des quatre. Je me dis qu'à la rivière je serais bien, mais j'ai droit à la Baie d'Along. Bon d'accord, les locaux disent la Combe d'Alon, mais ça fait vraiment modeste ... Sous les directives du président, nous serrons bien la bande, mais pas trop non plus, pour la circulation ... En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, c'est lancé. Je suis juste sous l’événement, je sens frétiller ma carabine, je sens les muscles de mes balles bleues bandés dans leurs starting-blocks de laiton. Mon palpitant monte dans les tours, comme la courbe des décibels canins qui se déversent. C'est donc ça, le bonheur.

Trop malins, les quatre sangliers, qui sont seulement un, décident de passer saluer le président plutôt que votre serviteur, lequel probablement pour les remercier de cette attention tire juste deux coups dans le paysage.  "Doublé de Serge", commente ironiquement un piqueur. Pas de bol pour le suidé, il passera à un autre posté un peu décalé, mais aux canons parfaitement calés ...

Oukissont les trois frangins ? Nous insistons - surtout les chiens en fait - jusqu'à 11:59, nous passons alors un peu de gel antiseptique sur nos mains pour obtenir l'absolution hydroalcoolique des bises matinales, et nous partons prendre une légère collation clôturée par une larme de champagne.


Aux Quatre Combelles, un poste surélevé

Trois attaques l'après-midi, dont pour finir une chez les trois frangins, décidément partis ... La première est très prometteuse aux Quatre Combelles, je suis sur le rocher, les chiens lâchés en deux points sont enthousiastes. Ça ne va pas traîner, se dit chacun. Puis les chiens seront de plus en plus silencieux, et  nous ne parviendrons pas à lancer. Les chiens se sont calmés, la radio aussi, et je ne vois plus le gilet orange sur la crête … Merdre !!! Ma radio m'a lâché en oubliant de dire bip bip. Descente de mon piédestal, remplacement des piles, et je fonce rattraper les potes.

Ce sont les Trois Boules qui succèdent aux Quatre Combelles, mais  là  aussi, les chiens perdent la voie ; s'ensuit un épisode burlesque entre un piqueur qui appelle pour qu'on vienne le récupérer et son chauffeur, suivi au GPS sur la "centrale à chiens", qui s'emmêle dans les chemins. Immense rigolade, tout le monde donnant des conseils farfelus.

Essai final sur les trois frangins, beaucoup trop malins pour nous. Un magnifique vol de grues survole notre échec.
Petit verre empreint d'amitié après cette jolie journée où j'ai marché au moins cent mètres, gravi pas loin de cinq mètres, palpité un peu, bien rigolé et aussi appris l'énorme facture « santé des chiens » de mon ami piqueur.

Fin de partie, ils ont été excellents


J'accompagnerai au retour un lièvre sur un petit kilomètre, en voiture évidemment, avant qu'il veuille bien prendre la tangente.

* je ne connais que le nom latin

mercredi 19 février 2020

Le vieux chasseur et les 'tits jeunes (fable)


C'était en janvRier. Oui, tout à la fin, et on sentait bien février poindre jusque sous l'orthographe. Ce serait probablement ma dernière battue en montagne de la saison.


On y verrait l'expérience et la sûreté de jugement de l'ancien s'imposer face à la fougue et à l'impatience de la jeunesse. Ou le contraire.

Une partie du terrain de chasse, plus tôt en saison

Émulsifié(1) par la bonté de mes amis montagnards qui m' avaient gardé la moitié d'un grand cervidé malgré ma très rare présence aux battues, je ne pouvais faire autre choses qu'apporter une boutanche ou deux pour les remercier. Car de la venaison je suis un adorateur. J'avais été fortement empêché par une claudication qu'on dira galopante pour le plaisir de la dissonance.  Cerise sur le gâteau, une tête de veau était promise au repas, dont je raffole … Alors si j'ai chassé, ce n'est pas que pour compenser mes rejets de carbone par un approvisionnement local.

Le poste le plus cool à atteindre m'échoit naturellement au titre peu envié du plus déglingué de la bande. Seulement trente mètres à faire, en fort devers quand même contre deux ou trois kilomètres et plus pour mes jeunes confrères qui héritent de postes lointains et prometteurs. Qui seront aussi en plein vent, tant qu'à faire.

Au menu pour douze chasseurs dont deux traqueurs, un flanc de montagne de 6 kilomètres, possiblement garnis d'un cerf sans limite de pointes, d'une ou deux biches non suitées ou de bichettes, de sangliers s'ils veulent bien. Un faon femelle, ça marcherait aussi, mais pas un faon mâle, donc les faons, on évitera. Arrivé à mon poste, je cherche en vain un pauvre mètre carré plat pour installer mon siège Walkstool, télescopique et ultraléger. Ben non, il aura été volé … Pas le siège, le m² plat. Je recompte mes jumelles, ma radio, mon téléphone, ma belle carabine. Ah ! Qu'on est bien …

Le jeune chasseur, un autre jour de l'automne, pour une autre victoire

La bande de jeunes a longé la crête et s'est positionnée de loin en loin : des nains jaunes observables aux jumelles, qui peuvent en observer trois autres en bas. Et chacun de projeter ses angles de sécurité, et de se satisfaire de ses possibilités de tir. Les miennes sont restreintes vers le haut, mais basta, je suis là surtout pour la tête de veau. Et les cartouches, c'est pas donné ! Je ne vois pas passer la biche pourtant annoncée à la radio, puis je la découvre à 200 mètres environ, au delà de l'angle de sécurité, qui écoute. Alex, qui occupe le poste face à moi ne l'a pas vue non plus. Pas envie de tenter le tir à cette distance, même avec un bâton, et je lui trouve en plus un air juvénile dans mes jumelles. Elle descend de la montagne, sans cheval mais en se rapprochant, et je la perds malheureusement de vue dans les genêts et les arbustes. Elle franchit bientôt la route départementale.

Juste avant et au cours de cet épisode, Etienne, le jeune Etienne, 16 ans et plein d'enthousiasme, fait parler la poudre, et son premier grand cervidé tombe : un daguet tué d'une belle balle de 30.06. Un daguet de 80 kg qu'il redescendra seul sur près de 500 mètres ! Belle balle, pas de dégât, bon tir. Tout, quoi.

Notre jeune président, Maxime, 23 ans, tire aussi quelques dizaines de minutes plus tard. Une belle biche, tuée proprement. Tout, quoi !


La ligne des modernes en haut, s'affirme tandis que celle des anciens, en bas, se tait. Puis la ligne du haut avance sur deux kilomètres, tandis que les anciens prennent un 4 x 4 pour aller s'installer deux ou trois km plus loin, sur ce même flanc, et toujours en bas. Mais, même en bas, je dois marcher un petit kilomètre pour atteindre mon poste, le plus facile encore. Tous les cerfs semblaient en séminaire dans ce coin : cerf annoncé à la radio, re-cerf annoncé, daguet, re-daguet annoncés ... Qu'on ne tire plus, le dernier bracelet de mâle de l'équipe vient d'être utilisé. Jean-Pierre, qui traque sans chien, passe dans un découvert à 150 mètres au dessus de moi, tandis que Jean-Marc avec ses trois chiens se situe à 1.5 km environ, venant vers lui dans le bois, et faisant courir tous ces cerfs. Soudain  ...

Biche et Biche ! Me hurle aux oreilles mon for intérieur surexcité quand deux fusées gris-fauve giclent du bois à moins de 100 mètres et longent la côte à fond et passent à 60 mètres de moi environ pour rejoindre la sécurité du couvert. Ma carabine vole vers mon épaule, ma balle vole vers sa cible, et je vois la biche touchée, je recharge à la volée et une seconde balle tente de rattraper la première, jetant la bête au sol là où mes yeux la perdent. Jean-Pierre arrive à la course tandis que je peine à monter, mais l'animal se relève hors de ma vue, il le manque. Je sens poindre la catastrophe de la bête blessée, mais celle-ci, sévèrement touchée, s'arrête et je peux l'achever après l'avoir approchée à portée de tir. En deux balles, la première vise le cou et passe à côté ... Mon ventricule gauche, le plus rapide, est à au moins 150 coups par minute après deux cents mètres d'une "course" surement pathétique. La seconde balle sera adressée au thorax et y fera un trou imposant et définitif. 

J'ai déjà vu que biche ce n'est pas, je suis furieux contre moi. Ma fierté part en vrille, moteurs en feu, et va s'écraser ... J'appelle le président, humble comme jamais. Ce faon mâle bien costaud l'oblige à appeler un gars de l'autre équipe pour récupérer leur bracelet de mâle, contre un de biche. Je suis confus, la punition sera probablement terrible …


Conseil de guerre où figurent les trois tireurs ...

Le repas fut chaleureux et délicieux. En sus de crudités auvergnates habituelles (jambon cru, saucisse sèche, fromages au lait cru), il comportera sa part de rigolades bienveillantes sur ma vieille personne et sur ma faute, et aussi une tête de veau absolument délicieuse.

La vaisselle fut ma peine ! Aggravée d'une moitié de ce faon, qui pour la première fois de mémoire de ma 9.3, avait des dégâts terribles, la moitié du gigot était détruite par l'Accubond de 16 g. Je me rappelle d'un faon tué à Avène (Héraut) il y a longtemps, je m'étonnais du peu de dégâts d'une balle d'épaule dans ce calibre ... Des fois, c'est différent.

La morale de la fable est limpide : mieux vaut être un jeune et beau chasseur, avec de bonnes jambes, de bons yeux, un bon jugement, un bon tir que … … … … …. … (remplir les pointillés à votre guise).


  1. À la fois ému et bouleversifié (2).
  2. Mot nouveau.

jeudi 20 juin 2019

Terre-neuva d'Auvergne


Terre-Neuva d'Auvergne


Je vais vous narrer, et vous aller vous marrer, ma première campagne de pêche dans les quarantièmes meuglants (pas de tempêtes ni de rugissements ici, mais beaucoup de vaches). J'ai déjà coché-transposé   Le vieil homme et la mer, dans Le vieil homme et les vertes collines alors il me faut trouver un autre parallèle … Ce sera le quarante quatrième, alors. (44.929  N, 2.217 E)


Comme campagne de pêche, c'est un peu court, certes, mais j'ai dormi dans le bateau, quand même ... Six mois auraient été trop longs.

L'équipage a été choisi pour ses hautes qualités, tant physiques que mentales, car ce sera dur. Il est composé de moi-même, d'une dizaine de poissonnets qui s'ignorent encore être des spécialistes du sandre, de trois cannes à pêche, d'un sac de couchage et de fruits secs. Je pourrais éventuellement manger les gardons si la faim me tenaille et pêcher avec des fruits secs le lendemain. J'aurais pu emmener un gravier* pour sécher et préparer le poisson, un maître-saleur, etc … Mais l'ambition démesurée n'est pas ma caractéristique première.

Pourquoi je préfère dormir dehors ** ? Parce que j'ai horreur de me lever tôt et, à la pêche comme à la chasse, si tu dors à la dure, tu es content de te lever, et tu es déjà sur place, en prime.

Le port de Rénac n'a pas la dimension de celui de St-Malo ou de Dunkerque, aussi ai-je jugé inutiles les processions et autres fêtes païennes la veille de l'embarquement : celles où les marins sont déguisés en femmes. En fait, les marins partaient le lendemain vers Terre-Neuve ou l'Islande, leurs affaires étaient dans le baluchon, alors ils empruntaient les habits de leur femme, ai-je entendu …

Le lac est calme, moi aussi. Je file vers une anse où pointe un émissaire. Je me dis qu'un petit affluent est comme une cerise sur le gâteau,  qui lui-même ferait un dessert bienvenu ce soir. (44.927 N & 2.220 E). L'eau est déjà plus humide en Auvergne qu'ailleurs, mais je mouille quand même, à quelques mètres de fonds incertains et en restant par 3-4 mètres de fond, et je serai à l'ombre en prime. Ben non finalement, le soleil, il tourne bien ... Galilée, enfoiré !!!!

Le soir ...


Commence la galère du pêcheur moyen. Moyen, j'ai dit, pas médiocre. Le pêcheur de haut de gamme, lui n'a pas de souci, les nœuds d'attache se font comme par magie, il a un matos génial, et s'il prend un thon, c'est vraiment un poisson. Et tout ça finit en HD sur Youtube ... Mes montages à moi, mûrement pensés pourtant, nécessitent des retouches, elles-mêmes sujettes à retouches et re-retouches. La retouche avant la touche ? Ben non !

M'en fous, c'est royal ici. Un milan du même métal, royal, pêche un poisson en piqué devant mes yeux,  je lui jette mentalement des pièces. Ils sont trois à faire des arabesques magnifiques.

Si le milan est royal, ce n'est pas le cas de ma cambuse. C'est possiblement avantageux d'être petit et tordu dans la vie, plus en tout cas que d'être noir et bègue,  mais là, si ma longueur m'avantage ****, ma capacité à me contorsionner trouve aussitôt ses limites. La circulation d'air inexistante dans le petit bateau sans hublot ouvrant m'incite à dormir la tête vers la descente, mais l'air trop frais et les moustiques trop chauds m'incitent vite à un 180 degrés***. Ah qu'on est bien ! Pas bien du tout en fait, mais je finis par plonger. C'est le feu d'artifice qui me réveille ! Pas loin après l'endormissement, d'ailleurs. Merdre, il ne DEVAIT PAS y avoir d'orage. Que fait le gouvernement ?

Mais orage il va y avoir, et, annoncé ou pas, je risque de déraper sur mon mouillage précaire dans les rafales, et de passer une nuit épouvantable. Je lève le mouillage, et à la lampe frontale un peu , aux éclairs surtout, j'approche un ponton privé tout proche, qui semble solide ... sauf que rien ne permet de s'y amarrer. Je mets en fuite, avec mon stress et ma lampe frontale, car il fait nuit noire, parsemée d'éclairs, avec pour seul GPS mon téléphone et un logiciel de rando ... Pourvu que l'orage éclaire bien sans qu'il tombe trop d'eau et sans qu'il y ait trop de vent. Perdu, sauf pour la foudre, et il est un moment où seul le ciré jaune doit manquer au tableau … Et les vagues aussi, d'accord ! Après une trentaine de minutes de navigation crispante, j'arrive à ma bouée, m'en saisis … Ouf !

J'attrape encore une heure ou deux de sommeil chaotique avec bruit de clapot sonore, de gouttes sur la coque, de deux ou trois grêlons. Le jour me réveille et c'est archi-calme. Tout est trempé sur un bateau, le matin, qu'il ait plu ou pas. Je pointe la tête ... Des moyens poissons coursent les petits en surface, alors je course les moyens poissons avec leurre et vifs, mais pas moyen. Mes lignes semblent désormais presque au point, et c'est déjà ça.

Le soleil pointe, je décide de changer de poste, je vais en un endroit proche qui restera ombragé ***** encore une heure ou deux, mais la hauteur d'eau y est analogue à celle que je viens de quitter, et qui fut improductive. Alors je file vers une autre rive, proche d'une passerelle, où les fonds sont abrupts et rocailleux. Mon mouillage veut bien tenir grâce à la quasi absence de vent. Contre toute attente, au bout de presque deux heures une touche franche et dynamique, et un ferrage engagé, m'offrent une belle bagarre. Et ce joli sandre rejoint l'épuisette sans barguigner plus de trois minutes. Le soleil est chaud, ma nuit m'apparaît soudain sympa, le cadre idyllique, le monde merveilleux. Mon cœur s'envole ...

52 cm, 1.4 kg, pas un monstre, mais un plaisir monstre



C'est le premier sandre que je pêche, il n'était pas à la mode il y a quarante ans, en tout cas pas à la mienne. C'est un délice gastronomique, tout comme la perche.

Les cales ne sont pas pleines,  mais suffisamment garnies pour que je mette le cap sur le port.





    *[ Terre-Neuvas] Des enfants et adolescents étaient employés comme graviers pour assurer le séchage des morues sur les graves, les terrains caillouteux du rivage et exploités de manière éhontée (Wikipédia)

    ** Daran, Dormir dehors https://www.youtube.com/watch?v=Wmy1OFHk13s

    *** Non, ce n'est pas la température
    **** Question de couchage, donc longueur et non taille …
    ***** Le sandre serait un poisson qui n'aime pas les lumières violentes.

lundi 17 juin 2019

L'homme est bon

Deux fois !!! C'est la seconde. J'étais tranquille j'étais peinard, j'attendais que la porte du restaurant s'ouvre. C'était sur le Jean Nicoli, mon périf repéré ... mon ferry préféré. Grand, fort, et jeune encore, je me voyais, et je rentrais de mes vacances corsicaines ..." prenez ma chaise" qu'y m'dit.


La première fois, c'était il y a un ou deux mois. Une alerte qui aurait dû me faire réfléchir, je n'y avais pas prêté attention. Mais c'était une salle d'attente. Forcément, salle d'attente, ça fait penser médecin ou dentiste, alors que j'étais là pour assurer mon bateau. Un monsieur d'un certain âge s'était levé pour me proposer sa chaise. Homosexuel en chasse ? Pré-vieillard atteint du syndrome des jambes sans repos ?  Pour réfléchir à la question, je m'étais assis. Juste pour ça. Ce n'est pas parce que l'on boite un peu qu'on va tomber, ça se saurait.


Bien sur si j'étais là c'est aussi parce que j'ai changé de bateau, larguant les voiles - c'est joli, comme tournure détournée - pour un moteur. Parce que mon co-navigateur serait moins présent. Mais pas que, quand même, j'avoue.

Mais là, sur le Jean Nicoli, c'était un  homme grand et bronzé et pétant la santé qui a voulu me  céder son fauteuil ... Salaud de jeune, j'ai pensé. "Mais non - mais non", ai-je dit. "Mais si - mais si", qu'il a dit ... Vous n'imaginez pas comme c'est pénible ce genre de discussion pour le généreux qui fait face à un pisse-froid qui ne veut rien. Alors, j'ai obtempéré en prenant mon plus bel air " en parfaite santé quand même". Pour le faire chier !

La Corse jolie 


Si ça se trouve, il avait des hémorroïdes ou bien c' est un chirurgien orthopédiste en mal de clientèle... Tsss ! 

Mais surtout, moi qui lis et  entends comme vous, à longueur de temps, sur les méfaits de l'homme envers l'homme, envers la nature, envers les femmes, envers les enfants, envers les zanimos, envers le climat, etc., je me demande pourquoi je tombe toujours sur la crème de la crème ...  C' est pénible, des fois. 

Imaginez un peu : déjà, je vis bien, et sans travailler, par exemple ... Ma pharmacienne refuse que je paie mes médocs, aussi. Les paysans avec qui je travaillais aimaient leurs bêtes et soignent la montagne en prime. On se demande vraiment pourquoi ce destin funeste s'acharne sur moi ... Je n'ai même pas payé de location en Corse !  Et pour finir on se lève pour me donner sa propre chaise.

Alors que ce serait plein de cons, de salauds, impossible d'en débusquer un. C'est quoi ce monde de dégénérés? hein !!!  Qu'allons nous devenir face aux périls avec de pareilles mentalités bienveillantes ?